Twitter et Facebook accusés de censurer un article gênant pour Biden, Trump monte au créneau

Depuis mercredi matin, la campagne est agitée par les révélations du New York Post qui publie des emails qu’aurait écrits Hunter Biden, le fils du candidat démocrate Joe Biden.

 Le président américain Donald Trump mercredi soir à Des Moines, dans l’Iowa, pour un meeting de campagne.
Le président américain Donald Trump mercredi soir à Des Moines, dans l’Iowa, pour un meeting de campagne.  AFP/Alex Edelman

À chaque élection son affaire de piratage… Quatre ans après la publication de mails de Hillary Clinton, piratés par des hackers russes et diffusés par WikiLeaks - une bourde dont son adversaire Trump avait fait son miel -, c'est au tour de Joe Biden d'être au cœur d'une polémique, à deux semaines et demi de l'élection présidentielle. Des mails qu'aurait écrits son fils ont été publiés par un journal et ils relancent l'affaire ukrainienne, qui a été le cœur de la tentative d'impeachment contre le président Trump.

L'affaire ukrainienne

Pour comprendre, il faut remonter un peu le temps. Été 2019 : Donald Trump s'entretient avec son homologue ukrainien et il conditionne le versement d'une importante aide financière à l'Ukraine de Volodymyr Zelensky : Trump lui demande de trouver des éléments peu reluisants sur Hunter Biden, le fils de Joe Biden, que tous les pronostics annoncent comme son rival de la présidentielle de 2020. Hunter Biden, membre du conseil de surveillance du groupe gazier ukrainien Burisma pendant cinq ans, aurait permis au groupe d'échapper à des enquêtes pour corruption. Les leaders démocrates lancent une procédure de destitution contre le président Trump.

Devant le Congrès, le président est mis en accusation pour abus de pouvoir et entrave à la bonne marche du Congrès. Les auditions de diplomates se succèdent, elles révèlent le fonctionnement de Trump en matière d'affaires étrangères, s'appuyant sur un cercle ultra-restreint, dont son avocat personnel Rudy Giuliani. Début février, le Sénat, en votant contre la destitution, clôt l'affaire.

Le New York Post publie des messages du fils Biden

Mais l'histoire a donc rebondi ce mercredi à l'aube. Le New York Post publie des e-mails récupérés illégalement sur un ordinateur présenté comme celui d'Hunter Biden. Ces messages proviennent du disque dur d'un ordinateur portable saisi en décembre dernier par le FBI chez un réparateur. Il contient des messages, des photos et des vidéos personnelles de Hunter Biden. Un courriel prouverait, selon le quotidien conservateur, que le jeune homme a présenté à son père un responsable du groupe gazier Burisma. Dans un courriel daté du 17 avril 2015, Vadim Pojarskïi, un membre de la direction, remercie Hunter Biden d'une invitation à Washington lui « donnant l'occasion de rencontrer votre père et de passer du temps ensemble ».

NewYorkPost
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L'ancien vice-président a toujours nié avoir discuté avec son fils de ses activités à l'étranger quand il était en poste. Mercredi, un porte-parole de Joe Biden a démenti les allégations du tabloïd, affirmant qu'aucune rencontre avec M. Pojarskïi n'avait eu lieu, selon son programme officiel de l'époque.

Le NY Post raconte aussi avoir découvert que le disque dur contient aussi une vidéo de 12 minutes dans laquelle on voit Hunter Biden fumer du crack tout en ayant une relation sexuelle, et d'autres documents explicites. Il explique aussi comment il a récupéré la copie du disque dur : selon le quotidien, le propriétaire du magasin de réparation d'ordinateurs qui a sollicité le FBI avait, avant de transmettre l'ordinateur, copié le disque dur et donné la copie à Robert Costello, l'avocat de l'ancien maire Rudy Giuliani. Steve Bannon, ancien conseiller sulfureux du président Trump, a parlé au Post de l'existence du disque dur fin septembre et Giuliani en a fourni une copie dimanche.

Twitter bloque le partage de l'article

L'article a été très lu et partagé sur les réseaux sociaux. Mais de nombreux internautes se sont retrouvés sous la menace d'une fermeture de leur compte Twitter. La responsable des relations presse de la Maison Blanche, Kayleigh McEnany, a ainsi été exclue mercredi de son compte Twitter personnel pour avoir partagé l'article. Pour déverrouiller le compte, elle devait supprimer son tweet renvoyant vers le Post. Le compte de Kayleigh McEnany est suivi par plus d'un million d'abonnés.

Après une journée de tempête médiatique, Twitter a expliqué dans la soirée avoir bloqué le partage de l'article parce qu'il contient des documents qui enfreignent deux de ses règles : ne pas publier de données personnelles (e-mails, numéros de téléphone) et ne pas publier d'éléments piratés. « Nous ne voulons pas encourager le piratage en autorisant la diffusion de documents obtenus illégalement », a expliqué l'entreprise via son compte dédié à la sécurité, rappelant que discuter de l'article n'était pas interdit, seulement le partage.

L'un des dirigeants de Facebook, Andy Stone, a mis en doute la véracité des mails publiés et annoncé que les informations du quotidien allaient faire l'objet d'une vérification. En attendant ses résultats, leur visibilité serait réduite sur la plateforme.

Le New York Post et Trump crient à la censure

Dans un éditorial, le journal, l'un des quotidiens les plus lus dans le pays, dénonce ce jeudi la « censure de Facebook pour aider la campagne de Joe Biden ». « Censurez d'abord, poser les questions après : c'est une attitude scandaleuse pour l'une des plateformes les plus puissantes aux Etats-Unis », poursuit l'éditorial, accusant Facebook d'être devenu « une machine de propagande ».

Cette histoire sert le camp Trump qui peut, dans un même élan, dénoncer les « mensonges » de Joe Biden et la connivence des « médias mainstream » avec lui, deux arguments qui font mouche auprès des partisans de l'actuel président.

« Affreux que Twitter et Facebook aient retiré l'article sur les courriels […] liés à Sleepy Joe Biden et son fils, Hunter, dans le New York Post », s'est indigné Donald Trump sur son réseau favori, avant d'y consacrer de longues minutes lors d'un meeting dans l'Iowa.

« Joe Biden doit immédiatement divulguer tous les courriels, réunions, appels téléphoniques, transcriptions et documents liés à sa participation aux affaires de sa famille et au trafic d'influence dans le monde entier - y compris en Chine », a-t-il martelé.

« Notre communication sur nos actions concernant l'article du New York Post n'a pas été super. Et bloquer le partage de l'adresse Internet de l'article avec zéro contexte expliquant pourquoi : inacceptable », a reconnu Jack Dorsey, le fondateur de Twitter, mercredi soir, pour tenter de calmer l'incendie. Mais les flammes brûlent encore.