Trump, la défaite au bout de la langue ?

Le président américain s’est dit prêt, ce jeudi, à quitter la Maison-Blanche si jamais les grands électeurs adoubaient Joe Biden. Tout en estimant toujours avoir « gagné » l’élection.

 Donald Trump s’est exprimé face à la presse après une célébration de Thanksgiving, le 26 novembre 2020.
Donald Trump s’est exprimé face à la presse après une célébration de Thanksgiving, le 26 novembre 2020. AFP/Andrew Caballero Reynolds

19 jours. C'est le temps qui se sera écoulé entre l'annonce de la victoire de Joe Biden à l'élection présidentielle américaine, le 7 novembre, et l'annonce par Donald Trump qu'il consentirait à quitter son poste. Seulement et seulement si les grands électeurs validaient l'élection du démocrate, le 14 décembre. « Bien sûr que je le ferai. Et vous le savez », a-t-il répondu ce jeudi à des reporters, après avoir présenté ses vœux aux forces armées pour Thanksgiving.

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Mais est-ce vraiment nouveau? « Il est mis devant le fait accompli car il est obligé d'admettre ce qu'on lui met sur la table, mais il enrobe toujours cela en disant qu'il n'a pas perdu », pointe le politologue Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l'université Paris-II. Celui qui occupe la Maison-Blanche depuis 2016 et jusqu'en janvier continue en effet de marteler qu'il est victime de fraudes. « J'ai gagné », a-t-il encore bouillonné sur Twitter jeudi soir, reprochant aux médias de diffuser des « fake news ».

Retour en arrière. Les jours qui suivent l'annonce de sa défaite, Donald Trump semble se murer dans le déni, multipliant les messages rageurs sur Twitter pour contester sa défaite annoncée. « La Géorgie sera une grande victoire présidentielle », lâche-t-il le 9 novembre. « On va gagner! » renchérit-il le lendemain, en majuscules, sur le réseau social qui affiche des messages d'avertissement sur ses tweets.

« Le temps nous le dira »

Le 13 novembre, il lâche enfin un message plus sibyllin. « Qui sait ce que sera l'administration [en janvier] ? Le temps nous le dira », déclare-t-il lors d'une conférence de presse consacrée au vaccin contre le Covid-19, pour sa première apparition en public depuis l'annonce de sa défaite. S'il n'apporte pas plus de précisions sur sa pensée ce jour-là, il semble très vite rétropédaler. « Il a gagné parce que l'élection était truquée », tweete-t-il deux jours plus tard, évoquant son adversaire démocrate, Joe Biden.

Au fil des jours et de ces atermoiements, les recomptages de voix se déroulent et les recours en justice déposés par le camp Trump sont examinés un à un. Tous confirment l'absence de fraude de nature à remettre en cause le résultat.

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Après la Géorgie, l'Etat du Michigan certifie à son tour la victoire de Joe Biden, le 23 novembre. « Pour Trump, il reste maintenant deux solutions : faire volte-face tout de suite et débloquer la transition publique ou bien continuer à prétendre avoir gagné jusqu'au 14 décembre, sans aucun recours véritable, au risque de la marginalisation totale », estime l'historien Corentin Sellin via Twitter.

Chose faite quelques heures plus tard. Trump annonce qu'il recommande à Emily Murphy, la patronne de l'Administration des services généraux (GSA), de « faire le nécessaire en ce qui concerne les premiers protocoles ». Il donne ainsi son feu vert au début de la période de transition officielle. L'équipe de Joe Biden salue dans la foulée une étape « permettant un transfert du pouvoir pacifique ».

La victoire de Biden largement reconnue par les Américains

Ce jeudi, Trump a pourtant indiqué qu'il allait « se passer beaucoup de choses d'ici le 20 janvier », laissant entendre, contre toute évidence, que des résultats pourraient encore évoluer.

« Sa ligne est de ne jamais céder, quoi qu'il arrive. Même si le conseil des grands électeurs élit Joe Biden, il continuera à dire qu'on lui a volé l'élection, ce qui satisfera totalement son électorat qui n'attendra que ça », pointe Jean-Eric Branaa.

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Ou du moins la frange la plus « radicale » de son électorat, puisqu'une large majorité d'Américains, allant au-delà des sympathisants Républicains, considère désormais qu'il a perdu.

Dès le 10 novembre, un sondage Ipsos pour Reuters apprenait que 80 % des citoyens interrogés, à moitié Républicains, reconnaissaient Joe Biden comme Président élu. Et Jean-Eric Branaa de conclure : « Je pense que ça a encore un peu augmenté, il y a un côté On passe à autre chose. Mais il restera toujours un peu moins de 20 % des gens persuadés que Trump a gagné et que le système est pourri. »

 
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