«C’est dur à avaler» : dans l’Oise, les salariés de Nexans craignent d’être débarqués

Selon les syndicats, l’entreprise spécialiste du câble pourrait céder de nombreux sites en France, dont celui de Paillart, d’ici à 2024. Les salariés oisiens jugent cette décision incompréhensible et accusent le coup.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Paillart (Oise), ce lundi. Selon Marie-Laure Choquet, déléguée du personnel CFDT, la société préfère désormais «développer d’autres filières, comme l’éolien offshore».
Paillart (Oise), ce lundi. Selon Marie-Laure Choquet, déléguée du personnel CFDT, la société préfère désormais «développer d’autres filières, comme l’éolien offshore». LP/Juliette Duclos

Un premier salarié se hâte de rentrer de sa pause déjeuner : « Je ne peux pas vous parler, il faut que j'aille pointer. » Il finit quand même par lâcher : « Faut voir ce qui va se passer maintenant. » Un autre hausse le ton : « On n'a pas compris, on attend des explications de la direction maintenant. »

La semaine passée, la nouvelle s'est propagée rapidement parmi la centaine d'employés de cette usine de fabrication de câbles ferroviaires située à Paillart, dans l'Oise.

Selon les syndicats, le groupe Nexans pourrait se séparer de la manufacture d'ici à 2024. En France, cinq autres sites sont concernés par ce projet de cession, dont celui de Draveil (Essonne). En tout, près 1200 salariés sur 2300 seraient concernés, affirment les syndicats.

«On est une petite usine, mais on génère du bénéfice»

« C'est dur à avaler, on est dans le flou… » Sur place, l'annonce a pris tout le monde de court. « On a appris la nouvelle jeudi », raconte Marie-Laure Choquet, déléguée du personnel (CFDT). Et d'avancer : « Apparemment, ils se séparent de nous pour développer d'autres filières, comme l'éolien offshore ou les interconnexions sous-marines… »

Elle poursuit : « On ne peut que le regretter, car on a fait un énorme travail pour développer des câbles pour Airbus, on a même reçu une certification pour cela. On est une petite usine, mais on génère du bénéfice. » A l'intérieur de ces murs sont fabriqués également des câbles vendus à Alstom ou à la multinationale Bombardier.

« On va devoir continuer de travailler mais on se demande si on aura toujours des commandes », s'interroge Frédéric, 53 ans, dont « vingt-sept ans de boîte ». Et toujours cette même question en suspens. « Tout le monde se sent pris à la gorge, témoigne un autre, en pause devant l'usine. Pourtant, on a bien bossé pendant le premier confinement… On ne sait pas ce qui va se passer pour nous maintenant. »

La direction assure qu'il n'y a pas de plan social en vue

De son côté, la direction de Nexans France a assuré à l'AFP qu'il n'était pas question de « fermetures » ou d'un « plan social », mais bien d'une cession. « Il n'y a pas de projet, ce sont des intentions stratégiques et il n'y a pas lieu à ce stade de préciser le nombre de sites ou de salariés », a-t-elle ajouté, indiquant que l'impact redouté sur l'emploi par les représentants du personnel est « très loin de la vérité ».

« Encore faut-il qu'on trouve un repreneur, parce que beaucoup de salariés habitent dans le coin et la moyenne d'âge est assez élevée », glisse un employé.

«On n'a pas de visibilité, ça fait beaucoup de stress»

Ce mardi, les syndicats doivent rencontrer de nouveau la direction lors d'un comité social et économique (CSE) central. « Pour nous, c'est nouveau, estime Marie-Laure Choquet. On a déjà négocié des plans sociaux à Nexans, mais jamais une cession, donc on va voir ce que l'on peut faire. »

Newsletter L'essentiel du 60
Un tour de l'actualité de l'Oise et de l'IDF
Toutes les newsletters

En attendant, les inquiétudes restent vives. « On ne sait pas si on sera vendu à des concurrents ou autre, on n'a pas de visibilité, ça fait beaucoup de stress pour le personnel… Ils ont été informés en coup de vent, mais il y a de l'anxiété », complète la déléguée du personnel.