Beauvais : Leclerc, dernière carte pour sauver le centre commercial du Jeu-de-Paume

Prévue en février 2021, l’arrivée du géant de la distribution est sans doute le dernier espoir pour le centre commercial, ouvert il y a cinq ans, d’éviter le désastre. A ce jour, environ la moitié des magasins n’a pas trouvé preneur sur ce site.

 Beauvais, ce lundi. Dans les allées quasi vides du centre commercial, d’immenses panneaux annoncent l’arrivée d’un magasin Leclerc.
Beauvais, ce lundi. Dans les allées quasi vides du centre commercial, d’immenses panneaux annoncent l’arrivée d’un magasin Leclerc. LP/Patrick Caffin

Avec son colis dans les mains, Vincent erre dans les allées du centre commercial du Jeu-de-Paume, à Beauvais. Confinement oblige, la quasi-totalité des commerces est fermée. « Hormis quelques rideaux baissés en plus, ça ne change pas fondamentalement les choses par rapport à d'habitude », lance-t-il, sarcastique.

Cinq ans après son ouverture, le fleuron annoncé du commerce beauvaisien sonne plus que jamais creux. Non seulement les 84 boutiques prévues n'ont jamais trouvé preneur — on dénombre aujourd'hui moins de 40 enseignes — mais la liste de fermetures n'en finit plus de s'allonger.

Après la disparition fin 2019 de Carrefour Market, « la locomotive », Pita Rosso, Decimas, Superdry, O'Tacos, Funso et la salle de remise en forme Exevia ont à leur tour baissé définitivement leur rideau. « Tout ce qui a fermé, c'est hallucinant, déplore Christelle, une Beauvaisienne, riveraine du centre. On manquait de diversité au niveau des enseignes mais là, c'est la misère totale. »

Pour la mairie, un échec dû aux «deux ans de retard» entraînés par les recours

Interrogés, les responsables d'hier, qui annonçaient « trois ans pour lancer le centre commercial et doper le centre-ville », parlent aujourd'hui « d'une mauvaise conjoncture ». C'est notamment le cas de Charles Loquet, adjoint au maire de Beauvais, chargé des commerces.

« Les deux ans de retard dus aux différents recours ont plombé le centre commercial », se désole-t-il. Selon lui, sans cela, « le Jeu-de-Paume serait rempli et rentable ». Ce dernier aurait de fait dû ouvrir bien avant les nouveaux magasins du Faubourg Saint-Lazare, à Allonne, en périphérie, inaugurés en 2016 et qui rencontrent le succès.

Le groupe Leclerc annonce 2 500  m2 de surface commerciale. LP/Patrick Caffin
Le groupe Leclerc annonce 2 500 m2 de surface commerciale. LP/Patrick Caffin  

Aujourd'hui, pour éviter le gâchis absolu et sauver le soldat Jeu-de-Paume, tous les espoirs reposent sur une enseigne : Leclerc. Avec près d'un an de retard, l'ouverture du supermarché est programmée, pour l'instant, en février 2021. L'enseigne annonce 2500 m2 de surface, une ouverture 6 jours et demi sur 7 et une cinquantaine d'emplois.

« Ce sont des milliers de clients qui viendront au Jeu-de-Paume pour Leclerc, annonce, avec un air de déjà-vu, Charles Loquet. La marque Leclerc est absente du Beauvaisis depuis des années. Elle attire énormément. » Un franchisé du Jeu de Paume reconnaît que « c'est l'enseigne qu'il fallait ».

«J'ai hâte», confie une cliente

« Quand Carrefour Market a fermé, on a eu très peur, continue ce dernier. Leclerc, ça nous rassure sur la pérennité du centre commercial. Après, il faudra transformer l'essai. Quand on voit l'absence totale d'information venant de la direction, on est en droit de douter. »

Les clients aussi sont dans l'attente. « J'ai hâte, confie Christelle. Depuis la fermeture du Carrefour Market, je suis obligée de prendre la voiture pour faire des courses en supermarché. Mais ça ne me suffira pas pour faire les boutiques si rien d'autre ne change. »

«Cela fait cinq ans qu'on nous vend le Jeu-de-Paume comme locomotive du centre-ville»

Certains doutent en effet que cela suffise. « Les gens iront faire leurs courses et repartiront comme quand ils vont à Auchan, déclare Paul, un Beauvaisien. Cela fait cinq ans qu'on nous vend le Jeu-de-Paume comme locomotive du centre-ville. Il suffit de voir l'état de la rue Gambetta pour voir que c'est définitivement une fake news. »

Pour obtenir davantage de précisions, inutile de se tourner vers la direction qui ne communique pas tant « qu'elle n'a rien à dire ». Idem pour la Foncière immobilière bordelaise (FIB), propriétaire des lieux et des Galeries Lafayette.

Des logements pour remplacer les magasins ?

Devant ce silence assourdissant et cet échec patent, pas étonnant que les rumeurs de transformation d'une partie du centre commercial en logements resurgissent. En 2015, peu de temps avant l'ouverture, Hammerson, l'ancien propriétaire, avait déjà été contraint de préciser qu'il n'y aurait que « 37 logements ».

« C'est normal que cette possibilité revienne régulièrement, déclare un commerçant. On sait tous ici que la structure le prévoit. Les fenêtres sont installées au 1er, au cas où. » Une hypothèse balayée par Charles Loquet. « Impossible, affirme-t-il. La FIB croit tellement en son projet qu'elle voulait même construire un 3e niveau. »

Arrivée des Galeries Lafayette prévue «à partir de septembre 2021»

La FIB prévoit également d'y installer les Galeries Lafayette. « C'est pour l'instant prévu à partir de septembre 2021, confirme Marion Le Tiec, la directrice du Jeu-de-Paume. On doit occuper deux grandes cellules sur deux niveaux, en face du Furet du nord et du McDonald's. Mais pour nous, l'actualité, c'est plus Noël que le déménagement. »

Le départ annoncé des Galeries du cœur centre-ville n'a pas forcément ravi les foules, ni les patrons des petits magasins. Interrogé sur ce futur déménagement, Charles Loquet a réaffirmé que « la FIB maintiendrait une activité commerciale dans le bâtiment de la rue Carnot. C'était la condition pour qu'il déménage ».

De quelle nature et sur quelle surface ? « Ce n'est pas encore défini », répond l'élu. Avec des logements ? « Honnêtement, on n'en a pas parlé, mais ce n'est pas impossible. »