VIH : la PrEP ou la promesse d’une vie sans capote

Un traitement préventif permet depuis 2016 de protéger les personnes séro-négatives d’une contamination par le VIH. Une petite révolution qui concerne en France plus de 30 000 personnes, dont la sexualité se voit bouleversée. Témoignages.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
La Prep, un traitement préventif, a changé la sexualité de milliers de Français.
La Prep, un traitement préventif, a changé la sexualité de milliers de Français. Istock/Marc Bruxelle

« Je voyais bien que personne ne mettait de capotes… puis on m’a expliqué pourquoi et cela a changé ma vie ». Pour Dimitri, plus question de se protéger avec un préservatif malgré une vie sexuelle multiple. L’étudiant de 23 ans bénéficie depuis trois ans de la Prophylaxie Pré-Exposition (PrEP), un traitement préventif contre la transmission du VIH. Une véritable révolution alors que plus de 40 millions de personnes dans le monde vivent actuellement avec le virus.

Le traitement, déployé en France depuis 2016 et pris en charge par l’assurance maladie, consiste en une prise d’un comprimé quotidien, soit en continu, soit la veille d’un rapport sexuel puis pendant deux jours. Il permet aux personnes séronégatives d’être protégées d’une éventuelle contamination. Alors que les derniers chiffres disponibles montrent qu’en 2018, 6200 personnes ont découvert leur séropositivité en France, les effets de la PrEP sont très nets sur l’évolution de l’épidémie.

« L’impact est très positif, les chiffres montrent qu’il y a enfin un infléchissement de la courbe de contamination, se réjouit Patrick Papazian, médecin-sexologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris XIIIe). Sans compter que la PrEP n’est pas qu’un médicament. Il comprend un suivi tous les trois mois, des dépistages, de l’éducation… C’est un cercle vertueux. Les éventuels effets secondaires sont bénins, de l’ordre de moins de 10 % de cas de troubles digestifs, et la surveillance biologique régulière prévient toute complication plus gênante, puisqu’on est protégé à 100 % si le traitement est pris correctement ».

Un traitement qui ne prémunit pas des autres IST

« J’ai attendu un peu avant de me lancer, car je voulais voir comment cela marchait. Mais maintenant qu’on a du recul, j’ai plus confiance, explique Saïd, qui a débuté le traitement il y a peu. Mon comportement sexuel avait évolué. Je fréquente plus de garçons et je suis davantage passif. Cela multipliait les risques d’accidents, même si je ne compte pas totalement écarter le préservatif ».

Ce dernier permet en effet d’éloigner la crainte des infections sexuellement transmissibles (syphilis, gonorrhée, chlamydiæ, hépatites). Ces IST, dont la fréquence est en hausse ces dernières années, freinent certains au moment de débuter la PrEP. Théo a essayé il y a plusieurs mois mais s’est ravisé après avoir contracté la syphilis : « J’ai arrêté tout de suite ». A 45 ans, le Grenoblois estime plus sûr de continuer à utiliser des préservatifs. « En plus de 25 ans, je n’ai jamais rien attrapé avec, argumente-t-il. Aujourd’hui, c’est compliqué lorsqu’on refuse de baiser sans. Mais je ne crois pas que cela soit anodin de tomber malade plusieurs fois par an et d’avoir systématiquement recours aux antibiotiques ».

« Ma vie a changé et ma sexualité n’a plus rien à voir »

L’argument ne convainc pas le médecin. « La priorité est de faire diminuer la circulation du VIH, rappelle Patrick Papazian. On est capable de guérir les autres IST, donc c’est secondaire. L’objectif est encore de faire connaître le traitement et de l’étendre ». Depuis sa mise en place, 32 000 personnes ont bénéficié de la PrEP. Mais 97 % sont des hommes et plus de 70 % habitent dans des grandes agglomérations, dont 43 % en Ile-de-France. « Il faut qu’on puisse proposer la PrEP à beaucoup plus de femmes, de travailleurs du sexe et aux populations en difficulté », alerte le docteur Papazian.

En attendant d’être encore étendue, la généralisation de la PrEP change le quotidien de beaucoup d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Sur les applications de rencontres, le recours au traitement est ainsi affiché tout comme les dates des derniers tests. « La plupart des garçons cherchent des rapports non protégés, confirme Saïd. Ce comportement s’est accentué ces dernières années avec l’arrivée de la PrEP ». « Ma vie a changé et ma sexualité n’a plus rien à voir, car je ne ressentais rien avec une capote, abonde Dimitri. On le fait pour prendre davantage de plaisir. Les IST ne m’effraient pas tant que cela, ce n’est pas tellement plus grave qu’un rhume. Pour moi, le traitement est une révolution ».

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l’actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Son accroissement a été pourtant freiné par les mesures de confinement et la saturation des hôpitaux. Le Conseil d’Etat a aussi renvoyé dans les cordes fin janvier le ministère de la Santé qui souhaite donner la possibilité aux médecins de ville d’initier directement la PrEP, aujourd’hui seulement délivrée à l’hôpital ou dans des lieux de soins spécialisés (CeGIDD). Un refus qui s’explique par une erreur dans la rédaction du décret, mais qui repousse encore une promesse de longue date du gouvernement. De quoi mettre en colère les associations. « Sur la période de mars à septembre 2020, par rapport à la même période en 2019, une baisse de 27 435 prescriptions a été constatée, indique Aides. Il faut rattraper ce retard ! »