Une présentatrice australienne détenue en Chine pour «divulgation de secrets d’Etat»

Placée en détention en août, Cheng Lei, une présentatrice connue de la chaîne CGTN, est accusée d’avoir «fourni illégalement des secrets d’État à l’étranger».

 Née en Chine, Cheng Lei avait émigré en Australie au cours de son enfance avant de retourner dans son pays de naissance et d’être embauchée par la télévision publique en 2012.
Née en Chine, Cheng Lei avait émigré en Australie au cours de son enfance avant de retourner dans son pays de naissance et d’être embauchée par la télévision publique en 2012.  REUTERS

Une présentatrice australienne de la chaîne chinoise CGTN a été officiellement arrêtée pour « divulgation de secrets d'Etat à l'étranger », six mois après son placement en détention en août. La ministre des Affaires étrangères australienne Marise Payne a indiqué ce lundi avoir été informée de son arrestation le 5 février par les autorités chinoises.

Cette mère de deux enfants est accusée d'avoir « fourni illégalement des secrets d'État à l'étranger », a précisé la ministre australienne dans un communiqué. Cheng Lei, une présentatrice connue de la chaîne CGTN, qui retransmet en anglais le point de vue de Pékin, réalisait notamment des interviews de chefs d'entreprise du monde entier.

Pékin a confirmé cette arrestation par la voix d'un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Wang Wenbin. « Nous espérons que l'Australie respectera la souveraineté judiciaire de la Chine et cessera de s'ingérer dans son traitement de cette affaire de quelque façon que ce soit », a-t-il déclaré.

Contexte de tensions bilatérales

Née en Chine, Cheng Lei avait émigré en Australie au cours de son enfance avant de retourner dans son pays de naissance et d'être embauchée par la télévision publique en 2012. Pékin ne reconnaissant pas la double nationalité, la présentatrice est uniquement de nationalité australienne.

Si Cheng Lei est reconnue coupable d'avoir enfreint les lois chinoises sur la « sécurité nationale », elle risque une lourde peine. Sa nièce Louisa Wen a affirmé à la télévision australienne ABC que, dans « cette affaire, sa famille ne comprend rien ». Selon elle, la situation est tout particulièrement « difficile » pour la fille de la présentatrice, âgée de 11 ans, et pour son fils de 9 ans.

La journaliste a été placée en détention dans un contexte de tensions bilatérales grandissantes entre Pékin et Canberra. Les relations diplomatiques s'étaient nettement dégradées au début de l'année 2020 après l'appel lancé par Canberra pour une enquête internationale sur l'origine du nouveau coronavirus, repéré pour la première fois dans la ville chinoise de Wuhan.

L'Australie reproche également à Pékin son influence grandissante en Asie-Pacifique et ses ingérences présumées dans les affaires australiennes. La Chine a pris toute une série de mesures de rétorsion économique à l'encontre de plus d'une dizaine de produits australiens, notamment l'orge, le bœuf, le vin et le charbon.

Visite de diplomates australiens

Le placement en détention de Cheng Lei est intervenu quelques semaines après que les domiciles de journalistes travaillant pour des médias d'Etat chinois en Australie ont été perquisitionnés. Peu après, deux journalistes australiens, Bill Birtles et Mike Smith, étaient rentrés précipitamment en septembre dans leur pays après avoir été interrogés au sujet de Cheng Lei.

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Selon Payne, des diplomates australiens ont rendu visite à la présentatrice six fois depuis son arrestation, la dernière fois le 27 janvier. « Le gouvernement australien a régulièrement fait part, au plus haut niveau, de ses graves inquiétudes concernant la détention de Mme Cheng, notamment en ce qui concerne son bien-être et ses conditions de détention », a souligné la ministre. « Nous comptons bien que les principes fondamentaux de justice, d'équité procédurale et de traitement humain soient respectés, conformément aux règles internationales ».

Cheng Lei est la deuxième citoyenne australienne de premier plan à être détenue par la Chine après l'arrestation de l'écrivain Yang Hengjun en janvier 2019, soupçonné d'espionnage. Son placement en détention avait suscité l'émoi au sein de la communauté des journalistes étrangers dans le pays asiatique. Cheng Lei avait notamment écrit un message sur Facebook dans lequel elle ironisait sur une visite ultra-sécurisée du président chinois Xi Jinping dans la ville de Wuhan (centre de la Chine) durant l'épidémie de Covid-19.