Russie : Alexeï Navalny condamné à de la prison ferme

Le militant était accusé d’avoir enfreint son contrôle judiciaire. Incarcéré depuis la mi-janvier, et son retour d’Allemagne après son empoisonnement, Alexeï Navalny a dénoncé le régime russe lors de son procès.

 Alexei Navalny a été condamné, ce mardi, à de la prison ferme.
Alexei Navalny a été condamné, ce mardi, à de la prison ferme. Reuters

Ni la pression internationale et ni la mobilisation de milliers de personnes dans la rue n'aura fait bouger la justice russe. L'opposant au régime, Alexeï Navalny, a été condamné ce mardi à terminer la peine de trois et demi de prison prononcée à son encontre en 2014. Ayant déjà réalisé une partie de sa peine assigné à résidence cette année-là, l'opposant russe devrait donc rester deux ans et demi en prison. Il était accusé d'avoir enfreint son contrôle judiciaire, imposé dans le cadre d'une affaire de détournements, une décision dénoncée par la Cour européenne des droits de l'Homme.

Dès l'annonce du verdict, l'organisation d'Alexeï Navalny – la Fondation anti-corruption – a appelé, sur Twitter, à manifester. « Alexeï Navalny est envoyé en colonie (pénitentiaire) pour 2,5 ans. Nous nous rassemblons dans le centre de Moscou immédiatement, on vous attend sur la Place du Manège », a-t-elle écrit. « Poutine vient de signer sa propre sentence », écrit un internaute dans un message sur Twitter, relayé par la Fondation anti-corruption.

Dans un autre tweet, publié plus tard, la Fondation anti-corruption a réitéré son appel à manifester immédiatement. « Il est clair que Navalny ne sera pas libéré dans 2,5 ans, écrit l'organisation de l'opposant russe. Il sera accusé à chaque fois d'une nouvelle affaire criminelle. Si on ne le défend pas, on pourrait le perdre pour toujours. Alors, venez sur la Place du Manège. La vérité est derrière nous. »

Les Etats-Unis demandent la libération de Navalny

Les réactions internationales ne se sont pas fait attendre non plus. « La condamnation d'Alexeï Navalny est inacceptable. Un désaccord politique n'est jamais un crime. Nous appelons à sa libération immédiate. Le respect des droits humains comme celui de la liberté démocratique ne sont pas négociables », a réagi Emmanuel Macron dans un tweet. « Navalny doit être libéré immédiatement », a réagi le ministre allemand des Affaires étrangères.

Les Etats-Unis, eux, ont exprimé leur « profonde préoccupation », appelant la Russie à libérer Alexeï Navalny « immédiatement et sans conditions ». « Nous allons nous coordonner étroitement avec nos alliés et partenaires afin que la Russie rende des comptes pour n'avoir pas respecté les droits de ses citoyens », a déclaré le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dans un communiqué.

Le Royaume-Uni a appelé mardi à la « libération immédiate et sans condition » de l'opposant russe, dénonçant la décision « perverse » de la justice russe de l'emprisonner. « La condamnation d'Alexei Navalny va à l'encontre des engagements internationaux de la Russie en matière d'État de droit et de libertés fondamentales », a tweeté le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, réclamant aussi la libération de l'opposant, deux jours avant sa visite à Moscou.

Autant de réactions à quoi a répondu, plus tard, Moscou. « Il n'y a aucune raison de s'ingérer dans les affaires d'un Etat souverain. Nous recommandons que chacun s'occupe de ses propres problèmes », a déclaré Maria Zakharova, porte-parole de la diplomatie russe, lors d'une interview au média RBK, citée par les agences russes. Et d'accuser les capitales occidentales d'être « déconnectées de la réalité ».

D'autres ennuis judiciaires à venir

Alexeï Navalny a estimé, au cours de son procès, que son affaire visait à faire peur et à décourager les opposants au Kremlin qui, depuis deux semaines, manifestent chaque week-end dans tout le pays. « Le plus important dans ce procès est de faire peur à une quantité énorme de gens. On en emprisonne un pour faire peur à des millions », a dénoncé l'opposant russe. « Vous ne pourrez pas emprisonner tout le pays! » a-t-il martelé.

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Alexeï Navalny a aussi profité de l'écho de son procès pour accuser son principal opposant, Vladimir Poutine, le considérant comme celui qui avait ordonné au FSB, les services de sécurité, de le tuer, en l'empoisonnant en août en Sibérie à l'aide d'un agent neurotoxique. Il s'était alors rendu en Allemagne, le temps de sa convalescence, avant de revenir en Russie, mi-janvier, où il avait été arrêté à la descente de l'avion.

Cette peine de prison serait la première longue peine de détention pour Alexeï Navalny. Mais ce pourrait ne pas être la dernière, celui-ci étant la cible de multiples procédures. Vendredi, il comparaîtra pour « diffamation » envers un ancien combattant. Il est aussi accusé d'escroquerie pour avoir, selon les autorités, détourné des dons adressés à son organisation.