Russie : l’affaire Navalny enflamme Moscou, nouvel appel à manifester

Alors qu’Alexeï Navalny, en détention, doit comparaître le 2 février devant un tribunal moscovite, ses partisans appellent à se mobiliser en masse dimanche prochain, comme ils l’ont fait samedi un peu partout en Russie.

 Samedi, des affrontements ont opposé les manifestants qui s’étaient réunis à Moscou aux forces de l’ordre.
Samedi, des affrontements ont opposé les manifestants qui s’étaient réunis à Moscou aux forces de l’ordre.  REUTERS/Maxim Shemetov

Comme au temps de la guerre froide. Deux jours après les manifestations qui ont réuni samedi des milliers de personnes en Russie, Moscou proteste contre le rôle joué par les Etats-Unis.

Le point de départ. Les partisans de l'opposant Alexeï Navalny, emprisonné depuis son retour en Russie le 17 janvier, se sont réunis samedi à travers la Russie pour exiger sa libération. Non autorisées, les manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes à Moscou et dans plus de cent autres villes, et entraîné, ce lundi, plus de 3 500 arrestations, selon l'opposition.

Washington, faiseur de troubles ? Samedi, l'ambassade des Etats-Unis à Moscou avait appelé ses ressortissants à la prudence, en précisant les lieux où des manifestations de soutien à l'opposant Alexeï Navalny devaient se dérouler. L'ambassade avait aussi dit soutenir « le droit de tous à manifester pacifiquement et à la libre expression ». Pour la Russie, cela équivaut à « la diffusion par l'ambassade américaine à Moscou, sur son site Internet et sur les réseaux sociaux, de messages soutenant des actions illégales dans plusieurs villes russes », a reproché la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova. Selon ses dires, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a émis des « protestations vigoureuses » auprès de l'ambassadeur américain John Sullivan.

Les géants du net à nouveau pointés du doigt. Les réseaux sociaux, notamment Instagram ou YouTube mais aussi le chinois TikTok, sont devenus en Russie un espace de contestation où les appels à manifester sont légion. Maria Zakharova a logiquement pointé du doigt les responsabilités des réseaux sociaux d'autant mieux qu'ils sont Américains. « Nous travaillons sérieusement sur la façon dont les plateformes Internet américaines participent à l'ingérence des Etats-Unis dans nos affaires intérieures », a-t-elle affirmé. En cause, surtout, la décision de Facebook, propriétaire d'Instagram, de ne pas supprimer certains contenus politiques alors que TikTok et VK - le Facebook russe - se sont pliés à l'injonction la semaine dernière.

L'Union européenne s'en mêle. La semaine dernière, l'Union européenne a suivi l'Allemagne et la France, notamment, en demandant que l'avocat, empoisonné au Novitchok par les services secrets russes, soit relâché. Après avoir demandé que les manifestants soient aussi libérés, les Européens ont décidé ce lundi d'envoyer début février à Moscou le représentant de leur diplomatie Josep Borrell, alors que les 27 envisagent des sanctions si Poutine persiste à réprimer toute opposition dans son pays. « Josep Borrell va se rendre à Moscou début février porteur d'un message clair de l'UE et il rendra compte de la situation en Russie lors de la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE le 22 février », a expliqué un diplomate à l'AFP.

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Poutine dément posséder un palais. Dans un film, Alexeï Navalny accuse le président russe de s'être fait construire une gigantesque demeure à la décoration royale au bord de la mer Noire, « le palais le plus onéreux au monde », accuse Navalny, qui affirme qu'on y trouve une salle de concert, un casino… et même un salon privé de pole dance. « Je n'ai pas vu ce film, faute de temps. Rien de ce qui est montré dedans comme étant mes biens ne m'appartient à moi ou à mes proches », a affirmé le chef de l'Etat lors d'une rencontre télévisée avec des étudiants russes au sujet de ce film, vu plus de 86 millions de fois depuis sa mise en ligne, deux fois plus que jeudi.

Au passage, Navalny égratigne la biographie de Poutine, affirmant qu'il n'a jamais été, contrairement à ce que prétend sa légende, un espion influent, ni même efficace.

Navalny appelle à un nouveau dimanche de mobilisation et le 2 février. « Le 31 janvier, 12 heures. Toutes les villes de Russie. Pour la libération de Navalny. Pour la liberté de tous. Pour la justice », a écrit sur Twitter un proche allié de M. Navalny, Leonid Volkov.

La date de dimanche a été choisie car c'est la plus proche du 2 février, jour de la comparution d'Alexeï Navalny devant un tribunal moscovite. Celui-ci doit décider si la peine de 3,5 ans de prison avec sursis reçue en 2014 sera transformée en peine de prison ferme pour violation de son contrôle judiciaire. « Et à Moscou, bien sûr, vous devez vous présenter au tribunal le 2 février », ajoute Volkov dans l'un de ses messages.