«J’ai envie de retrouver le contact avec la peau de quelqu’un» : le Covid a mis leur vie intime sur pause

Un an après le début de l’épidémie de Covid, la vie sentimentale et sexuelle de certains Français est au point mort. Confinés chez eux, privés de lieu de sortie et parfois pris par une peur panique du virus, ils voient leur libido plonger. Sans véritable perspective d’amélioration.

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Entre couvre-feu, confinement et crainte du virus, la vie sexuelle peut devenir une longue traversée du désert.
Entre couvre-feu, confinement et crainte du virus, la vie sexuelle peut devenir une longue traversée du désert. Marilyn Nieves

2020 n’était pas la meilleure année pour être célibataire. 2021 n’augure rien de bien meilleur. Alors qu’il y a un an, le premier cas de Covid-19 était confirmé en France, certains fêtent aussi le triste anniversaire de leur vie sexuelle en berne.

« J’avais quitté mon copain en décembre 2019, depuis je n’ai eu aucun contact physique avec qui que ce soit… » Célibataire et sans enfants, Lucie n’a plus embrassé ni pris quiconque dans ses bras depuis le début de la crise sanitaire. « Je suis un peu flippée du virus que je ne veux pas attraper et encore moins transmettre donc mes interactions sociales sont limitées au strict minimum, glisse la jeune Nîmoise. Forcément, la vie sentimentale est mise sur pause, ce n’est plus un sujet. Alors le sexe… » Ses quelques sex-toys achetés en ligne prennent gentiment la poussière dans sa table de nuit : « J’ai surtout envie de retrouver le contact avec la peau de quelqu’un ».

« Un peu de porno mais pas plus que cela »

Le télétravail, la fermeture des bars, des salles de concerts et des boîtes de nuit ont certes la vertu d’éloigner les tentations de faire des rencontres. Ce sont aussi de véritables condamnations à la vie recluse pour les personnes vivant seules. « J’essaie de suivre aussi strictement que possible le confinement car cela me paraît normal de respecter la loi, estime Stéphane. À la base je suis un peu casanier mais j’hallucine un peu que des gens puissent organiser des dîners ou aller dans des restaurants clandestins. Cela ne me viendrait pas à l’idée. C’est aussi par notre responsabilité individuelle qu’on se sortira de cette situation ».

Dans son petit appartement d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), le bibliothécaire passe donc beaucoup de temps à jouer à sa console de jeux. Il a repris intensément le footing et court plusieurs dizaines de kilomètres par semaine. Sa libido en revanche, ne galope pas franchement. « Je consomme un peu de porno mais pas plus que cela, reconnait-il. Je me masturbe parfois mais j’ai l’impression qu’avec le temps, toute s’estompe. Comme si moins on faisait l’amour, moins on en avait envie. Je m’habitue à cette situation même si j’y pense quand même souvent. Il y a un manque ». Les échanges sans avenir sur les applications de rencontre tournent court, faute de lieu pour se retrouver : « Je ne me vois pas donner rendez-vous un dimanche après-midi pour me balader dans un parc avec une inconnue, ce serait absurde. »

« Je suis sur une pente très glissante vers la dépression »

La situation sanitaire et ses corollaires économiques et sociaux ont tendance à peser de plus en plus sur le moral des Français. L’absence de vie sentimentale et charnelle enfonce un peu plus le couteau dans la plaie. « Je suis clairement sur une pente très glissante vers la dépression, grince Hamida. On n’a aucune perspective devant nous donc plus d’envie pour rien, y compris sexuellement. Le seul truc qui me motive le soir, c’est de me poser devant une série ».

L’ingénieure a toutefois profité de l’été pour rencontrer un homme : « C’était mon aventure des vacances mais ça n’a pas plus accroché que cela entre nous ». Depuis, elle surfe sans trop y croire sur des sites de rencontres. « Quand il faisait encore beau, j’ai organisé un pique-nique puis j’ai pris quelques verres debout sur la terrasse d’un bar qui sert à emporter, poursuit-elle. C’est beaucoup d’investissement mental pour trop de déceptions. Et je ne me vois pas inviter un inconnu chez moi ni aller chez un homme avec lequel j’ai juste échangé à distance. Donc je fais une pause, je n’ai plus de motivation. Je ne fais plus de sport non plus. Je me sens vidée de toute énergie, y compris celle de rencontrer un homme et de tomber amoureuse ».

La tentation des relations virtuelles

Boris, lui, a très mal vécu le premier confinement du printemps. Il s’était mis en couple avec une mère de deux enfants mais le huis clos à quatre a eu raison de l’histoire d’amour. Le quinquagénaire n’a pas pu franchement profiter de la parenthèse de l’été pour se relancer sur le marché de la séduction. « Je suis diabétique donc je dois faire très attention à ne pas attraper le virus, explique le patron d’une PME dans l’informatique. J’ai renoué des liens avec d’anciennes maîtresses mais je ne les ai vues que dehors et avec des masques. Vous imaginez bien qu’on n’a pas pu faire grand-chose de très sexy ! »

Pour pimenter ces relations occasionnelles, ce dingue de high-tech a misé sur les écrans. « J’ai beaucoup échangé de photos et de vidéos un peu chaudes, voire vraiment cochonnes, rit-il. Je leur ai fait livrer de la lingerie mais aussi des œufs vibrants ou des boules de geisha. C’était hyper excitant, on se donnait des rendez-vous le soir pour du sexe à distance mais ça m’est un peu monté à la tête. Et si c’est sans danger au niveau du Covid, cela reste très frustrant. Du coup, on s’est un peu lassé. Aujourd’hui, ma seule issue pour retrouver une vie sexuelle, c’est le vaccin. J’attends mon tour avec impatience ».

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