Un agenda vide, et beaucoup de tweets : l’étrange quotidien de Donald Trump à la Maison Blanche

Vendredi, Donald Trump s’est exprimé devant un public autre que la presse pour la première fois depuis l’élection présidentielle, évoquant à demi-mot la possibilité d’un changement d’administration. Très discret depuis le scrutin, à quoi le président sortant occupe-t-il désormais ses journées ?

 Depuis sa défaite à l’élection présidentielle, Donald Trump reste très discret.
Depuis sa défaite à l’élection présidentielle, Donald Trump reste très discret. AFP/MANDEL NGAN

« Le président n'a pas d'événements publics programmés ». C'est ce qu'affiche quasi quotidiennement l'agenda présidentiel américain depuis la défaite du Républicain face à Joe Biden, lors du scrutin du 3 novembre.

Après avoir enchaîné près de dix meetings en 48 heures dans la dernière ligne droite de sa campagne, Donald Trump s'est cloîtré après le scrutin dans une seule et unique préoccupation : le décompte, selon lui illégitime, des bulletins de vote. Son agenda indique même que son dernier briefing officiel avec ses services de renseignements remonte à plus d'un mois, ce qui parait toutefois peu probable.

Le jour des résultats, Trump se rend dans son golf privé

Après 48 heures de contestation du vote par correspondance en conférence de presse et sur Twitter, Donald Trump voit le 6 novembre son rival Joe Biden passer en tête dans les derniers Etats-clefs le 6 novembre. Il est ce jour là décrit comme « en colère et frustré » par la correspondante de CNN à la Maison Blanche, Kaitlan Collins.

Pour le Républicain, cette remontée de son adversaire ne passe pas. Elle ne peut être que l'objet d'une « fraude électorale massive » organisée par les Démocrates, à l'aide du vote par correspondance. Mais lorsqu'il tente de diffuser ces accusations dans un discours prononcé depuis la salle de presse de la Maison Blanche, plusieurs chaînes de télévision coupent son intervention en direct pour cause de « désinformation ». Suite à cela, la journaliste Kaitlan Collins rapporte que Donald Trump ne fait que « regarder la télévision » et « se plaindre que trop peu de gens ne prennent sa défense ».

Le 7 novembre, pour s'exprimer à nouveau sur le scrutin, Donald Trump annonce sur Twitter « une grande conférence de presse » organisée par l'ex-maire de New York, Rudy Giuliani, devant l'hôtel de luxe Four Seasons à Philadelphie. Mais il semble que le président ait mal compris une conversation avec l'un de ses conseillers, comme le rapporte le New York Times. En effet, son équipe n'a pas réservé le prestigieux hôtel, mais un paysagiste, appelé le « Four Seasons Total Landscaping » et situé entre un sex-shop et un crématorium.

Le même jour, alors que les médias américains sont sur le point d'annoncer la victoire de Joe Biden au bout de quatre interminables jours de dépouillement, Donald Trump se rend dans son club de golf privé à Sterling, en Virginie. Il passera la journée à pratiquer son sport préféré, loin des caméras, refusant obstinément de reconnaître sa défaite, comme c'est d'usage.

Pas de sorties publiques pendant une semaine

Le lundi 9 novembre, Donald Trump limoge son ministre de la Défense Mark Esper, qui est remplacé par le directeur du centre national de contre-terrorisme, Christopher Miller. Le président déchu interdit aux membres de ses différents ministères de coopérer avec les équipes de Joe Biden, comme le veut la tradition, pour préparer la passation de pouvoir.

Donald Trump reste cloîtré dans le bureau ovale. Ses proches racontent qu'il passe ses journées à téléphoner à ses confidents pour organiser l'offensive post-électorale… mais aussi sa défense. Le Républicain pourrait, en effet, être rattrapé par les nombreuses affaires judiciaires qui ont tourné autour de la présidence pendant son mandat sans jamais parvenir à l'atteindre. Lui qui a refusé pendant plusieurs années de publier ses feuilles d'impôt, pourrait notamment être accusé de fraude fiscale.

Donald Trump ne fera aucune sortie officielle jusqu'au mercredi 11 novembre. Ce jour-là, le président, accompagné de Melania, se décide à sortir publiquement pour la première fois depuis une semaine. Il dépose une gerbe à l'occasion de la Journée des anciens combattants, au cimetière d'Arlington. Mais cette apparition éclair, largement relayée sur ses réseaux sociaux, ne durera que 7 minutes.

Toujours omniprésent sur Twitter

À la suite de cette cérémonie, Donald Trump, qui s'était jusque-là tenu éloigné des médias, s'adresse à deux reprises à la presse. Le 12 novembre, il dénonce une nouvelle fois une fraude généralisée dans le décompte des votes, et promet des recours judiciaires dans plusieurs Etats où les résultats étaient serrés. Le lendemain, il se félicite cette fois de l'avancée d'un vaccin contre le Covid-19 développé par l'entreprise américaine Pfizer.

Mais contrairement à son habitude, le président américain ne répond à aucune question des journalistes, évitant ainsi d'avoir à s'exprimer sur la victoire de Joe Biden.

S'il a fui les médias un moment, le Républicain n'a jamais disparu de son réseau social préféré. Depuis l'élection, le président tweete sans arrêt. « Nous avons gagné », martèle-t-il en qualifiant le scrutin d'« élection truquée ! », sans tenir compte des messages de modération de la plateforme affiliant ses tweets à de la désinformation. Il cible également la chaîne Fox News, qui a, selon lui, « oublié la poule aux œufs d'or » en ne le soutenant plus. Vendredi, il assure même envisager de se rendre à une manifestation de soutien prévue par certains de ses supporters les plus radicaux à Washington DC. Pas un message, néanmoins, n'aborde la transition avec son successeur, qui aurait dû commencer ce week-end.

« Il accomplit toutes ses tâches »

Alors, Donald Trump, qui doit encore diriger le pays jusqu'au 20 janvier 2021, a-t-il renoncé à ses fonctions présidentielles depuis sa défaite? Pas selon le porte-parole de la Maison Blanche, Judd Deere. Dans un communiqué paru le 5 novembre, celui-ci assure que « toute suggestion selon laquelle le président aurait renoncé à gouverner est fausse ». Et d'ajouter : « Comme il l'a promis, le président Trump se bat avec acharnement pour une élection libre et juste en accomplissant, dans le même temps, toutes ses tâches pour faire passer l'Amérique en premier ».

Pour conforter ces dires, des collaborateurs de la Maison Blanche ont publié une liste des mesures prises par l'exécutif depuis l'élection. Cette dernière comprend un décret interdisant les investissements américains dans des entreprises militaires chinoises, une déclaration à propos des dégâts causés par la tempête tropicale ETA et plusieurs proclamations présidentielles, notamment pour célébrer le 245e anniversaire du corps des Marines américains.

Si le président sortant peut continuer à retarder l'échéance jusqu'au 8 décembre, date de certification des résultats des votes, il devra dans tous les cas céder sa place à Joe Biden le 20 janvier prochain. Que la transition soit préparée ou non.