A Compiègne, des drones pour lutter contre la délinquance

La cité impériale devrait être le lieu d’expérimentation national de ce nouveau moyen des forces de l’ordre. L’université de technologie de la ville et sa spécialisation drone, sont mobilisées. Premiers survols attendus en 2019.

 LP/Infographie

Il y a ceux qui les utilisent pour des images du réseau électrique, pour survoler les centrales nucléaires ou encore, à l'image des pompiers, sur d'importantes interventions. A Compiègne, les drones devraient servir les forces de l'ordre, police municipale et police nationale. Lancée il y a quelques mois par Philippe Marini, le maire (LR) de la ville, l'idée fait son chemin. Après des rencontres, dont la dernière en date vendredi dernier, avec le Premier ministre, Edouard Philippe, et ses équipes, la cité impériale doit servir de terrain d'expérimentation pour toute la France.

Comment ça marche ?

Les engins, très performants et larges d'environ 50 cm, seront dirigés à distance par des agents de la police municipale formés. « Ils seront silencieux, équipés de caméras de très haute qualité, si possible infrarouge, capables d'identifier et de suivre un objet ou une personne grâce à une sorte de tracker », détaille-t-on du côté de la municipalité. Les images seront retransmises en direct au centre de supervision intercommunal et ses 27 écrans où un agent sera en contact avec les équipes terrains.

Qui est dans le viseur ?

/LP/N.R.
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La première pensée des élus vise les rodéos sauvages. Si plusieurs saisies d'engins ont été réalisées en début d'année, le fléau est toujours présent dans la ville. « Nous pourrons voir où les motos sont garées », prévoit Philippe Marini. Pour éviter de dangereuses courses-poursuites — comme la collision qui avait enflammé Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) — les drones pourront suivre les individus discrètement et sans risques pour les agents. « Pour des interventions programmées avec la police nationale, les trafics ou pour observer manifestations et rassemblements : les usages seront potentiellement nombreux », prévient la municipalité. Les domaines privés seront toujours floutés.

/LP/E.J.
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Pourquoi Compiègne ?

« Le territoire est propice », martèle une source proche du dossier. « Il y a une bonne entente entre les polices, un centre de supervision très performant avec bientôt 341 caméras et l'une des universités technologiques (UTC) les plus compétentes de France en domaine de drones », promeut-on. A l'UTC, les chercheurs sont impatients de découvrir le cahier des charges. « Nos drones sont déjà capables de suivre un visage qu'il a identifié », montre Pedro Castillo, chercheur, vidéo de démonstration à l'appui.

Les points à régler

L'Etat est bien sûr partenaire prioritaire. Ce dernier et la ville se partageront l'addition de cette expérience estimée à 100 000 €. Le préfet « semble emballé par l'idée » et sera contacté pour autoriser les vols, en même temps que le commissaire local et le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP). « Tous les outils qui permettent de lutter contre rodéos et de faciliter les saisies sont une bonne chose. Combiné à la vidéo, cela peut permettre de repérer les lieux de stockage des motos et monter des opérations », argue Olivier Dimpre, le DDSP. Il faudra notamment un cadre dérogatoire pour voler et définir les missions. « La loi pourra bouger si cela se généralise en France après cette expérience d'environ 6 mois », avance un observateur. Il reste un dernier rendez-vous, en août, avec le ministère de l'Intérieur avant de constituer le comité de pilotage avec tous les acteurs (UTC, Cnil, groupement d'intérêts économiques, police…). Premiers essais attendus en 2019.

@Elie_julien