A Beauvais, une page se tourne pour les ex-Bosch

La décision du tribunal de Douai met un point final au combat judiciaire entre anciens salariés et l’entreprise Bosch, fermée en 2009. D’autres procédures judiciaires sont en cours pour faute inexcusable de l’entreprise.

  En 2013, les anciens salariés de Bosch devant le palais de justice de Beauvais.
En 2013, les anciens salariés de Bosch devant le palais de justice de Beauvais. LP/F.H.

« Les seuls combats perdus sont ceux que l'on n'a jamais menés », avait l'habitude de dire Gaby Hauet. Décédé en mars 2019 d'un cancer foudroyant, cet ancien salarié de l'usine Bosch basée à Beauvais n'aura jamais vu la fin de ce combat judiciaire. « Cela aurait été bien qu'il soit là, c'est sa victoire aussi, souffle Catherine, sa veuve. Malgré les difficultés, il voulait qu'on continue jusqu'au bout, il était militant syndical, c'était sa vie. »

Au téléphone, elle évoque les mobilisations, les réunions tardives, les repas du jeudi soir après la permanence du syndicat et, surtout, la longue attente des « Dé-boschés », du nom de ce collectif qu'ils avaient créé. Depuis 2012, 387 salariés ont entamé un bras de fer contre cette entreprise de production de plaquettes de frein, fermée en 2009, pour que leur préjudice d'anxiété lié à l'amiante soit enfin reconnu.

«On est sur un petit nuage»

C'est désormais chose faite, avec l'arrêt de la cour d'appel de Douai, en date du 25 septembre dernier, qui met un point final à ce qui est devenu le « procès de l'amiante ».

Bosch avait été condamné à verser 5 000 euros (€) à ses salariés au titre du préjudice d'anxiété, en décembre 2014. La direction avait fait appel et, en 2015, la cour d'appel d'Amiens (Somme) cassa le jugement. Retour à la case départ. Les « Dé-Boschés » poursuivent alors le combat et se pourvoient en cassation, qui finit par leur donner raison en 2017… Une décision qui vient donc d'être validée par la cour d'appel.

En 2014, Me Barbara Vrillac à la sortie d’une audience de prud’hommes des Bosch sur l’amiante.LP
En 2014, Me Barbara Vrillac à la sortie d’une audience de prud’hommes des Bosch sur l’amiante.LP  

« On ne va pas pouvoir réunir toutes les personnes pour faire la fête à cause du coronavirus, mais on est sur un petit nuage », assure maître Vrillac, leur avocate, qui explique qu'une indemnisation de 8 000 € sera versée à chacun des anciens salariés et leurs ayants droit. Contactée, l'entreprise Bosch France n'a pas répondu à nos sollicitations.

Une trentaine de salariés décédés

« Cette somme, c'est symbolique, c'est une reconnaissance de notre combat, avance Patrice Tempier, 46 ans, ancien délégué syndical. Quand on a commencé, beaucoup nous ont mis des bâtons dans les roues, certains nous demandaient ce qu'on espérait avoir ou pourquoi on continuait… Pendant ces années, on a perdu beaucoup de collègues, dont certains à cause de l'amiante. »

Sur 387 dossiers - « on les appelle les 400 par raccourci », rappelle l'avocate - beaucoup sont tombés malades et 27 sont morts depuis le début de la procédure. « On veut leur rendre hommage avec cette décision et leurs proches pourront toucher de l'argent », complète Patrice Tempier.

L’usine Bosch a fermé en 2009. LP
L’usine Bosch a fermé en 2009. LP  

Si ce chapitre est clos désormais, d'autres procédures contre l'entreprise Bosch restent engagées. « Pour nous, les combats judiciaires continuent, confirme Bernard Callens, ancien délégué syndical et salarié de Bosch pendant 37 ans. Nous avons été exposés à l'amiante de 1966 à 1985, mais on voit encore les conséquences. Un cancer de l'amiante, cela peut se déclencher 30 ans après. »

Quatre dossiers pour faute inexcusable

Brigitte, 61 ans, raconte les maladies auxquelles est confronté son conjoint Philippe, qui a fait « toute sa carrière chez Bosch comme cariste ». « Il y a dix ans, il a d'abord eu un cancer du rein, ensuite, ils lui ont trouvé un lymphome à une jambe, après il y a eu une récidive et il refait un lymphome… Et l'an passé, un docteur lui dit qu'il y avait une tache au niveau du poumon… » La nouvelle tombe, c'est de nouveau un cancer.

Elle soupire : « A l'hôpital d'Amiens, on nous dit que trois cancers ça faisait beaucoup pour une seule personne et que cela pourrait être lié à l'amiante. » Pour l'instant, le couple a envoyé un dossier à la sécurité sociale pour que la maladie professionnelle soit reconnue.

« Ensuite, si c'est négatif, on verra bien si on fait une procédure contre l'entreprise. Mais à force, on est fatigué, cela fait dix ans que l'on court d'un cancer à un autre, avec des années de chimio, toutes nos vacances passent dedans, on est fatigués », confie Brigitte. Pour le moment, quatre dossiers sont ouverts pour faute inexcusable de l'entreprise, précise maître Vrillac.