A Creil, le couvre-feu se veut «pédagogique»

C’est la seule ville de l’Oise à mettre en place cette mesure. Compliquée à faire appliquer, elle démarrera ce mardi à 22 heures. Un jeune homme, poursuivi pour non-respect du confinement au printemps, témoigne.

 Déjà instauré lors de la première vague, le couvre-feu n’avait pas toujours été respecté (archives).
Déjà instauré lors de la première vague, le couvre-feu n’avait pas toujours été respecté (archives). LP/Benjamin Derveaux

Dans toute l'Oise, les bars ferment depuis dimanche à 22 heures. A Creil, les portes des maisons et appartements resteront également bouclées à partir de cette heure. Un couvre-feu, unique dans le département, y démarre ce mardi. Une mesure que le maire (PS) de la ville, Jean-Claude Villemain, veut « pédagogique ».

Des attestations de déplacement sont normalement disponibles dans les commerces de la commune, notamment les boulangeries. Les attestations nationales seront également acceptées en cas de contrôle.

De la prévention pendant quinze jours

« Ce n'est pas orienté vers la sanction. C'est pour indiquer qu'il y a un risque de propagation. Le but n'est pas répressif. Nous sommes proches de Paris, il faut faire attention. Comme pour le port du masque, la police municipale fera de la prévention pendant les quinze premiers jours », explique l'élu.

Une tolérance dont aurait aimé bénéficier Isaac (le prénom a été modifié), 20 ans, contrôlé « une bonne dizaine de fois » sans justificatif au printemps pendant le confinement. Comme de nombreux autres contrevenants de l'époque, le jeune homme doit être jugé pour ces faits en novembre.

« A chaque fois, c'était pour des petites bêtises, soupire-t-il. Je sortais faire des courses et j'oubliais l'attestation. Quand ça a commencé, cela faisait à peine quelques jours que je venais de retirer mon bracelet électronique… Forcément, j'avais un peu envie de prendre l'air. C'est parfois compliqué de rester enfermé en appartement avec toute la famille. Je ne prenais pas pour autant le virus à la légère. »

VIDÉO. Contrôle du couvre-feu à Paris : «Tout le monde a son attestation, c'est encourageant»

Sur 270 000 personnes contrôlées dans le département durant le confinement, près de 14 400 personnes avaient été verbalisées, et 53 interpellées, selon les chiffres de la préfecture de l'Oise. Le couvre-feu creillois sera-t-il mieux respecté? Isaac le conseille.

« J'ai déjà dû verser un peu plus de 1300 euros d'amendes. Et encore, j'ai payé avant que ce soit majoré. Avec le recul, je me dis que c'est un peu bête de passer au tribunal pour cela. Mais c'est vrai que j'aurais dû davantage respecter le confinement. Et si c'était à refaire, je ne ferais pas la même chose. »

«Un couvre-feu qui évoque la guerre»

Mais sur le marché de Creil, samedi, le message avait parfois du mal à passer. « Que l'on fasse déjà respecter les mesures actuelles, notamment le port du masque, qui est de moins en moins suivi, assène Sama. On passe encore pour une ville à part, avec un couvre-feu qui évoque la guerre. Il y en a marre. »

D'autres demandent en revanche plus de fermeté. « Un arrêté pédagogique, cela sert à quoi ? S'il n'y a pas ou peu de sanctions, à rien », ajoute Pascal.

La Ligue des droits de l'homme de l'Oise ne compte pas attaquer en justice, comme elle a pu le faire au printemps, cet arrêté. « Pour des raisons sanitaires, cela ne m'apparaît pas insensé. Je ne sais pas si cela sera efficace mais c'est quelque chose à tenter. L'engorgement des hôpitaux, notamment celui de Creil, est à craindre », justifie son président, Jean-Pierre Mouveaux.

«Une décision unilatérale et inadaptée»

La fronde vient plutôt de l'opposition municipale. « Nous ne sommes pas une métropole et même pas la plus grande ville de l'Oise. Le soir, quand je sors, il n'y a pas un chat dans les rues. Et c'est une mauvaise nouvelle pour l'économie, l'emploi et les commerces, dans une ville qui souffre à ce niveau-là. Cela va causer du tort et, malheureusement, ne pas résoudre cette crise », tacle Johann Lucas, président du groupe Génération Creil.

Face à ce qu'il juge être « une décision unilatérale qui n'est pas adaptée à la situation », l'élu a écrit à la préfète de l'Oise pour faire « examiner cette situation » et « empêcher l'application de cet arrêté, afin que les Creillois n'aient pas à subir une restriction inadaptée ».

« En fermant à 22 heures, les restaurants ont le temps de travailler. On ne pourra pas traîner autour d'un pousse-café, c'est tout, se défend Jean-Claude Villemain. Je le répète, je laisse le temps à la population de s'informer, je mise sur la pédagogie. »