Russie : une amende de plus de 10 000 euros requise contre Navalny qui poursuit son marathon judiciaire

L’opposant russe est une nouvelle fois sous le coup d’une procédure judiciaire, cette fois pour diffamation. Une façon pour les autorités, selon lui, de le réduire au silence.

L'opposant Alexei Navalny le 12 février.
L'opposant Alexei Navalny le 12 février. Reuters/BABUSHKINSKY DISTRICT COURT (Crédit Personnalisé)

C’est une énième affaire judiciaire visant la bête noire du Kremlin. Le parquet russe a requis mardi 950 000 roubles d’amende (environ 10 600 euros) pour diffamation contre l’opposant emprisonné Alexeï Navalny. L’avocat de 44 ans est accusé d’avoir diffusé des informations « mensongères » et « injurieuses » au sujet d’un ancien combattant qui avait défendu dans un clip de campagne, l’été dernier, un référendum ayant renforcé les pouvoirs de Vladimir Poutine.

Sur un réseau social, Navalny avait qualifié les intervenants dans cette vidéo de « honte de la Nation » et de « traîtres ». La victoire soviétique sur les nazis occupe une place centrale dans la conscience collective russe et est abondamment célébrée par les autorités et la population. Les critiques à l’égard d’anciens combattants sont généralement très mal perçues.

« On ne peut pas insulter les anciens combattants dans ce pays », a lâché le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov, cité par l’agence de presse Ria Novosti. Au cours de récentes audiences, Alexeï Navalny a multiplié les échanges tendus avec le ministère public et la juge, dénonçant leur soumission aux autorités et estimant que la justice manipulait un homme de 94 ans pour réprimer un adversaire du pouvoir.

« Vous voulez me fusiller ? »

Fidèle à son attitude de défi, Alexeï Navalny a demandé « Vous voulez me fusiller ? » au procureur, qui s’apprêtait à achever son réquisitoire. « Les poursuites contre Navalny sont fantaisistes et arbitraires », a de son côté plaidé son avocate Olga Mikhaïlova, « il n’y a aucun élément constitutif d’un délit dans cette affaire ».

La magistrate Vera Akimova doit rendre sa décision samedi et Alexei Navalny aura alors de nouveau l’occasion de s’exprimer. Le même jour, l’appel de l’opposant contre sa condamnation à près de trois ans d’incarcération doit être examiné.

LIRE AUSSI > Procès d’Alexeï Navalny : «Son courage lui donne une posture morale qu’il n’avait pas avant»

En application du jugement rendu le 2 février, Navalny doit passer deux ans et huit mois en détention pour avoir violé son contrôle judiciaire tandis qu’il était sous le coup d’une peine avec sursis. L’opposant avait été condamné en 2014 dans le cadre d’une affaire de fraude.

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

L’intéressé a souligné qu’il ne s’était pas soumis à ce contrôle car il était en convalescence en Allemagne à la suite d’un empoisonnement, orchestré par le Kremlin selon lui.

Marathon judiciaire

Son avocate a dénoncé le fait que ces deux audiences se soient déroulées le même jour. « Comment allons-nous avoir le temps ? », s’est interrogée Olga Mikhaïlova. Outre ces dossiers, Alexeï Navalny est visé par une avalanche de procédures, notamment une enquête pour escroquerie, un délit passible de dix ans de prison.

La justice a en outre reporté l’examen prévu pour mardi d’une des plaintes en diffamation déposées par le puissant milliardaire proche du Kremlin Evguéni Prigojine, qui a juré de ruiner le principal opposant à Vladimir Poutine.

La justice russe a enfin confirmé mardi une condamnation de Alexei Navalny à 3,3 millions de roubles de dommages et intérêts (37 000 euros au taux actuel) à verser à une entreprise agroalimentaire qu’il a accusée de corruption dans l’une de ses enquêtes.

L’opposant n’a cesse de marteler que les autorités veulent le réduire au silence car il a survécu, l’été dernier, à une tentative d’empoisonnement dont il tient le président Vladimir Poutine pour responsable. Son interpellation le 17 janvier, à son retour de convalescence en Allemagne, a suscité des manifestations à travers la Russie qui ont donné lieu à quelque 11 000 arrestations. En retour, l’Union européenne menace Moscou de nouvelles sanctions.