Aéroport de Beauvais : les avions volent très bas, les tuiles s’envolent

Un propriétaire du Plouy-Saint-Lucien a vu sa toiture fortement endommagée par le passage d’un avion. C’est la huitième fois qu’une maison de ce hameau est touchée.

 Le passage à basse altitude d’un avion Ryanair a arraché des tuiles du toit de Guy Miclotte. Cette mésaventure est déjà arrivée à trois reprises pour son voisin Jamy Gosse.
Le passage à basse altitude d’un avion Ryanair a arraché des tuiles du toit de Guy Miclotte. Cette mésaventure est déjà arrivée à trois reprises pour son voisin Jamy Gosse. LP/Patrick CAFFIN

L'effet Vortex a visiblement encore frappé à Plouy-Saint-Lucien, un hameau de Beauvais situé à quelques centaines de mètres du bout des pistes de l'aéroport.

Il y a quelques jours, à 9 h 45, Guy Miclotte nourrit ses poules lorsqu'il entend une violente déflagration après avoir vu un avion venu d'Angleterre passer à une altitude anormalement basse entre sa maison et celle de son voisin. « C'était comme un coup de canon, raconte-t-il. Je me suis retourné et j'ai vu une vingtaine de tuiles au sol. A quelques minutes près, elles auraient pu me tomber sur la tête puisque je m'apprêtais à tondre. »

Une enquête ouverte par l'aéroport

Un couvreur est intervenu pour « boucher les trous » et constater que les dégâts ne se limitent pas aux tuiles absentes. « Il y en a un certain nombre d'autres qui ont été soulevées par l'appel d'air. Il va être nécessaire de les refixer », se désole Guy Miclotte. Montant estimé des réparations : plusieurs centaines d'euros. « A priori, nous partons sur un accord à l'amiable avec l'aéroport. »

Philippe Trubert, le directeur du SMABT (syndicat mixte de l'aéroport Beauvais-Tillé), s'est rendu sur place. « C'était important pour nous de rencontrer les victimes de cet incident, explique-t-il. Une enquête est en cours pour déterminer les différentes responsabilités. Nous serons très vigilants quant aux résultats de celle-ci et aux conclusions de l'aviation civile. »

Pas une première

S'il ne fait aucun doute qu'un avion est responsable de cet incident — deux témoins l'attestent — il faut désormais savoir pourquoi il a dévié de sa trajectoire. « La responsabilité de chacun sera déterminée, annonce Philippe Trubert. On saura si le pilote s'est affranchi seul de la trajectoire normale ou s'il a répondu à un ordre exceptionnel de la tour de contrôle. Même si ce genre d'incident n'est pas fréquent, il faut absolument éviter qu'il se reproduise. »

Pour Guy Miclotte, installé rue du Bosquet depuis 48 ans, cette mésaventure était une première. Son voisin Jamy Gosse est, malheureusement pour lui, un habitué. « Il y a eu huit impacts sur la commune. Trois incidents rien que pour moi », souligne ce dernier.

Le premier remonte à janvier 2011, lorsqu'un « objet non identifié » tombe sur la toiture de sa maison. « On a fini par conclure que c'était de la glace accumulée sur les ailes d'un avion », précise Jamy Gosse.

Ryanair reconnue responsable pour d'anciens dégâts

Les deux autres, en 2014 et 2015, correspondent à un effet Vortex. « Si nous étions parvenus à un accord avec la Sageb en 2011, nous sommes toujours en procédure contre Ryanair pour les deux derniers incidents, indique Jamy Gosse. La compagnie conteste sa responsabilité et le montant des travaux de réparation. »

En effet, si la maison est hors d'eau, la toiture doit être, selon un expert, entièrement refaite. « Il a mis en avant des dégâts de structure à corriger, précise Jamy Gosse. Il faut déposer toutes les tuiles et sans doute changer le lattage et le contre-lattage. Il faut ensuite remonter et fixer un tiers des 24 000 tuiles. Le devis se monte à 70 000 euros. »

Le 31 juillet dernier, Ryanair a été reconnue « responsable des désordres affectant la toiture de Jamy Gosse » par la cour d'appel d'Amiens (Somme). La compagnie aérienne irlandaise a interjeté appel de cette décision. Contactée, elle n'a pas répondu à nos sollicitations.

«Les avions passent à 80 mètres au lieu de 160 mètres»

Pour Jamy Gosse, il y a une explication à ces incidents à répétition. « Ils ont dévié le couloir d'atterrissage pour que les avions ne passent plus au-dessus de Troissereux, assure-t-il. Aujourd'hui, ils passent à 150 m de chez nous, à l'orée du bois. Au moindre écart, ils sont au-dessus de la maison. J'ai mesuré, ils passent à 80 mètres au lieu des 160 requis. »

Les deux riverains de la rue du Bosquet ont construit leur maison il y a quatre décennies. A l'époque, l'activité de l'aéroport était minime et les seules « choses » qui pouvaient tomber du ciel étaient des parachutistes en perdition lors de leur entraînement.