Bien accueillir les gens du voyage, le casse-tête sans fin des élus de l’Oise

Inauguration d’une aire d’accueil à Creil le matin, évacuation d’un camp illégal à Nogent l’après-midi… Ce mardi résume les difficultés que rencontre le département dans la gestion de la communauté nomade, pourtant constante dans ses demandes.

 Creil, ce mardi. L’emplacement de la nouvelle aire d’accueil est idéal, selon un représentant de la communauté des gens du voyage.
Creil, ce mardi. L’emplacement de la nouvelle aire d’accueil est idéal, selon un représentant de la communauté des gens du voyage.  LP/Julien Barbare

Côté face, les élus de l'Agglomération Creil sud Oise (Acso), au lieu-dit de la Pierre-Blanche, qui inaugurent en présence de Corinne Orzechowski, la préfète, une nouvelle aire d'accueil pouvant abriter 30 caravanes. Côté pile, les polices nationale et municipale qui évacuent dans l'après-midi, à Nogent-sur-Oise, un camp illégal composé de… 30 caravanes. Ce mardi illustre toute la complexité des interactions entre les autorités et la communauté des gens du voyage.

1200 places à créer dans les prochaines années

Une situation qui dure depuis des années, censée s'améliorer dans la prochaine décennie grâce à un schéma départemental voté l'an passé. Ce dernier impose aux communautés de communes et agglomérations la création, en plus de l'existant, de près de 1200 emplacements. Soit 7 aires d'accueil, une aire de grand passage (plus grande, pour les communautés religieuses qui traversent la France) et de 306 terrains familiaux. Ces derniers ayant depuis toujours la préférence des voyageurs.

Creil, ce mardi. Jean-Claude Villemain, président (PS) de l’agglomération creilloise, a inauguré le site avec la préfète, Corinne Orzechowski. LP/Julien Barbare
Creil, ce mardi. Jean-Claude Villemain, président (PS) de l’agglomération creilloise, a inauguré le site avec la préfète, Corinne Orzechowski. LP/Julien Barbare  

A Creil, il s'agit de la première concrétisation de ce plan. «C'est une population qui a choisi un mode de vie qu'elle a le droit de choisir, a souligné la représentante de l'Etat. Il faut trouver des solutions acceptables pour ses membres et pour les habitants des villes qui les accueillent.»

L'Acso, avec ce nouvel équipement et les projets en cours, semble avoir intégré cette politique. «Nous devons, à terme, avoir 77 terrains familiaux sur le territoire», expliquent les spécialistes de la collectivité.

30 nouveaux terrains familiaux à Creil dès avril

A Saint-Maximin, il existe déjà 22 de ces terrains individuels loués à des familles et qui comprennent un abri en dur, avec cuisine, pièce d'eau et salon. « La caravane ne sert plus que de chambre, poursuivent les services de l'Acso. Chacun a son terrain, sa clôture, son portail, son compteur électrique… Nous allons en créer 30 autres d'ici avril au Plessis-Pommeraye.» Le tout ayant été fait en consultation avec les voyageurs du secteur.

C'est aussi ce qui a présidé au nombre peu élevé de places disponibles sur la nouvelle aire d'accueil, qui a coûté 1,2 million d'euros (M€), dont 413 000 euros pris en charge par l'Etat. «Au départ, il était question de 90 places, précise les responsables du dossier. Mais cela ne correspondait pas aux attentes.» C'est effectivement l'un des reproches que les nomades expriment régulièrement contre la structure identique installée à Jaux, dans le Compiégnois.

L’aire d’accueil de Creil propose, en plus des emplacements, un abris avec salle de douche, WC, emplacement pour lave-linge, etc. LP/Julien Barbare
L’aire d’accueil de Creil propose, en plus des emplacements, un abris avec salle de douche, WC, emplacement pour lave-linge, etc. LP/Julien Barbare  

Pour les familles, qui n'ont pas toujours envie de se côtoyer, 75 emplacements de deux caravanes, c'est trop. «Celle de Compiègne, le problème, c'est aussi qu'elle est située sur une ancienne décharge, dans un trou loin de la ville, râle Joseph Dorkel, président de l'association les Français du voyage, porte-parole de la communauté dans l'Oise. Celle de Creil est idéalement située, près de l'hôpital et des commerces.»

Dans le Compiégnois, les communes ne veulent pas des terrains familiaux

Pour Philippe Marini, le maire (LR) de Compiègne, la question de l'emplacement n'a pas lieu d'être. «La loi doit s'appliquer, c'est tout… L'aire est rarement occupée à 100% mais certains ne veulent pas y aller», insiste celui qui est aussi président de l'agglomération compiégnoise, qui ne regrette pas l'investissement. Respectant la loi, il est en effet en droit de faire appel aux forces de l'ordre en cas d'installation sauvage «et les autorités préfectorales jouent le jeu». Ce qui n'empêche pas les incidents, relativement fréquents.

Quant aux terrains familiaux… «J'ai demandé aux maires qui souhaitaient en accueillir de se faire connaître, explique Philippe Marini. Aucun n'a répondu positivement et nous ne nous voyons pas imposer cela.» Une volonté différente de celle affichée par Jean-Claude Villemain, son homologue (PS) de l'agglomération creilloise, donc, qui entend bien user de cette carte pour les familles sédentarisées, notamment celles du quai d'Aval.

Creil, ce mardi. Joseph Dorkel, porte parole de la communauté des gens du voyage dans l’Oise. LP/Julien Barbare
Creil, ce mardi. Joseph Dorkel, porte parole de la communauté des gens du voyage dans l’Oise. LP/Julien Barbare  

Une solution «idéale», assure Joseph Dorkel. «La sédentarité, c'est surtout pour les enfants, pour qu'ils puissent être scolarisés, détaille-t-il. L'idéal étant d'avoir aussi une salle commune, pour organiser des enseignements, du rattrapage, y compris pour les adultes.» Lui-même a acheté une maison dans cet objectif, qu'il a revendu au départ de ses «petits». «Je m'ennuyais», sourit-il.

Un point d'étape départemental en fin d'année

Le porte-parole prône des terrains de 500 mètres carrés. «Lorsque les enfants se marient, chez nous, ils restent avec leurs parents quelques années, le temps de se lancer dans la vie, précise-t-il. Si c'est trop petit pour les caravanes, les gens ne resteront pas et on tournera en rond avec les problèmes d'installations. »

Ainsi, si le schéma départemental semble être sur la bonne voie, il sera mis à l'épreuve au cours des prochaines années. Une réunion avec tous les acteurs concernés doit se tenir d'ici la fin de l'année, en préfecture, pour un premier point sur l'avancement de sa réalisation.