Tempête Alex : une dizaine de disparus, dont deux pompiers, dans les Alpes-Maritimes

Les intempéries les plus dangereuses se produisent désormais dans le Sud-Est et l’arrière-pays niçois. D’impressionnantes crues sont en cours dans la vallée de la Vésubie.

La tempête Alex n'en finit pas de sévir en France. Ce vendredi soir, elle est terminée dans l'ouest du pays - où on déplore toutefois un mort à Brest (Finistère), un motard de 17 ans déséquilibré par la chute d'une branche -, mais provoque désormais un épisode méditerranéen très intense dans l'arrière-pays niçois, avec des crues déjà qualifiées d'exceptionnelles.

Météo France place à l'heure actuelle 11 départements en alerte mais la principale crainte concerne les Alpes-Maritimes. Le département est placé en alerte maximale (niveau 4 sur 4) à cause de la pluie, des inondations et désormais des crues. La préfecture a demandé expressément aux habitants de rester à l'abri et de ne pas prendre leur véhicule sauf en cas d'absolue nécessité.

Huit personnes portées disparues et trois vérifications

Une dizaine de personnes sont portées disparues, dont deux pompiers, a-t-on appris ce vendredi soir. « Il s'agit de deux pompiers, un officier sapeur et un pompier volontaire, qui ont été emportés dans leur véhicule, des collègues les ont vus partir dans l'eau à Bollène-Vésubie », a détaillé auprès de nos confrères de l'AFP le député LR des Alpes-Maritimes Éric Ciotti.

À Roquebillière, dans la vallée de la Vésubie, il s'agit de deux personnes qui se sont « réfugiées sur le toit d'une maison, la maison s'est effondrée, les pompiers les ont vus partir (dans l'eau) », selon le député LR.

Une autre personne est recherchée après avoir disparu alors qu'elle était en voiture à Tenda, dans le secteur de la Roya, relate Nice-Matin, précisant qu'elle « aurait été emportée alors qu'elle se trouvait dans une voiture », ainsi que deux autres, également dans un véhicule, dans le village de Breil-sur-Roya. Le site du quotidien rapporte aussi qu'un gendarme serait porté disparu à Saint-Martin-Vésubie.

Deux autres personnes pourraient avoir également disparu dans ce village où plus de 270 mm d'eau sont déjà tombés, mais la situation est plus floue. « Les doutes ne sont pas levés, nous effectuons une recherche active. Un témoin a rapporté avoir vu une personne emportée par les eaux, sans plus de précisions. Un autre témoin indique avoir vu une autre personne également emportée par les eaux », a expliqué sur BFMTV Philippe Loos, secrétaire général de la préfecture des Alpes-Maritimes. Une troisième disparition dans le secteur serait également en cours de vérification, selon Nice-Matin.

« C'est apocalyptique »

Saint-Martin-Vésubie fait figure d'épicentre du phénomène météorologique. Un pont s'est notamment effondré et le torrent s'est déchaîné. « Au début, il a commencé à pleuvoir et en peu de temps, ça a été la catastrophe. Le cours d'eau en dessous de chez moi a triplé de volume et nous n'avions plus de réseau ni d'électricité », relate auprès du Parisien Esteban, 15 ans, habitant de Saint-Martin-Vésubie. « C'est la première fois qu'une chose aussi violente arrive », assure-t-il.

« C'est apocalyptique », a témoigné le gérant d'une brasserie de la commune auprès de l'AFP. « L'eau est 7 à 8 m au-dessus des niveaux habituels », a-t-il affirmé, soulignant que tous les commerces du village avaient été désertés et que les habitants s'étaient réfugiés chez eux.

VIDÉO. Tempête Alex : un pont emporté par les eaux dans le Sud-Est

Le député et président du conseil départemental des Alpes-Maritimes Éric Ciotti déplore, lui, des « dégâts matériels extrêmement importants » face à ces crues « centennales » dans les vallées de Vésubie, du Var et de la Tinée.

Inquiétude pour la partie aval du Var et Nice

En fin de soirée, les 106 pompiers des Alpes-Maritimes engagés dénombraient 277 interventions et faisaient état de routes coupées dans la vallée de la Roya, près de la frontière italienne, où des habitants ont été évacués. 111 personnes ont été mises en sécurité dans la soirée.

À Mandelieu-la-Napoule, tout près de Nice, David Konopnicki, directeur de cabinet du maire, a indiqué à l'AFP avoir « procédé à l'évacuation préventive d'une centaine de personnes présentes dans un camping au bord du Riou ou qui habitent des rez-de-jardin ou des rez-de-chaussée inondables ».

Le cours du « Var aval » concentre désormais tous les regards. Car c'est là que se rejoignent les torrents de la Vésubie, la Tinée et la première partie du Var avant de se jeter dans la mer Méditerranée. L'accumulation des crues inquiète dans cette région davantage urbanisée. Le maire de Saint-Laurent-du-Var a indiqué s'attendre à des heures très compliquées.

La ville de Nice a pris dès la mi-journée une série de mesures pour se préparer au pic des pluies « attendu entre 18 et 20 heures » : fermeture de la Promenade des Anglais, ouvertures de centres d'hébergements d'urgence dont un gymnase pouvant accueillir plus d'une centaine de personnes, arrêt du réseau de transports…

L'aéroport de Nice, le deuxième de France après les aéroports de Paris, a conseillé sur Twitter aux voyageurs « de ne pas venir sur l'aéroport et de se rapprocher de leurs compagnies aériennes ». Toutes les gares du département sont fermées et aucun train ne circulera avant la mi-journée de samedi.

Un risque de tornade

Pour la soirée, l'institut météorologique a mis en garde contre un phénomène de vague-submersion dans le secteur de Nice : « La conjonction de ces niveaux d'eau élevés et des déferlements des fortes vagues pourront occasionner des submersions sur les parties basses et vulnérables du littoral des Alpes-Maritimes ». « L'épisode ne devrait pas faiblir avant minuit », a estimé la Ville sur Twitter.

Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a annoncé qu'il se rendrait dans le département samedi. « Les Alpes-Maritimes font face actuellement à de terribles intempéries. Mes premières pensées vont aux habitants et à l'ensemble des services de l'Etat, actuellement à pied d'œuvre pour protéger nos concitoyens », a-t-il réagi sur Twitter.

Entre les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes, Keraunos met aussi en garde contre un risque de tornade pendant l'épisode méditerranéen. L'observatoire français des tornades et orages violents évalue entre 30 % et 45 % le risque, un pourcentage assez élevé. Le pourcentage faiblit en s'éloignant de la zone. Dans le Sud-Ouest, une faible probabilité existe également.

Plus de 13 000 foyers sans électricité dans le secteur

Il reste à la mi-journée 45 000 foyers sans courant en Bretagne, selon Enedis, mais la situation la plus préoccupante se trouve évidemment dans l'arrière-pays niçois. Selon Nice-Matin, 13 500 foyers du département sont privés d'électricité (Breil-sur-Roya, Levens, Antibes, La Brigue notamment).

Les épisodes méditerranéens de fortes précipitations et d'inondations sont récurrents à l'automne. S'ils ne sont pas toujours très dangereux, voire mortels, certains ont marqué les esprits par les drames qu'ils ont causés. En novembre 2019, une douzaine de personnes sont mortes dans le Var. En octobre 2015, une vingtaine de personnes sont décédées à cause d'intempéries.

Dans le reste du pays, 12 départements du Nord-Ouest, de l'Est et du Sud-Est sont aussi en vigilance orange (niveau 3 sur 4) en raison de la pluie, des inondations, des orages, des crues, du vent et/ou des vagues. Plus de détails dans notre article dédié aux différentes vigilances en cours.

Jeudi, la tempête Alex a traversé la Bretagne avec des rafales de vents allant jusqu'à 186 km/h à Belle-Ile-en-Mer et a privé jusqu'à 100 000 foyers d'électricité.