Trump-Biden : le débat télévisé, moment «show» de toute présidentielle américaine

Le président américain et son adversaire démocrate s’affrontent ce mardi soir lors du premier des trois débats télévisés prévus d’ici au 3 novembre. De quoi faire basculer l’élection comme cela a pu se produire par le passé ?

 Donald Trump et Joe Biden se retrouvent ce mardi soir pour le premier des trois débats qui rythment les dernières semaines de campagne présidentielle américaine.
Donald Trump et Joe Biden se retrouvent ce mardi soir pour le premier des trois débats qui rythment les dernières semaines de campagne présidentielle américaine. AFP/Eric Baradat

Six décennies de confrontations souvent animées, toujours très attendues et suivies, et parfois décisives. Donald Trump et Joe Biden se retrouvent ce mardi soir pour le premier des trois débats qui rythment, traditionnellement, les dernières semaines de campagne présidentielle américaine. « C'est un moment démocratique très important, il faut une confrontation directe entre les candidats », résume l'historien spécialiste des Etats-Unis, Jean-Eric Branaa.

Ce « show » est devenu un moment clé aux Etats-Unis, au point parfois de faire basculer une élection. Il y a soixante ans presque jour pour jour, le 26 septembre 1960, un jeune sénateur âgé de 43 ans apparaît « bronzé, confiant, et bien reposé ». De l'autre côté du présentateur se tient un vice-président transpirant et les traits tirés, donnant l'impression d'être malade.

Le 26 septembre 1960, John F. Kennedy et Richard Nixon avant le débat./John F. Kennedy Library Foundation/U.S. National Archives via REUTERS
Le 26 septembre 1960, John F. Kennedy et Richard Nixon avant le débat./John F. Kennedy Library Foundation/U.S. National Archives via REUTERS  

Assis sur de petites chaises face à l'objectif des caméras, John Fitzgerald Kennedy et Richard Nixon s'affrontent sous les yeux de 66,4 millions de téléspectateurs. Pour la première fois, une joute est organisée entre les deux prétendants et retransmise en direct à la télévision. Nixon paiera son manque de préparation dans les urnes et il refusera tout débat aux scrutins suivants, en 1968 et 1972.

La gaffe de Gerald Ford

Gerald Ford et Jimmy Carter lors du premier débat de l’élection présidentielle de 1976. /Library of Congress/Thomas J. O'Halloran/via REUTERS
Gerald Ford et Jimmy Carter lors du premier débat de l’élection présidentielle de 1976. /Library of Congress/Thomas J. O'Halloran/via REUTERS  

Un débat peut se perdre sur la forme, mais aussi sur le fond. En 1976, Gerald Ford est interrogé sur l'influence croissante de l'URSS en Europe. Le président sortant répond de façon hasardeuse : « Il n'y a aucune domination soviétique en Europe de l'Est et il n'y en aura jamais sous l'administration Ford. […] Je ne crois pas que les Polonais se sentent dominés par l'Union soviétique. » Cette incongruité géopolitique permet au démocrate Jimmy Carter de réduire son retard dans les sondages puis de s'imposer sur le fil. « Tout le monde sait qu'en cas de dérapage, de faux pas, ou de mauvaise réponse, toute la campagne peut en pâtir », résume l'ancien conseiller politique Frank Strauss (NDLR : cité dans le documentaire « Duel pour la Maison Blanche : Les grandes campagnes électorales »).

Certaines années, les candidats participent aussi à d'autres formats d'émission télé. En 1992, le public peut interpeller directement George Bush et Bill Clinton. Le premier ne cesse de regarder sa montre et donne l'impression de prendre ses interlocuteurs de haut, quand le second apparaît bien plus à l'aise.

Le président Jimmy Carter et le gouverneur de Californie à Cleveland en 1980./The Ronald Reagan Presidential Library and Museum/Handout via REUTERS
Le président Jimmy Carter et le gouverneur de Californie à Cleveland en 1980./The Ronald Reagan Presidential Library and Museum/Handout via REUTERS  

Pas la peine de miser sur un raté chez son adversaire pour l'emporter. En 1980, Ronald Reagan attaque le bilan du premier mandat de Carter en s'adressant aux caméras : « Vous est-il plus facile de faire vos courses qu'il y a quatre ans ? Y a-t-il plus ou moins de chômage dans ce pays qu'il y a quatre ans ? » Sa formule fait mouche : pour la première fois en cinquante ans, Carter est le premier président à ne pas être réélu. Reagan, ancien acteur d'Hollywood, conserve son art de la punchline quatre ans plus tard, face à Walter Mondale. Critiqué pour son âge élevé (73 ans contre 56 pour le démocrate), il rétorque : « Je ne vais pas exploiter, à des fins politiques, la jeunesse et l'inexpérience de mon adversaire ». Même Mondale éclate de rire.

Des punchlines spontanées ? «Personne n'y croit»

Ce genre de punchlines est souvent préparé à l'avance. « Clinton avait toujours quelques bons mots en stock et je lui ai demandé s'il les avait préparés. Il m'a répondu : Oui, bien sûr. C'est le seul à l'avoir reconnu. J'ai posé la même question à Reagan. Il a répondu : Non, non, c'était spontané. Personne n'y croit », s'amusera le journaliste et animateur Jim Lehrer, une douzaine de débats à son actif. Les jours précédents, les candidats s'abreuvent aussi de fiches techniques sur le fond et organisent des répétitions avec leurs conseillers.

Trump-Biden : le débat télévisé, moment «show» de toute présidentielle américaine

Au fil des années, la place laissée à l'improvisation s'est d'ailleurs fortement réduite. « Aujourd'hui, tout est devenu très calibré : la taille des pupitres, des chaises, la distance entre les candidats, les thématiques évoquées. C'est complètement dingue. Pour Trump et Biden, les chambres d'hôtels sont réservées pour s'assurer qu'il n'y ait pas plus de supporters d'un camp ou de l'autre », détaille Jean-Eric Branaa.

Dans ces conditions, gare à ne pas surestimer l'impact électoral du traditionnel débat. Les audiences du premier débat télévisé (il y en a généralement deux ou trois), se sont d'ailleurs émoussées à la fin du XXe siècle, d'après les données du Nielson Media Research.

En 2016, Donald Trump au micro pendant qu’Hillary Clinton marche sur le plateau./AFP/Paul J. RICHARDS
En 2016, Donald Trump au micro pendant qu’Hillary Clinton marche sur le plateau./AFP/Paul J. RICHARDS  

Mais elles sont reparties à la hausse depuis le début des années 2000, jusqu'au record atteint il y a quatre ans. Le 26 septembre 2016, 84 millions d'Américains avaient les yeux rivés devant l'affrontement verbal entre Donald Trump, ancien animateur de téléréalité, et Hillary Clinton. Sans compter les millions d'internautes qui l'ont suivi, disséqué, et commenté en direct sur les réseaux sociaux, la grande nouveauté des dernières années. L'actuel président, qui passe une partie de ses journées branché devant la chaîne conservatrice Fox News, a d'ailleurs lui-même fait de Twitter son canal de communication privilégié.