Météo : pourquoi des températures printanières arrivent-elles si tôt après une vague de froid ?

En l’espace de quelques jours, des températures quasi-printanières auront chassé une vague de froid glaciale. Un écart déjà observé comme une anomalie par les prévisionnistes. Décryptage.

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Les températures vont être amenées à s'adoucir ces prochains jours à Paris, comme sur le reste du pays.
Les températures vont être amenées à s'adoucir ces prochains jours à Paris, comme sur le reste du pays. LP/

Les beaux jours reviennent… beaucoup plus rapidement que prévu. Les températures se réchauffent considérablement après la vague de froid qui a déferlé sur la France la semaine dernière. L’anticyclone venu de Scandinavie avait entraîné des températures négatives ressenties jusqu’à -13°C à Dunkerque ou même -18°C à Mulhouse. Ce mardi, le thermomètre affiche des valeurs positives quasi printanières, allant de 13 °C à Lyon à 19 °C à Tarbes.

Le phénomène devrait s’accentuer en milieu de semaine et jusqu’au week-end, avec un thermomètre affichant mercredi jusqu’à 22 °C à Pau (Pyrénées-Atlantiques). La vague de froid est désormais derrière nous. Mais un tel écart de températures en quelques jours peut surprendre. Comment l’explique-t-on ? Le Parisien fait le point.

Aussi impressionnant soit-il, un changement d’une telle amplitude n’a rien de surprenant. Le phénomène est d’abord météorologique : la vague de froid observée la semaine dernière était due à un anticyclone venu d’Europe du Nord, notamment de Russie, précise Tristan Amm, prévisionniste à Météo France.

« Le vent qui a soufflé sur la moitié nord de la France était particulièrement froid et sec. L’anticyclone a tourné dans le sens des aiguilles d’une montre autour de la France et s’est décalé vers l’Europe centrale avant d’atteindre l’Europe du sud. Il se trouve désormais en Méditerranée ». Le vent qui souffle depuis le sud-ouest est désormais plus chaud et humide. « Il va continuer d’alimenter l’air doux sur la majeure partie du pays pendant toute la semaine », précise le prévisionniste.

Une anomalie de température élevée

Conséquence : on observe déjà une « anomalie » avec la température élevée cette semaine sur la plupart des régions, excepté le nord du pays. « En moyenne, la température à Paris à la mi-février est de 4 °C le matin et 9° l’après-midi. Aujourd’hui (mardi NDLR), on est à trois degrés au-dessus de la normale de saison. Et ces moyennes vont encore augmenter : on attend entre 16 °C et 17 °C degrés ce week-end dans la capitale », observe Pascal Scavinier, responsable du service prévision à la Chaîne Météo. « Cet épisode pourrait être amené à s’accentuer encore un peu plus d’ici la semaine prochaine, même si nous restons prudents sur nos prévisions », ajoute le météorologiste.

Un pic d’air chaud devrait même être observé dans les Pyrénées-Atlantiques. « Non seulement, la région va profiter du flux d’air chaud venant du Maghreb, mais les températures vont progresser grâce à ce qu’on appelle l’effet de foehn », complète Alexandre Flouttard, prévisionniste à Météo France.

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« Cet effet est un phénomène météorologique lors duquel le vent qui franchit une chaîne montagneuse va forcer la masse d’air chaude à se soulever. Celle-ci va alors se condenser et perdre son humidité en arrivant au sommet du relief. Puis, lorsque la masse redescend, l’air va se comprimer et se réchauffer, faisant grimper le mercure », détaille-t-il. Des températures allant de 19 °C à Sainte-Colome à 22 °C à Oloron-Sainte-Marie sont ainsi attendues ce mercredi.

Un écart de température amené à se reproduire

Si le climat tempéré du pays et sa proximité avec l’océan justifient en partie les changements de températures soudains, un tel écart reste peu fréquent, au regard de ces dernières années. Depuis 1956, on observe seulement une dizaine d’épisodes, durant lesquels l’écart de température a été de plus de 10 °C en février à Paris, selon les données de la station météo d’Orly.

Le cas le plus récent remonte à l’hiver 1994 : à l’époque, le thermomètre affichait -3,2 °C le 21 février, avant de grimper à 10,6 °C le 26 du même mois, soit plus de 13 degrés d’amplitude en quelques jours. La différence la plus significative apparaît à Paris à l’hiver 1956 : en moins d’une semaine, le thermomètre passe de -11,8 °C le 31 janvier à 9,3 °C le 2 février, soit une différence de 21,1 °C. Un record.

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Si de tels écarts d’amplitude semblent assez rares, ils pourraient être amenés à se reproduire plus fréquemment, estime au téléphone Hervé Le Treut, climatologue et membre de l’Académie des Sciences.

« Les phénomènes climatiques anormaux et répétés peuvent évidemment être le reflet du réchauffement climatique, même si nous avons encore besoin de recul pour décrypter toutes ses conséquences indirectes. Mais de façon générale, l’augmentation de nos températures font que de tels changements d’amplitude sont très certainement amenés à se répéter », conclut le spécialiste.