Trump hospitalisé pour le Covid-19 : cinq questions sur un coup de tonnerre dans la campagne

Le président des Etats-Unis a été « hospitalisé pour quelques jours » à Washington. De quoi bouleverser la campagne de Donald Trump.

 « Le président et la Première dame vont bien tous les deux à cette heure, et ils prévoient de rester chez eux à la Maison Blanche durant leur convalescence », a fait savoir le médecin de la Maison-Blanche Sean Conley.
« Le président et la Première dame vont bien tous les deux à cette heure, et ils prévoient de rester chez eux à la Maison Blanche durant leur convalescence », a fait savoir le médecin de la Maison-Blanche Sean Conley. REUTERS/Carlos Barria

00h54 à Washington. La nuit est tombée depuis de longues heures sur la côte Est américaine lorsque Donald Trump fait son annonce fracassante en un tweet : lui et sa femme Melania ont été testés positif au Covid-19. « Nous allons entamer notre quarantaine et le processus de rétablissement immédiatement. Nous nous en sortirons ENSEMBLE! », assure le président des Etats-Unis. Puis quelques heures plus tard, le porte-parole de la Maison Blanche fait une autre annonce choc, figeant l'Amérique sur l'image d'un hélicoptère prêt à s'envoler vers l'hôpital militaire de Washington : le dirigeant sera en effet hospitalisé « quelques jours » au Walter Reed « par mesure d'extrême prudence ».

A un mois du scrutin présidentiel, il s'agit bien sûr d'un tournant majeur dans la campagne opposant Trump à son adversaire démocrate, le président ne pouvant pas mettre les pieds en dehors de la Maison-Blanche dans les jours à venir. Elle interroge également sur les conséquences plus immédiates de cette contamination pour la conduite des affaires politiques ou sur la santé du président.

Faut-il s'inquiéter pour la santé de Donald Trump ?

Plusieurs heures après cette annonce, son chef de cabinet a indiqué que le président présentait des « symptômes légers » et qu'il était optimiste. Le médecin de la Maison Blanche, Sean Conley, a ensuite précisé que le dirigeant souffrait de « fatigue » mais avait un « bon moral ». Puis seulement quelques minutes après, un communiqué tombait pour dire que Donald Trump serait « hospitalisé pour quelques jours »...

Auparavant, le médecin avait indiqué qu'il lui avait injecté une dose du cocktail expérimental développé par le laboratoire Regeneron, et qui a donné des résultats préliminaires encourageants dans des essais cliniques sur un petit nombre de patients. Des experts examinent le président et feront des recommandations pour « les étapes suivantes », a ajouté Sean Conley.

Donald Trump cumule plusieurs facteurs de risque associés aux formes les plus graves du Covid-19, maladie ayant fait plus de 200 000 morts aux Etats-Unis. Il y a d'abord son âge : 74 ans. Selon les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), huit Américains sur dix mourant après avoir été infectés par le coronavirus avaient 65 ans ou plus. Avec un IMC supérieur à 30, Trump est aussi considéré comme obèse. Plus de trois quarts des personnes hospitalisées à cause du coronavirus aux Etats-Unis étaient atteints d'obésité, soulignait une étude qui a fait l'objet d'une prépublication en août dernier.

D'après Bloomberg, plusieurs proches de Donald Trump ont vu que le président ne se sentait pas bien mercredi mais ils ont mis cela sur le compte de la fatigue causée par le rythme intense de la campagne. Melania Trump a elle assuré dans un tweet se sentir « globalement bien ». Et le médecin de la Maison Blanche de préciser ensuite qu'elle souffrait d'une « toux légère et de maux de tête ».

Que se passerait-il si Trump développait une forme grave ?

Tournant de la campagne, le test positif de Donald Trump pourrait aussi devenir une affaire de sécurité nationale. « Il est le chef des armées et il peut y avoir des décisions urgentes à prendre. Il faut qu'il soit en capacité de le faire », souligne Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l'université Assas-Paris II et auteur de la biographie « Joe Biden » (éditions du Nouveau Monde).

En cas de dégradation de son état de santé, Trump pourrait faire appel au 25e amendement à la Constitution ratifié en 1967. Ce texte prévoit qu'un président ne pouvant pas assurer sa charge pour des raisons médicales peut transférer son pouvoir à titre temporaire au vice-président Mike Pence, qui a été négatif vendredi matin. Comme le rappelle le New York Times, le président George W. Bush a par exemple confié pour un court instant les rênes du pouvoir à Dick Cheney à deux reprises, en 2002 et 2007. A chaque fois, c'était en raison d'une coloscopie.

Quelles sont les conséquences pour sa campagne ?

Trump est désormais réduit à mener une campagne à distance, sans pouvoir être au contact de ses partisans ou pouvoir assister en personne à des levées de fonds. Depuis plusieurs semaines déjà, il participait à des événements rassemblant des milliers de personnes ne portant pas de masque pour la plupart. Mercredi, il était dans le Minnesota et le week-end dernier, en Pennsylvanie.

Immédiatement après l'annonce de Donald Trump, la Maison-Blanche a fait savoir que son déplacement prévu ce vendredi en Floride était annulé. Il avait également au programme des meetings dans le Wisconsin samedi et en Arizona lundi et mardi, selon son site officiel. Ces deux déplacements dans des Etats où devrait se jouer l'élection début novembre ne devraient pas avoir lieu.

Trump hospitalisé pour le Covid-19 : cinq questions sur un coup de tonnerre dans la campagne

Pour Nicole Bacharan, politologue et spécialiste des Etats-Unis, ces annulations sont « très préjudiciables pour Trump : « Ce sont des Etats où il doit se battre pour pouvoir les reconquérir. Y aller, c'était aussi montrer qu'il était fort et que le coronavirus était sous contrôle. »

Le prochain débat avec Joe Biden aura-t-il lieu ?

Après un premier duel houleux entre les deux candidats mardi, un deuxième débat entre Joe Biden et Donald Trump est censé se tenir le 15 octobre à Miami. Même si le président ne développe pas une forme grave de la maladie, sa quarantaine pourrait durer jusqu'à 14 jours et se terminer le jour même du débat. Celui-ci sera-t-il annulé, décalé? Pourrait-il se dérouler à distance? L'incertitude est pour le moment de mise.

Mardi soir, pendant le premier débat, Trump s'était moqué de Joe Biden parce que ce dernier s'affiche toujours avec un masque sur le visage. « Il pourrait être à 60 mètres de moi et il trouverait quand même le moyen d'arriver avec « le plus gros masque jamais vu », ironisait-il. On voit mal le président répéter ce genre d'attaques pendant leur prochaine opposition.

« J'espère que cela servira de rappel : portez un masque, maintenez la distanciation physique, et lavez-vous les mains », a pour sa part insisté vendredi soir Joe Biden. Par ailleurs, « je suis heureux d'annoncer que Jill (son épouse, ndlr) et moi avons été testés négatifs au Covid », a écrit l'ancien vice-président américain âgé de 77 ans, qui a annoncé maintenir son voyage dans le Michigan pour faire campagne.

Cette annonce peut-elle tourner à son avantage ?

Les messages de chefs d'Etat du monde entier affluent pour souhaiter un prompt rétablissement à Donald Trump. Joe Biden y est aussi allé de « ses prières pour la santé et la sécurité du président et de sa famille ». On ne sait pas encore quel effet aura la contamination de Trump sur le public mais cela pourrait lui attirer une forme de sympathie.

« D'autres dirigeants comme Jair Bolsonaro ou Brésil ou Boris Johnson au Royaume-Uni ont vu leur popularité rebondir après avoir été infectés », relève Jean-Eric Branaa. « Trump peut ne pas tomber malade et ressortir dans quinze jours en disant : "Vous voyez j'avais raison, ce n'est pas grand-chose et il n'y a pas de quoi en faire toute une histoire" », ajoute Nicole Bacharan.

Les deux spécialistes s'accordent cependant à dire que cette infection est stratégiquement une très mauvaise nouvelle pour le président. « La pandémie de Covid-19 est LE point faible de Donald Trump, insiste Jean-Eric Branaa. Depuis des mois, il fait tout pour ne plus en parler et là voilà qu'elle se réinvite dans la campagne et à la Maison-Blanche. Tout cela remet en lumière le fait qu'il a fait preuve de légèreté, qu'il a sous-estimé la crise et qu'il a mis en danger les seniors aux Etats-Unis. »