Abandonnée depuis 30 ans, «la maison bleue adossée à la colline» de l’artiste de Creil intrigue encore

Ses couleurs chatoyantes faisaient la joie des promeneurs de la rue Maurice-Schumann. À l’abandon, la maison troglodyte de Marcel Bernier, artiste amateur aujourd’hui disparu, suscite encore curiosité et ravive la nostalgie.

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 La maison de Marcel Bernier avec ses couleurs vives ravissait les Creillois. Elle est aujourd’hui recouverte de végétation.
La maison de Marcel Bernier avec ses couleurs vives ravissait les Creillois. Elle est aujourd’hui recouverte de végétation. DR/Francis David

En 2021, le promeneur arpentant la rue Maurice-Schumann, à Creil, n'aura pas de motif particulier d'émerveillement. Ce qui n'était pas le cas il y a une vingtaine d'années encore. Au siècle dernier, impossible de ne pas voir les couleurs vives de la maison troglodyte de Marcel Bernier, un artiste peintre amateur qui savait mettre de la fantaisie dans le quotidien des Creillois en repeignant régulièrement la façade de sa petite maison.

Une pépite patrimoniale exhumée par la curiosité d'un touriste

Aujourd'hui décédé, Marcel Bernier avait quitté sa maison des Tufs, à flanc de colline, comme tous les habitants des maisons troglodytes, pour des raisons de sécurité. Désormais recouverte d'une épaisse couche de végétation, sa demeure qui était aussi une œuvre d'art est devenue invisible derrière une seule couleur : le vert des mauvaises herbes qui l'ont ensevelie. Loin des yeux, loin du cœur, la maison aux teintes chamarrées avait fini par être oubliée, jusqu'à une période récente.

Aujourd’hui, la maison de Marcel Bernier est enfouie sous la végétation. LP/Hervé Sénamaud
Aujourd’hui, la maison de Marcel Bernier est enfouie sous la végétation. LP/Hervé Sénamaud  

« Nous avons reçu un appel d'une personne qui souhaitait découvrir la maison de Marcel Bernier, à Creil, se souvient-on à l'Office de tourisme Creil sud Oise. Nous avons d'abord pensé à une erreur car aucun site de notre catalogue ne correspondait, jusqu'à ce que l'on retrouve la trace de l'existence de cette maison. »

«Cet été, là, j'ai mis du bleu. Quand le pot est fini, c'est fini»

Dans son ouvrage, « Guide de l'art insolite : Nord-Pas-de-Calais, Picardie », paru en 1984 chez Herscher, l'auteur Francis David, avait recueilli ces rares propos de Marcel Bernier. « Il y a une dizaine d'années que je mets de la couleur. C'était avant la retraite : je suis né en 1912, alors j'ai été à la retraite en 1977. Avant, j'étais employé là, à l'usine de produits chimiques. Oh, je remets un peu de peinture tous les ans. Cet été, là, j'ai mis du bleu. Quand le pot est fini, c'est fini. »

La maison de Marcel Bernier. DR/Francis David
La maison de Marcel Bernier. DR/Francis David  

À défaut d'avoir énormément de renseignements à propos de cette étonnante maison haute en couleurs, l'office de tourisme a fait appel à la mémoire des Creillois, dont beaucoup n'ont pas oublié l'étonnante bâtisse. « Je m'en souviens puisque j'habitais à la cavée de Senlis, on passait forcément devant en descendant dans le bas de Creil, se remémore Elisa. Ce monsieur refaisait la façade avec des couleurs différentes. »

L'œuvre de Marcel Bernier semble avoir laissé une trace indélébile dans les esprits. « Chaque année il repeignait et un jour, il fit les briques rouges et les joints blancs… Une averse arriva et toute sa façade fut rose ! » se souvient Marie-Pierre.

«Je m'en souviens très bien, c'était un réel régal pour les yeux »

« Pour moi, c'était la maison bleue adossée à la colline, que chantait Maxime Le Forestier », compare Christophe. « Je m'en souviens très bien, c'était un réel régal pour les yeux toutes ces couleurs », acquiesce Lauriane.

Pour l'heure, aucun projet ne prévoit de remettre en lumière la maison de Marcel Bernier. Peut-être que l'intérêt d'amateurs d'art et la nostalgie des habitants suffiront pour que l'on se penche à nouveau sur cet édifice qui en faisait voir de toutes les couleurs aux passants de la rue Maurice-Schumann.