Sex-toys : «J’ai l’impression que tout le monde en a au moins un...»

Une étude révèle que la moitié des Français ont déjà utilisé un accessoire durant leur vie, et près d’un tiers lors de l’année écoulée. Une tendance forte, désormais plus facilement assumée. Témoignages.

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Les sex-toys sont aussi bien utilisés par les femmes que par les hommes.
Les sex-toys sont aussi bien utilisés par les femmes que par les hommes. LP/Philippe Lavieille

« Mon premier sex-toy, c’est une de mes meilleures amies qui me l’a offert ». Quatre ans plus tard, la collection de Chloé a grandi et déborde largement de sa table de nuit. Comme cette jeune femme de 26 ans, des millions de Français ont fait des vibros, cockrings, stimulateurs clitoridiens ou plugs anaux des accessoires réguliers de leur sexualité. 51 % des Français ont déjà ainsi utilisé un accessoire ou gadget sexuel, révèle une enquête de l’Ifop réalisée pour Passagedudesir.fr*. C’est cinq fois plus qu’en 2007. « Autour de moi, j’ai l’impression que c’est devenu banal, poursuit Chloé. On peut en parler entre copines, se faire des recommandations ou partager nos expériences. Je n’ai aucun problème à leur raconter une nuit avec un nouvel amant, alors pourquoi ce serait différent pour mes jeux solitaires ? »

La banalisation des sex-toys s’explique à la fois par la facilité d’achat en ligne - qui constitue les deux tiers des ventes - mais également par la transformation totale de l’offre. « Il y a 30 ans, il fallait franchir les portes de sex-shops bien glauques de la rue Saint-Denis, se remémore Sophie, une jeune retraitée. Le choix était limité à des reproductions grossières de sexe. C’était dur, froid et franchement pas hyperexcitant ». Aujourd’hui, il est possible de déambuler dans de jolies boutiques de centre-ville, love stores ou boudoirs à l’ambiance agréable, où les gammes se déclinent telles des collections de parfums. Et certaines s’arrachent ! Le très populaire stimulateur clitoridien Womanizer s’est ainsi vendu à 4 millions d’exemplaires dans le monde. Rien qu’en France, les ventes ont bondi de 153 % en un an.

Autant utilisés par les femmes que par les hommes

« Cette massification s’explique par un changement radical des produits, désormais plus élégants, raffinés et presque devenus des objets de luxe, bourrés de technologie, explique François Kraus, directeur du pôle Politique/Actualité à l’Ifop. Ils sont aussi plus adaptés au plaisir et notamment à la révolution clitoridienne. Cela traverse toute la société y compris les seniors de la génération 68, dont le rapport à la sexualité est différent ». Impossible en effet de dresser un portrait-robot des utilisateurs de sex-toys. La tendance est assez uniforme quel que soit l’âge, le niveau d’études, la catégorie socioprofessionnelle ou la situation géographique. Même si les habitants des communes rurales sont les utilisateurs les plus assidus…

Le bouche-à-oreille fonctionne visiblement à merveille, car le sujet n’est plus tabou. Selon l’étude Ifop, la moitié des personnes ayant déjà utilisé un sex-toy seules en ont parlé autour d’elles. C’est même 71 % chez les moins de 24 ans. « J’ai l’impression que de toute façon, tout le monde en a au moins un, glisse Emma, une étudiante en lettres. Les garçons le disent peut-être un peu moins, mais j’en ai déjà vu chez deux de mes ex ».

L’étude relève en effet aussi que le recours aux jouets de plaisir est aussi fréquent chez les femmes que chez les hommes. 30 % des Français en ont ainsi utilisé dans l’année écoulée (31 % chez les femmes, 29 % chez les hommes). Un bond de cinq points en trois ans qui conforte une autre tendance, celle de l’utilisation des sex-toys avec sa ou son partenaire. Un quart des Français ayant déjà eu recours à un accessoire sexuel l’ont ainsi utilisé exclusivement à deux.

« J’ai essayé le vibro de ma copine. Puis je l’ai adopté »

« Quand mon amoureux a découvert que j’avais quelques accessoires, cela l’a rendu un peu fou d’excitation », rigole Nathalie. Depuis, le couple les a naturellement intégrés à sa vie sexuelle. « On a des trucs gentils comme des petites menottes ou des masques pour se bander les yeux, détaille la jeune professionnelle de santé. Mais j’utilise aussi des vibros devant lui, parfois c’est lui qui est à la manœuvre. Cela permet de multiplier les possibilités et de maîtriser le plaisir de chacun. Cela ne veut pas dire qu’on les utilise à chaque fois. Mais quand on les sort, je sais que la soirée va être chaude ».

Parfois réduit à une utilisation strictement féminine, l’éventail de produits s’ouvre désormais largement aux hommes. Et l’offre s’éloigne des antiques poupées gonflables qu’il était de bon ton de railler. Les vibromasseurs et les stimulateurs prostatiques séduisent ainsi de plus en plus. « J’ai essayé le vibro de ma copine. Puis je l’ai adopté », glisse discrètement Thomas, en reconnaissant qu’il n’assumerait pas forcément d’en parler à ses amis, même les plus proches. « J’ai plusieurs sex-toys dont un plug anal que j’utilise seul ou avec mes partenaires occasionnels, assume de son côté Miguel. La finalité est de prendre un maximum de plaisir, donc pourquoi je me priverais de petits artifices ? »

* Etude réalisée en ligne du 27 au 30 novembre 2020 auprès d’un échantillon de 2012 personnes.

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