Au cimetière d’Agnetz, on lutte contre les mauvaises herbes… avec des plantes

Une technique innovante, l’hydroseeding, a été utilisée pour verdir les allées. L’objectif est de créer un tapis vert qui prendra la place des végétaux indésirables.

 Agnetz, septembre 2020. Le mélange de graines a été projeté à un débit adapté aux petites allées du cimetière et les tombes ont été protégées par des planches de bois pour éviter les dégradations.
Agnetz, septembre 2020. Le mélange de graines a été projeté à un débit adapté aux petites allées du cimetière et les tombes ont été protégées par des planches de bois pour éviter les dégradations. DR.

Meurtris par la canicule puis le déluge de ces dernières semaines, ils pointent valeureusement le bout de leur tige, se frayant un chemin au milieu des graviers. Les premiers brins de gazon semés il y a peu dans les allées du vieux cimetière d'Agnetz sont des pionniers : ils ont été plantés selon une technique inédite dans l'Oise, l'hydroseeding.

Inventée aux Etats-Unis, utilisée notamment pour verdir les talus des routes et les grands espaces, cette méthode innovante consiste à projeter à haute pression un mélange de graines, d'eau et de saccharose.

« Le sucre fait office de colle et permet au semis de s'accrocher, même quand le terrain est pauvre comme ici », détaille Alain Caron, conseiller municipal délégué à l'environnement et au développement durable.

L'hydroseeding a été employée pour la première fois en France, avec succès, dans un cimetière à Rouen (Seine-Maritime). L'entreprise qui était intervenue, Antalvert, a été recrutée pour officier à Agnetz.

Le gazon commence déjà à pousser. LP/J.H.
Le gazon commence déjà à pousser. LP/J.H.  

« Ils ont adapté le débit à nos petites allées. Des planches de bois évitaient de salir les tombes. Le plus gros du gravier a été raclé et retiré. Nous n'avons pas pu remuer plus profondément au risque de faire remonter les graines de mauvaises herbes », souligne l'élu.

Quatre espèces, réputées pour leur rusticité, ont été sélectionnées par les services techniques de la commune, qui espèrent pouvoir afficher de beaux tapis verts dès le 1er novembre prochain. « Le cimetière est ancien. Il est presque complet. Il peut vite donner un air délabré. L'extension est plus moderne. »

Une énorme charge de travail en moins

Cette innovation sonne comme un soulagement pour les agents municipaux. Ce gazon doit occuper l'espace et, à la longue, étouffer et éviter l'implantation des mauvaises herbes. « Le cimetière fait plus de 2000 m². À la binette et au râteau, c'est vite un calvaire », concède Alain Caron.

Car depuis la loi « Labbé », entrée en vigueur le 1 er janvier 2017, les produits phytosanitaires sont interdits dans les cimetières. « Leur entretien est devenu un sujet très sensible. Cela touche tous les habitants de la commune. Certains ont des proches enterrés là. Nous avons peu de réclamations mais c'est une énorme charge de travail. »

De la turquette a été plantée entre les sépultures. J.H.
De la turquette a été plantée entre les sépultures. J.H.  

Les dizaines d'heures passées à arracher à la main les pissenlits, qui en plus repoussent souvent dix jours plus tard, les jardiniers le savent bien, pourront servir à embellir d'autres espaces verts de la commune. « Ce gazon s'entretient avec deux à trois tontes par an. Le gain de temps est énorme. » Le coût de l'opération, 2 500 euros, est ainsi vite rentabilisé.

Autre avantage, cette moquette végétale permettra un accès facilité aux personnes à mobilité réduite, peu à l'aise dans les gravillons. « Cela donnera une surface plus roulante. Nous demandons seulement aux gens d'éviter d'employer de l'eau de javel pour entretenir les sépultures. De l'eau et du savon suffisent. »

La turquette, une plante vivace entre les tombes

En complément, de la turquette a été plantée dans les espaces inaccessibles aux tondeuses, entre les tombes par exemple. Cette petite vivace persistante, sorte de mousse végétale aux tiges couchées couvertes de petites feuilles vertes, se pare de discrètes fleurs, vertes également, à la belle saison.

La municipalité envisage maintenant de déployer l'hydroseeding sur d'autres sites de la commune. « Nous avons encore pas mal de trottoirs gravillonnés, avance Alain Caron. Les gens se plaignent car ce n'est pas facile d'y circuler avec une poussette par exemple. Nous sommes entourés de forêts et de champs, autant éviter de mettre du bitume ! »