A l’hôpital de Compiègne, une contamination galopante à cause d’un variant du Covid ?

Le centre hospitalier compte actuellement plus de 150 «patients Covid» et 70 personnels contaminés. La piste d’un variant du virus est évoquée par la direction.

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 Lundi soir, le centre hospitalier de Compiègne-Noyon comptait plus de 150 «patients Covid» et 70 personnels contaminés.
Lundi soir, le centre hospitalier de Compiègne-Noyon comptait plus de 150 «patients Covid» et 70 personnels contaminés. LP/J.B.

Un variant du Covid-19 est-il en train de sévir dans les couloirs du centre hospitalier de Compiègne (Oise)? Depuis la fin du mois de décembre, l'hôpital qui a accueilli les premiers malades du coronavirus en France, dès la fin mars, traverse une sérieuse période de turbulences.

Car tant du côté du personnel hospitalier que des patients, le nombre de tests positifs a augmenté de façon « inquiétante » au cours du mois de janvier. « Une situation à laquelle on fait face de façon accélérée, au fil des semaines, concède Catherine Latger, la directrice de l'hôpital. Il y a des interrogations. »

« C'est un problème de contamination intraservices assez étonnant, reconnaît-on en interne. On n'en connaît pas la cause et beaucoup de soignants sont inquiets. Il y a une vraie préoccupation. »

«S'il n'y a pas d'urgence, ne vous y rendez pas»

Lundi soir, le centre hospitalier de Compiègne-Noyon, qui vient d'ouvrir son centre de vaccination aux personnes âgées de 75 ans et plus, comptait ainsi plus de 150 « patients Covid » sur ces deux sites compiégnois et noyonnais. Un nombre de cas jamais atteint depuis le début de l'épidémie, il y a près d'un an.

Au total, à la date du 15 janvier, 406 personnes étaient hospitalisées dans les hôpitaux du département pour Covid-19, selon l'Agence régionale de santé (ARS).

Problème, nombre de ces patients testés positifs en sortie d'hospitalisation étaient rentrés à l'hôpital avec un test PCR négatif. Comme cet habitant de Chelles rentré au centre hospitalier pour une coronarographie — « rien de grave et rien d'urgent » — et qui est ressorti positif au Covid.

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« Je ne suis pas médecin, mais s'il n'y a pas d'urgence, ne vous y rendez pas, témoigne-t-il. Ce qui me rend furieux c'est que ces professionnels connaissent les risques qu'ils nous font prendre et malgré cela ils confirment les rendez-vous. »

La piste du variant anglais écartée

La situation n'épargne pas le personnel hospitalier. En début de semaine, 70 professionnels, dont une majorité de soignants, avaient eux aussi contracté le virus, selon les chiffres de l'hôpital. « On ne comprend pas car il n'y a pas eu de relâchement, les mesures de précautions prises sont toujours les mêmes », souffle un membre du personnel.

Pour faire face à la situation, plusieurs interventions, comme en chirurgie, ont dû être déprogrammées. LP/J.B.
Pour faire face à la situation, plusieurs interventions, comme en chirurgie, ont dû être déprogrammées. LP/J.B.  

La situation est d'autant plus alarmante que d'autres structures hospitalières seraient elles aussi confrontées à cet afflux de contaminations. « La situation de Compiègne n'est pas singulière », assure Catherine Latger. Le centre hospitalier de Dieppe (Seine-Maritime) rencontrerait ainsi une situation similaire avec plus de 70 professionnels de santé contaminés. Même chose à l'hôpital d'Abbeville (Somme).

«Tout ce qui peut-être reprogrammé l'a été»

L'explosion des cas au centre hospitalier de la cité impériale est-elle liée à la circulation d'un variant du Covid-19 ? « Le sujet est évoqué », reconnaît la direction de la structure.

Une chose est sûre, les séquençages (l'identification du génome du virus) réalisés sur les premières souches compiégnoises transmises au CHU d'Amiens (Somme) ont écarté la présence du variant anglais, une mutation plus virulente du Sras-Cov 2 pas encore officiellement identifiée dans l'Oise. Mais l'hypothèse de l'apparition d'un autre variant du virus n'est pas exclue et d'autres séquençages sont en cours, précise la direction.

Face à cette situation à nouveau très tendue, l'hôpital n'a eu d'autres choix que de se réorganiser en interne. Priorité est désormais donnée aux soins dits « critiques » et plusieurs interventions « non urgentes » ont dû être déprogrammées.

Cette semaine, le nombre de lits disponibles a ainsi été réduit d'environ 30% de la capacité totale. La clinique Saint-Côme a par ailleurs consenti à un « partenariat momentané » afin d'accueillir des patients non Covid pour soulager les services hospitaliers.

«Une immense solidarité et une immense résilience»

Seule « bonne nouvelle », les entrées en réanimation pour des cas Covid se font désormais moins nombreuses, de l'ordre de « 5 à 6 patients » en début de semaine à Compiègne (25 au total dans l'Oise au 15 janvier).

« Cela reste gérable et sous contrôle, assure Catherine Latger. Les personnels sont fatigués mais font preuve d'une immense solidarité et d'une immense résilience. C'est ça qui fait tenir l'hôpital. Il y a aussi la force de l'expérience et du professionnalisme qui permet aux équipes de faire face. »

Mais dans un hôpital durablement marqué par la première vague du Covid, en première ligne avant tous les autres, la situation de ce mois de janvier rappelle forcément de mauvais souvenirs.

« Il y a de l'inquiétude et de la lassitude, dit-on en interne. Comme l'impression d'être revenu un an en arrière… » « Il n'y a pas la même terreur que lors de la première vague, quand l'hôpital a été pionnier de chez pionnier », nuance la directrice.

«Les soignants méritent toujours nos encouragements et notre reconnaissance»

Si la situation n'est pas comparable avec les premiers mois de la crise sanitaire, le Compiégnois et le Noyonnais sont particulièrement touchés. Selon Santé publique France, il s'agit même des territoires où le taux d'incidence (le nombre de personnes positives pour 100 000 habitants), est le plus élevé dans le département.

« La situation sanitaire demeure très tendue, prévient Philippe Marini, le maire (LR) de Compiègne et président du conseil de surveillance de l'hôpital. Il y a une forte tension sur les services hospitaliers. Pensez aux soignants, à ceux que l'on applaudissait au printemps dernier à 20 heures. Ils méritent toujours nos encouragements et notre reconnaissance. »