«J’avais peur qu’ils me coupent un doigt» : séquestrée par des voleurs, Hélène raconte

Comme Hélène, la plupart des 23 victimes d’un trio qui a sévi dans l’Oise et en Ile-de-France subissent un important traumatisme. Le procès des malfaiteurs, soupçonnés de onze cambriolages, débute ce mardi.

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 Les cambrioleurs ligotaient les victimes avant de fouiller leur maison (illustration).
Les cambrioleurs ligotaient les victimes avant de fouiller leur maison (illustration). LP/Benjamin Derveaux

En ce 2 décembre 2016, un épais brouillard enveloppe Vez et sa forteresse médiévale. Dans ce petit village de l'est de l'Oise, entouré de forêts, il fait nuit noire quand Alain* rentre du travail, vers 20h30. Malgré l'obscurité et la purée de pois, il remarque une Peugeot 406 verte garée non loin des grilles d'entrée qui mènent à l'imposante demeure où vit sa compagne de l'époque, Hélène*. « Bizarre », se dit-il. Mais il ne s'en formalise pas et retrouve Hélène dans le salon. Ensemble, ils partagent un verre de vin blanc avant de regarder un film policier à la télévision.

« Vers 21 heures, on a entendu un grand boum dans la cuisine », se remémorent-ils. Hélène se lève pour aller voir. Elle tombe sur deux hommes encagoulés, gantés et armés d'un pistolet. « Ils m'ont dit que c'était un cambriolage, m'ont attrapée et m'ont ramenée dans le salon », raconte-t-elle. Un troisième individu les rejoint pour ligoter les concubins avec des câbles électriques. Commence alors un tout autre scénario pour le couple, celui d'un huis clos avec un trio résolu à ne pas partir les mains vides.

Un pistolet pointé sur les victimes

Quatre ans plus tard, c'est sans cagoule et menottes aux poignets que Florin B., Grigore M. et Catalin T. sont attendus ce mardi devant la cour d'assises de l'Oise, à Beauvais, où ils sont poursuivis pour vol avec arme et séquestration en bande organisée. Les trois hommes — de nationalité roumaine — devront s'expliquer sur une série de onze cambriolages en Ile-de-France et dans l'Oise entre le 19 novembre 2016 et le 22 janvier 2017. « Ces neuf jours de procès devraient permettre d'éclaircir le rôle de chacun », commente Domitille Risbourg, avocate de Grigore M. Et peut-être à leurs vingt-trois victimes de tourner la page d'une soirée cauchemardesque.

« J'étais tétanisée », confie Hélène, qui reçoit dans ce même salon où elle a été attachée. Alors, quand un des malfaiteurs lui demande si elle possède un coffre-fort, la sexagénaire n'hésite pas. « Je leur ai dit que j'allais leur ouvrir car j'avais peur qu'ils me coupent un doigt, qu'ils me fassent du mal s'ils n'y arrivaient pas eux-mêmes », explique-t-elle, sans se douter que cette menace sera bien proférée envers d'autres personnes séquestrées. Pendant qu'un des agresseurs tient en joue les victimes, pistolet à la main, les deux autres fouillent les étages à la recherche d'objet de valeur.

Un couple blessé par des coups de crosse

Dans la maison, ils ramassent bijoux, montres, colliers, un peu d'argent en liquide… et même les cadeaux sous le sapin de Noël. « Tout ce qui était possible d'écouler facilement », suppose Hélène (NDLR : deux autres personnes seront en effet jugées pour recel). Au bout d'un peu plus d'une heure, les trois hommes finissent par quitter les lieux. « Ils sont partis d'un coup, comme s'ils devaient respecter un timing », raconte Alain. Dès lors, Hélène s'empresse de détacher ses liens et ceux de son compagnon, ligoté à plat ventre, contre le sol, et d'attendre les secours. Choqués, mais indemnes.

Ce qui n'est pas forcément le cas de toutes les victimes, pour la plupart des retraités, qui ont croisé la route du trio. A Villeneuve-Saint-Denis (Seine-et-Marne), un homme et son épouse ont reçu chacun un coup de crosse de pistolet. « Ma cliente s'en est sortie avec une fracture au visage. Et à l'hôpital, elle a fait une crise cardiaque alors qu'elle n'a aucun antécédent, comme une forme de décompensation », souffle Me Emmanuelle Grevot.

190 000 euros de biens dérobés

Finalement, les trois malfrats sont arrêtés le 22 janvier 2017 à proximité du domicile de Catalin T. à Pantin (Seine-Saint-Denis), quelques heures seulement après leur dernier cambriolage à Chaumes-en-Brie (Seine-et-Marne). Là,un voisin a identifié trois hommes avec « un fort accent de l'Est » et la même Peugeot 406 repérée par Alain à Vez. En tout, ils auront dérobé pour près de 190 000 euros de biens, toujours selon le même mode opératoire : à la tombée de la nuit, par effraction et dans des maisons habitées. Ils auront surtout causé d'importants traumatismes.

Tous se souviennent de la peur qu'ils ont ressentie en voyant ces hommes encagoulés. A l'image d'un des enfants de François Cavanna, fondateur de Charlie Hebdo et qui dira aux enquêteurs : « Au départ, je me suis dit que c'était un truc à la Charlie », en référence à la tuerie du 7 janvier 2015 dans les locaux du journal satirique. Anxiété, trouble du sommeil, dépression… « Les expertises disent la même chose », indique Emmanuelle Grévot. Sa cliente, elle, « ne vit plus ». « Les volets sont fermés à 16 heures, elle dort sous cachet et sursaute sans cesse. Ce sont des gens qui ne se sentent en sécurité nulle part. »

« On nous dit qu'on devrait déménager, mais ce n'est pas si facile. J'aime cet endroit »

Deux autres victimes n'ont, quant à elles, jamais pu revenir dans leur maison et sont parties vivre à des centaines de kilomètres du Val-d'Oise, dans le sud de la France. « Chacun réagit à sa façon », note Alain, qui a changé de travail et de lieu de vie. A Vez, Hélène est restée : « On nous dit qu'on devrait déménager, mais ce n'est pas si facile. J'aime cet endroit. » Malgré les peurs et les craintes qu'elle a développées, elle regrette surtout de ne s'être pas sentie assez soutenue dans la commune. « On est dans un petit village et le maire ne m'a jamais demandé comment ça allait. Comme si tout cela n'était jamais arrivé ». A la barre, où elle doit être entendue vendredi, elle prouvera que ce cauchemar était bien réel.

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* Les prénoms ont été modifiés.