Alexeï Navalny «empoisonné» : son état «instable» empêche son transfert à l’étranger

L’opposant de Poutine, Alexeï Navalny, hospitalisé en Sibérie, devait être rapatrié en Allemagne via un avion qui a décollé dans la nuit.

 Principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny a déjà été victime d’attaques physiques.
Principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny a déjà été victime d’attaques physiques. AFP/Mladen ANTONOV

Un avion-ambulance avec de l'équipement médical et des spécialistes afin de tenter de sauver Alexeï Navalny, en réanimation après un empoisonnement présumé, est arrivé en Sibérie occidentale pour le rapatrier dans un hôpital berlinois. Mais le transfert a dû être annulé.

La porte-parole de l'opposant numéro 1 à Vladimir Poutine a annoncé qu'il ne sera pas transféré à l'étranger en raison de son état de santé « instable » et qu'un telle décision « menace sa vie ».

« Le médecin-en-chef a annoncé que Navalny n'est pas transportable. Son état est instable », a indiqué Kira Iarmych sur Twitter, en estimant qu'il serait « mortellement dangereux de le laisser à l'hôpital non équipé à Omsk avec un diagnostic toujours pas fait ».

La France et l'Allemagne prêtes à accueillir Navalny

La chancelière allemande Angela Merkel, rencontrant dans le sud de la France le président français Emmanuel Macron, a déclaré jeudi qu'Alexeï Navalny pourrait recevoir « toute aide médicale » en Allemagne ou en France. « Nous sommes extrêmement préoccupés et attristés par sa situation », a également réagi le président français. Emmanuel Macron, a dit attendre que « toute la clarté » soit faite.

Le président de l'ONG allemande Cinema for Peace, qui a affrété l'avion médicalisé et avait déjà réalisé une opération similaire avec un membre du groupe d'opposants Pussy Riot en 2018, avait précédemment assuré à l'AFP que l'hôpital berlinois de la Charité était prêt à accueillir Alexeï Navalny.

Les médecins russes se battaient ce jeudi pour sauver la vie d'Alexeï Navalny, principal opposant politique de Vladimir Poutine, dans le coma depuis ce matin et soigné dans un hôpital de Sibérie.

« Les médecins font plus que tout leur possible, ils se battent vraiment pour lui sauver la vie », a déclaré aux journalistes Anatoli Kalinitchenko, le vice-directeur de l'hôpital des urgences n°1 d'Omsk, où l'opposant est placé sous un respirateur artificiel.

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Alexeï Navalny se trouvait à bord d'un avion en direction de Moscou quand il a fait un malaise. L'appareil a dû atterrir en urgence à Omsk. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, on l'aperçoit alors qu'il est transporté aux urgences.

S'exprimant à la radio Echo de Moscou, sa porte-parole Kira Iarmych, qui voyageait avec lui, a dit être persuadée que l'opposant avait été victime d'un « empoisonnement intentionnel ».

Un thé empoisonné ?

« Nous pensons qu'Alexeï a été empoisonné avec quelque chose de mélangé à son thé. Il n'a rien bu d'autre ce matin », a-t-elle précisé sur Twitter. Selon elle, il semblait « parfaitement bien » dans la matinée à Tomsk mais « tout de suite après le décollage, il a perdu connaissance ».

L'épouse d'Alexei Navalny, Yulia, est arrivée peu après à l'hôpital d'Omsk. Elle n'est pas été autorisée à entrer, selon son attachée de presse Kira Yarmysh. Selon la chaîne russe Dozhd, l'hôpital lui a expliqué que son mari « n'a pas consenti à des visites ».

À Saint-Pétersbourg, une manifestation a rassemblé ce jeudi soir une centaine de personnes en soutien à Alexei Navalny. L'ONG Amnesty International a appelé à une « enquête rapide et indépendante » et le lanceur d'alerte américain Edward Snowden, à qui Moscou a accordé l'asile, a dénoncé un « crime contre toute la Russie ».

Navalny déjà victime d'attaques physiques

Principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny a déjà été victime d'attaques physiques. En 2017, on lui avait aspergé un produit antiseptique dans les yeux à la sortie de son bureau à Moscou.

En juillet 2019, tandis qu'il purgeait une courte peine de prison, il avait été traité à l'hôpital après avoir soudainement souffert d'abcès sur le haut du corps, dénonçant un empoisonnement alors que les autorités évoquaient une « réaction allergique ».

Par la voix du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a dit souhaiter à Alexeï Navalny, « comme à n'importe quel citoyen russe », un « prompt rétablissement ».

Le médecin Anatoli Kalinitchenko a affirmé qu'il était trop tôt pour confirmer la thèse de l'empoisonnement tandis que le ministère régional de la Santé a précisé que l'opposant était plongé dans un coma naturel, et non artificiel.

Longues histoires d'empoisonnement

De nombreux adversaires du Kremlin ont été victimes ces dernières années d'empoisonnement, en Russie ou à l'étranger. En mars 2018, un ex-agent double et sa fille, Sergueï et Ioulia Skripal, avaient été retrouvés inanimés sur un banc dans une petite ville du sud de l'Angleterre.

Londres avait conclu à un empoisonnement par un agent innervant mis au point à l'époque soviétique, montrant Moscou du doigt, ce qui avait déclenché une crise diplomatique entre les deux capitales.

En 2006, un ex-agent secret russe en exil, Alexandre Litvinienko, était mort d'un empoisonnement par le polonium-210, une substance radioactive très toxique. Le Royaume-Uni avait là aussi conclu à la culpabilité de la Russie.

Plusieurs opposants russes qui ont également été hospitalisés ont dénoncé des empoisonnements ces dernières années. À chaque fois, les autorités russes ont démenti ces allégations.