Beauvais : l’ex avocat a-t-il tué sa femme lors d’un jeu sexuel ?

Coup de théâtre aux assises de l’Oise ce jeudi. L’avocate générale a déclaré que Thierry Deblangy, jugé pour avoir tué sa femme par strangulation, avait changé sa version des faits lors de l’instruction. Exit la dispute qui tourne mal, il devrait plaider ce vendredi la thèse de l’accident lors d’un jeu sexuel.

 Beauvais. L’accusé sera interrogé ce mardi et le verdict est attendu lundi.
Beauvais. L’accusé sera interrogé ce mardi et le verdict est attendu lundi. LP/Benjamin Derveaux

Le premier jour du procès aux assises de l'Oise de Thierry Deblangy, ex avocat du barreau de Beauvais accusé du meurtre par strangulation de sa femme Aurélie N., a été marqué ce jeudi par un coup de théâtre. L'avocate générale a révélé en effet que l'accusé avait changé sa version des faits dans une lettre adressée en octobre 2018 au juge instructeur. Il devrait, lors de son interrogatoire ce vendredi, plaider le jeu sexuel qui a mal tourné.

Une déclaration qui a surpris jusqu'aux experts psychiatres appelés à la barre qui la trouve « incohérente ». « Cette version tombe comme un cheveu sur la soupe », déclare l'un des spécialistes. Même son avocat Me Varin, a été mis devant le fait accompli.

« Je l'ai découverte devant le juge d'instruction », reconnaît-il. Si cette affirmation est étayée par des preuves, cela pourrait changer la qualification des faits : on parlerait alors d'homicide involontaire et non plus de meurtre.

Cette nouvelle thèse risque en tout cas de compliquer sérieusement la ligne de défense de l'ancien avocat qui a longtemps parler d'une dispute qui avait dégénéré.

Les faits semblaient en effet aller dans ce sens. Le dimanche 18 juin 2017, à 17 h 30, le couple fortement alcoolisé se dispute. Aurélie N. insulte violemment Thierry Deblangy. Une fois de trop pour l'ex avocat qui étrangle sa compagne à l'aide d'un câble de chargeur téléphonique. Il appelle les secours qui le découvriront en train de tenter de réanimer la victime. Immédiatement après les faits, il avoue avoir été « surpris qu'elle ne réagisse pas. » Puis il confiera avoir « en pleurant, balancé sa rage en tirant sur le cordon »

Ce jeudi, cette première journée aura permis de faire l'autopsie de la descente aux enfers sur fond d'alcool d'un homme brillant. Ses anciennes collègues se sont succédé à la barre pour évoquer leur « confrère travailleur et volontaire » qui a sombré « à partir de 2009 » jusqu'à son éviction du barreau prononcée en 2015. Toutes soulignent que « l'avocat était malheureux en couple » et qu'il « portait parfois des traces de coups. »

Un couple toxique, « névrotique, conflictuel »

Les deux experts psychiatres se rejoignent sur un fait : le couple toxique formé par Thierry Deblangy et sa femme avait de fortes chances d'avoir une issue fatale. « C'est un couple névrotique, conflictuel avec des épisodes de brutalité, expliquent-ils. S'y ajoute une consommation d'alcool importante (NDLR : la victime et l'accusé avaient 2 g d'alcool dans le sang au moment des faits), des infidélités et, pour lui, des envies suicidaires. Il a été établi qu'il était battu par sa femme mais il restait et vivait avec l'espoir que ça s'arrête. »

Après avoir été expulsé de son appartement, en octobre 2016, Thierry Deblangy emménage chez sa femme, rue Gambetta. « A partir de ce moment-là, il n'y a plus d'échappatoire pour aucun des deux, souligne un psychiatre. Ils vivent l'un sur l'autre dans un endroit exigu, désordonné. La tension devient explosive. Chaque fait de violence peut déraper en conflit aigu. »

Ce qui arrivera ce fameux 18 juin. Est-ce que ce drame a pour autant été prémédité ? Pour la première femme de l'accusé, la réponse est oui. « Huit jours avant le meurtre, il m'envoie un message pour me dire il va arriver quelque chose, raconte-t-elle. Sur le moment, je ne comprends pas. Après je me suis dit qu'il était en train de préparer les choses. C'est un pervers narcissique, manipulateur, calculateur et menteur qui se pose en victime. »

Un des experts est plus nuancé. « Il voulait se suicider ce matin-là par pendaison avec la longe du chien, explique-t-il. Quand on a une idée de suicide, ça abaisse la barrière de l'admissible. Il voulait peut-être se tuer après mais répondre de cet acte aux assises, c'est aussi une sorte de suicide pour lui. » Le procès se poursuivra donc ce vendredi avec l'interrogatoire de l'accusé et l'audition des proches de la victime. Le verdict est attendu lundi.