Après le confinement, tout le monde veut sa piscine dans l’Oise

Le printemps clément passé enfermé, associé à des étés de plus en plus beaux et chauds, a convaincu de nombreuses familles de se faire construire une piscine. Les professionnels croulent sous les sollicitations.

 Thiers-sur-Thève (Oise), le 16 octobre 2020. Construite en juillet, cette piscine ravit cette famille qui observe des étés de plus en plus chauds dans l’Oise.
Thiers-sur-Thève (Oise), le 16 octobre 2020. Construite en juillet, cette piscine ravit cette famille qui observe des étés de plus en plus chauds dans l’Oise. LP/Elie Julien

Une coque de 3,50 mètres de large pour 7,50 mètres de long, chauffée pour être utilisable d'avril à octobre. Deux jeunes enfants. Et un mari qu'elle a eu « à l'usure ». A Senlis (Oise), Maud trépigne d'impatience de voir commencer, en janvier, les travaux de sa future piscine, afin de pouvoir en profiter dès le printemps.

« On a craqué! Le confinement a été le déclic. Avec mon conjoint, on y pensait mais sans cette période, on ne se serait pas lancés, confie la jeune maman, qui discute du permis de construire avec la municipalité. On part tous les étés en vacances, mais imaginez qu'on ne puisse plus à l'avenir… Et puis, les étés sont de plus en plus chauds. »

La réaction de cette famille de Senlis n'est pas isolée dans un département pourtant peu tourné vers ce genre de construction. Alors que les mauvais jours arrivent, des centaines d'Oisiens veulent en effet faire construire leur bassin pour la prochaine saison. Marie-Aude, à Thiers-sur-Thève, a inauguré la sienne en août, pile pour la canicule. « On sent le réchauffement climatique, même dans l'Oise », sourit-elle.

Des carnets de commandes remplis

« C'est vrai qu'on se disait que vendre des piscines se ferait plus facilement sur la Côte d'Azur, mais on vient de remplir notre carnet de commandes jusqu'en septembre 2021 », se réjouit Clémence Delion, assistante commerciale chez Desjoyaux Piscines à Saint-Maximin.

Aller vivre dans le Sud, c'était le projet de Patrick, jeune retraité de Clairoix, près de Compiègne. « Mais vu les étés que l'on a depuis deux ou trois ans, on s'est dit : Autant rester. Mais on a regretté de ne pas avoir de piscine pendant le confinement », admet celui qui espère voir les travaux débuter avant la fin d'année.

« On va essayer de garder la tête sur les épaules, de mettre les bouchées doubles. On ne va pas connaître de saison basse », anticipe Clémence, qui n'exclue pas des recrutements à venir.

Il va falloir embaucher

Et le constat est le même chez la petite dizaine de vendeurs ou constructeurs de piscines du département. Si chez Henocque, à Larmorlaye, la direction n'a pas le temps de répondre à nos sollicitations tant elle semble débordée, Jonathan Wangenheim, constructeur indépendant basé à Ponpoint, chiffre la hausse : « Par rapport à 2019, j'ai dix fois plus de demandes. J'en suis à plus de 200. Je vais chercher un jeune pour m'aider puis des poseurs. »

Car la plupart des vendeurs de piscines du département font appel à des co-traitants, des maçons par exemple, pour tenter de répondre à la demande. Dans l'entreprise familiale Bairo de Trosly-Breuil, huit salariés, on doit encore traiter des demandes de devis reçues par mail pendant le confinement. « On en avait une dizaine par jour, maintenant il faut que l'on trouve du personnel », souffle-t-on à la tête de cette PME quadragénaire.

Dans cette entreprise, on va désormais retenir les chantiers les plus proches. Car si, dans un premier temps, la majeure partie des bassins étaient dans le sud du département où les habitants ont des revenus moyens plus élevés, elles sont désormais creusées dans toute l'Oise.

Un projet parfois trop cher

Le modèle le plus vendu est celui qu'a choisi Maud. Mais pour cette coque d'environ 4 x 8 mètres ainsi que la pompe à chaleur, il faut débourser pas moins de 30 000 à 35 000 euros. Ainsi, les piscinistes le reconnaissent : toutes les demandes de devis n'aboutissent pas une vente.

Certains, « même si ce n'est pas le même plaisir », se tournent par exemple vers des spas, moins chers, « qui permettent aussi de se créer un cocon chez soi et ont l'avantage de pouvoir être utilisés l'hiver », résume-t-on chez Bairo.

Dernier frein pour le secteur de la piscine qui va enregistrer une année record, les autorisations des architectes des bâtiments de France. Avec ses nombreux châteaux et sites classés, obtenir un permis de construire est un terrible casse-tête dans l'Oise. De quoi engendrer encore plus d'embouteillages dans les demandes.

Plus chaud, plus beau ? Météo France confirme

Les services de Météo France observent, comme les Oisiens, des années de plus en plus belles. Tout d’abord, la moyenne des températures maximales enregistrées en été depuis 2017 dans le département est 2 °C supérieures à celles habituelles, avec par exemple 25,9 °C en 2020 contre une normale saisonnière de 23,8 °C.

Ainsi, le nombre de jours avec une température supérieure ou égale à 30 °C est en hausse. Creil en a connu 17 entre juin et août cette année, contre 8 en moyenne.

Par ailleurs, ces derniers étés, au lieu de 640 heures de soleil en trois mois, l’Oise en a connu 702 en 2018 ou 771 en 2019.