A Creil, la rivière Oise est «une zone de non-droit environnemental»

Après de nombreux et récurrents épisodes de pollution de la rivière à hauteur du Bassin creillois, un comité départemental spécial rassemblant tous les acteurs concernés aura pour mission d’enrayer ce phénomène.

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 En août 2020, une fuite d’hydrocarbures avait dégradé 4 kilomètres de rivière entre Creil et Nogent-sur-Oise.
En août 2020, une fuite d’hydrocarbures avait dégradé 4 kilomètres de rivière entre Creil et Nogent-sur-Oise. LP/Julien Barbare

C'est un spectacle désolant qui s'étire sur une partie du quai d'Aval, à Creil, en direction de Saint-Leu-d'Esserent. Sur des dizaines de mètres, le long des bords de l'Oise, des tas de gravats, des dépôts sauvages ou encore des carcasses de véhicules calcinées se succèdent, déversant des produits nocifs pour l'environnement à quelques mètres de l'eau.

Une rivière déjà sujette à plusieurs épisodes de pollution, dont trois rien que l'année dernière. En août 2020, par exemple, une fuite d'hydrocarbures avait dégradé 4 km la rivière, sa faune et sa flore, entre Creil et Nogent-sur-Oise. Plus de 3000 litres d'huile et de fioul s'étaient déversés dans l'eau. Des photos d'animaux noircis, cygnes, canards et autres ragondins, avaient fait le tour des réseaux sociaux.

Voitures, frigos, fours, lave-vaisselle, lave-linge...

Voies Navigables de France (VNF), de son côté, est dans l'obligation d'effectuer régulièrement des campagnes de dragage afin d'enlever les épaves et autres appareils électroménagers. Des frigos, des fours, des lave-vaisselle ou des lave-linge sont notamment retrouvés dans les portes de l'écluse de Creil. Pour l'établissement public, le cours de l'Oise à Creil est une « zone de non-droit environnemental ».

Un des oiseaux victimes de l’épisode de pollution d’août 2020. DR
Un des oiseaux victimes de l’épisode de pollution d’août 2020. DR  

Une situation critique qui a poussé les pouvoirs publics à réagir avec la mise en place d'un Comité opérationnel départemental anti-fraude (Codaf) dédié à cette délinquance environnementale, sous l'impulsion de l'agglomération creilloise.

Le Codaf, «un outil puissant»

Une sorte de superstructure de coopération et de coordination, copilotée par la préfecture de l'Oise et le parquet de Senlis, réunissant des élus, la police, la Direction régionale de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement, VNF ou encore l'entreprise Suez. Des groupes de travail ont été lancés pour établir un plan d'actions à court terme.

« Le Codaf est un outil puissant rarement mis au service de ce genre de cause, ce n'est pas rien de voir tous ces services réunis pour lutter contre la pollution », apprécie Thierry Brochot, élu écologiste de Creil, en charge du suivi du dossier.

Une opportunité se dessine avec le projet Mageo, qui doit permettre le passage de bateaux à grand gabarit entre Paris et le nord de la France. Les quais de l'Oise, la voie sur berge de Saint-Leu-d'Esserent, à Creil, ou encore l'Ec'eau port fluvial, toujours dans la capitale du sud Oise… Les bords de la rivière vont être redessinés.

L'occasion, pour les élus, de remettre la main sur des bouts de terres auxquels ils n'avaient plus accès. « Notamment dans la zone de Vaux, à Creil, où la mairie voudrait reprendre la maîtrise du foncier, détaille Thierry Brochot. Plus aucune parcelle à proximité de l'eau n'est dans le domaine public alors qu'il nous faudrait une bande de quelques mètres afin de mieux surveiller ce qu'il s'y passe. »

Des caméras contre les dépôts sauvages

C'est justement chez un ferrailleur de cette zone artisanale et industrielle qu'a été détectée l'origine de la pollution d'août 2020. « Des hydrocarbures étaient stockés dans un récipient qui a fuité, et la pluie a entraîné des résidus dans le réseau d'eaux pluviales », relate le maire de Creil et président de l'agglomération Creil Sud Oise, Jean-Claude Villemain.

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Pour les gravats régulièrement découverts le long du quai d'Aval, la mairie assure agir. « Nous avons installé trois caméras, Saint-Leu va en mettre aussi, précise le maire. Le déménagement des différents sites des gens du voyage permettra également de diminuer les allées et venues, on pourra mieux surveiller les véhicules. »

De nombreux dépôts sauvages sont déversés au bord de l’Oise. LP/Simon Gourru
De nombreux dépôts sauvages sont déversés au bord de l’Oise. LP/Simon Gourru  

Une étude pour connaître les substances dangereuses présentes dans l'Oise sera également lancée et l'agglomération va renforcer les contrôles inopinés de certaines entreprises, comme les casses automobiles, légales ou illégales. Mais la source de la pollution n'est pas toujours facile à débusquer.

À l'image de ce qu'il se passe pour l'un des deux autres épisodes de pollution survenus en 2020. « Cela continue plus ou moins de se déverser du côté de la RD 1016, mais ni Suez, ni la police, ni la Dreal n'ont pu détecter la source », souffle Jean-Claude Villemain. Le Codaf pourrait permettre de mieux mutualiser les efforts.

«Il faut apporter une pression constante sur les sites sensibles»

« Chacun agit pour l'instant de son côté alors que, là, l'union peut faire la force, résume-t-on en préfecture. Cela permet de resserrer les mailles du filet, de ne rien laisser passer lors de contrôles communs. Avoir le procureur dans la boucle permet de judiciariser certaines procédures et d'obtenir des sanctions plus fortes. Il faut apporter une pression constante sur les sites sensibles. »

La sensibilisation du public sera aussi un des axes forts de la stratégie à venir. « Il faut communiquer sur les dommages causés à la population par cette pollution, martèle Thierry Brochot. Bien sûr, les dégâts sur les animaux et sur les nappes phréatiques et, par extension, les zones agricoles aussi. C'est un enjeu de santé publique. »