Après cinq ans d’absence, un centre de dépistage du VIH s’installe (enfin) à Creil

Le Bassin creillois est le secteur de l’Oise où le virus du sida fait le plus de ravages. Il est pourtant le seul à souffrir d’un manque de structure adaptée. Un centre privé doit ouvrir le 1er mars, spécialisé dans les maladies sexuellement transmissibles.

 Illustration. Depuis 2016, Creil ne disposait plus de centre de dépistage depuis la perte de l’habilitation nécessaire par l’hôpital de Creil.
Illustration. Depuis 2016, Creil ne disposait plus de centre de dépistage depuis la perte de l’habilitation nécessaire par l’hôpital de Creil.  LP/Olivier Corsan

Dans l'Oise, Creil est le bassin de vie qui compte le plus d'habitants ayant contracté le VIH. Autour de 400 personnes y sont recensés sur les plus de 700 cas suivis dans le département. Pourtant, le territoire ne dispose plus de centre de dépistage gratuit permanent, depuis la perte de l'habilitation nécessaire, en 2016, par l'hôpital de Creil.

Une situation en passe d'être partiellement résolue. Un nouveau centre médical privé dénommé le 15 RVH ouvrira ses portes début mars, 15, rue Victor-Hugo. Ce projet, porté par la docteure Svetlane Dimi, déjà en charge de la Maison de santé du quartier des Cavées, a vocation à devenir le premier centre de santé sexuelle du département.

Arrivée en 2017 à Creil, après la fermeture du centre de l'hôpital, la praticienne saisit rapidement la nécessité de réinstaurer un tel lieu. « D'autant que le Bassin creillois a une population particulièrement jeune, souligne-t-elle. Des actions ont été menées mais il manquait un service permanent. »

« Ce sera un endroit unique, spécialisé dans le dépistage des infections sexuellement transmissibles, décrit-elle. S'il y a des centres de dépistages à Beauvais et Compiègne, nous voulons proposer une approche plus globale, avec des conseillers en vie sentimentale, des médiateurs et des associations. »

L'agence régionale de santé n'accompagne pas le projet

Problème, le futur centre ne disposera pas du label Centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), permettant de rendre le test gratuit, octroyé par l'agence régionale de santé (ARS). « Elle n'a pas souhaité nous accompagner, relève Svetlane Dimi. Devant le besoin de la population, nous ne pouvions pas attendre plus longtemps. »

Selon elle, l'établissement public ne verrait pas la nécessité d'un tel dispositif. « Déposé en 2018, mon dossier a été refusé l'an dernier. Comme s'il n'y avait pas de besoin sur le secteur car Paris est proche et qu'il y a Beauvais et Compiègne », s'étrangle-t-elle. Selon l'ARS, le nouveau centre ne répond simplement pas « au cahier des charges exigeant auxquels sont soumis les CeGIDD ».

« Cela peut être un frein pour une partie de la population, avec des tests qui ont un coût d'une vingtaine d'euros », regrette le représentant d'une association de lutte contre le sida, implantée localement.

Certains patients non suivis

« Des patients se font suivre à Paris mais tout le monde n'en a pas les moyens, insiste ce responsable associatif. Pourtant, un dépistage régulier est la meilleure façon pour lutter contre la propagation du VIH. »

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Selon certaines estimations, 300 personnes, environ, ne seraient pas suivies et susceptibles de transmettre le virus dans le département.

Si le docteur Dimi concède que cette absence de label est embêtante, elle ne désespère pas de l'obtenir par la suite. « Les patients titulaires de la CMU ne paieront déjà pas et nous pouvons appliquer le tiers payant, tempère-t-elle. Mais j'espère qu'en lançant la dynamique, l'ARS viendra se greffer au projet. »

Certains patients pourraient être suivis sur place. « Pour les cas qui ne nécessitent pas d'hospitalisation, précise la docteur Dimi. Nous ne sommes pas là pour remplacer l'hôpital, avec qui il me semble logique de devoir collaborer pour être efficace. »

L'hôpital de Creil « ouvert à une coopération »

Justement, à l'hôpital creillois, l'arrivée du centre sur le territoire est vue d'un bon œil. « Si nous avons perdu l'autorisation, notamment suite à un manque de médecins, nous regrettons cet outil très intéressant pour la prise en charge de la population, confie le directeur, Didier Saada. Nous sommes tout à fait ouverts à une éventuelle coopération. »

Et si le centre du Dr Dimi veut se faire une spécialité du dépistage des maladies infectieuses, d'autres services médicaux seront proposés. Cinq médecins polyvalents, aidés d'une équipe de deux assistants médicaux et de deux infirmiers, évolueront dans un premier temps au sein de ce nouvel espace de 300 m2.

Médecine préventive, orthogénie ou suivi en ambulatoire de certaines pathologies comme la tuberculose, le 15 RVH proposera également de la médecine générale avec un service de téléconsultation à domicile.

« C'est une infirmière qui se rend au domicile du patient avec une tablette et des outils adaptés, puis se met en ligne avec la docteure qui reste à son cabinet, détaille la responsable du centre. Un gain de temps pour les médecins mais aussi une consultation plus facile pour une part de la patientèle, comme les personnes âgées. »

L'entrée du 15 RVH, centre médical privé, est située 5, rue Benjamin-Raspail, à Creil. Ouverture annoncée le 1er mars.