À la prison de Beauvais, toujours pas de parloir pour les enfants

Le centre pénitentiaire de l’Oise limite toujours les visites à une seule personne. Une mesure que dénoncent des proches.

 Au centre pénitentiaire de Beauvais, les enfants ne sont toujours pas autorisés avec leurs parents lors des parloirs.
Au centre pénitentiaire de Beauvais, les enfants ne sont toujours pas autorisés avec leurs parents lors des parloirs. LP/Juliette Duclos

Pour venir à la prison de Beauvais, Ingrid, 35 ans, a mis « une petite heure en voiture ». Debout devant l'accueil, sous un soleil de plomb, elle attend patiemment qu'on l'appelle pour retrouver son conjoint, « à travers le masque et le Plexiglas ». Dans le sac de linge propre qu'elle a apporté, cette mère de famille a glissé quelques photos récentes de son enfant.

« Comme ça, il peut voir comment son fils grandit, souffle-t-elle. Il a eu 3 ans et à cet âge, ça change tout le temps. » Un geste devenu habituel désormais. Au centre pénitentiaire de Beauvais, les enfants ne sont toujours pas admis au parloir.

Depuis la fin du confinement, une seule personne est autorisée dans ces lieux qui permettent aux visiteurs de retrouver leurs proches incarcérés. « Ce n'était jamais arrivé auparavant que mon fils passe autant de temps sans voir son père. Normalement, il vient toutes les semaines, depuis qu'il a 2 mois. Et là, plus rien, complète-t-elle. Je lui parle tout le temps de son père, pour ne pas qu'il l'oublie. »

Une décision prise avec les autorités sanitaires

Une exception dans la région, assure-t-on à l'association Relais enfants parents incarcérés Hauts-de-France : « Les visites étaient suspendues pendant le confinement, mais un peu partout dans les établissements pénitentiaires, les enfants peuvent de nouveau rentrer pour voir leur père ou leur mère. » Ainsi, dans l'Oise, la prison de Liancourt a rouvert ses portes aux enfants.

De son côté, la Direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP) des Hauts-de-France indique que cette mesure a été « prise en accord avec les autorités sanitaires » pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Et éviter ainsi tout éventuel cluster… À Beauvais, sont ainsi incarcérées près de 600 personnes, dont une soixantaine de femmes.

« Compte tenu de la sensibilité de certains publics, avec notamment la présence d'une nurserie, cet établissement a souhaité maintenir cette protection », poursuit la DISP, rappelant que les Unités de vie familiale (UVF), ces petits appartements qui réunissent proches et personnes incarcérées, ont été rétablis.

Une garde des enfants compliquée

Mais cette restriction fait gronder les proches de personnes détenues. « Ma fille a commencé à marcher, elle dit ses premiers mots et son père a loupé tout ça », témoigne Sophie*. Cela fait maintenant huit mois que sa fille de presque 2 ans n'a pas vu son père.

« La dernière fois, c'était le 27 février, vous imaginez, insiste cette jeune femme de 23 ans. Quand je le vois, je n'ose même pas lui dire à quel point elle a grandi… » Il y a bien le téléphone, « mais ce n'est pas la même chose. Elle dit juste allô mais cela lui fait plus de mal qu'autre chose. »

Surtout, cela complique les visites. Sophie habite à Lille (Nord). Actuellement en formation, elle ne peut venir au parloir que le mercredi. « Comme j'habite loin, il faut que je m'organise pour la garde de ma fille, glisse-t-elle. Je n'ai pas pu y aller la semaine dernière car personne ne pouvait s'en occuper. Je n'ai pas de famille à proximité. » Ingrid, elle, peut compter sur sa belle-mère, « quand elle ne travaille pas ». « Et quand elle travaille, c'est simple, je ne peux pas venir », résume-t-elle.

«On ne compte pas»

Si la Direction interrégionale des services pénitentiaires des Hauts-de-France assure que les « possibilités d'accueil vont être modifiées prochainement » et qu'un adulte pourra « venir accompagné d'un enfant », c'est le flou qui prime pour les proches.

« Au service parloir, ils ne savent pas quoi nous répondre et quand on appelle la direction, ils ne nous donnent aucune réponse non plus, dénonce Sophie. On a l'impression que, quand on est femme de détenu, on n'est pas importante et qu'on ne compte pas. »

Enceinte de son deuxième enfant avec un accouchement prévu en décembre, Sophie a saisi le délégué du défenseur des droits pour faire accélérer les choses. « Cela m'angoisse, j'ai l'impression que mes enfants ne vont jamais retrouver leur père. »

*Le prénom a été modifié