Procès en destitution de Donald Trump : qui sont les acteurs clés ?

Le procès en destitution de l’ancien président américain, Donald Trump, s’est ouvert ce mardi devant le Sénat. Neuf démocrates joueront le rôle des procureurs, le plus ancien élu celui de président. Tour d’horizon des principaux acteurs.

Le procès au Sénat de Donald Trump s’ouvre ce mardi et devrait durer environ une semaine.
Le procès au Sénat de Donald Trump s’ouvre ce mardi et devrait durer environ une semaine. AFP/Jim Watson

C’est une journée particulière pour les sénateurs américains. Ce mardi s’est ouvert, à la chambre haute, le procès en destitution de l’ancien président Donald Trump pour « incitation à l’insurrection ». Il est accusé d’avoir encouragé des manifestants à pénétrer dans le Capitole alors que les élus certifiaient la victoire du démocrate Joe Biden, le 6 janvier dernier. L’attaque avait fait cinq morts.

Deux avocats pour Donald Trump

Plusieurs personnalités auront un rôle clé dans cette procédure, à commencer par les deux avocats du magnat de l’immobilier. David Schoen et Bruce Castor n’ont repris ce dossier qu’au début du mois de février, puisque Donald Trump s’est séparé de sa première équipe en raison d’un désaccord sur la stratégie de défense, selon CNN.

David Schoen, 62 ans, est un avocat spécialisé en droits civiques et en défense pénale, installé en Alabama. Durant sa carrière, il a été amené à représenter le Ku Klux Klan mais aussi de nombreuses personnalités, notamment dans des affaires de viols, de meurtres ou en lien avec la mafia. Il s’est par ailleurs fait remarquer en assurant ne pas croire au fait que Jeffrey Epstein se soit suicidé, malgré les conclusions du médecin légiste, rappelle le New York Times.

Sa proximité avec Donald Trump vient notamment du fait qu’il ait critiqué, à la télévision, Andrew Weissmann, qui a travaillé sur l’enquête concernant les soupçons d’ingérence russe durant la campagne présidentielle de 2016. Par ailleurs, il s’occupait de Roger J. Stone Jr, un ami de Donald Trump, avant que le président sortant n’utilise ses pouvoirs pour lui accorder sa clémence.

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Bruce Castor, 59 ans, est un ancien procureur de district. Il a, un temps, était avocat général de Pennsylvanie avant d’être avocat pénal. Parmi ses faits d’armes les plus notoires, il a refusé de poursuivre l’acteur Bill Cosby dans une affaire de viol. Après avoir échoué à se faire réélire procureur, il a été appelé comme témoin pour justifier sa décision lorsque l’affaire Bill Cosby a été reprise par son successeur. Il a alors assuré que son choix était motivé par le fait que l’acteur n’avait pas avoué les faits et que la victime présumée se serait « décrédibilisée », retrace le New York Times. En 2018, Bill Cosby a finalement été condamné dans cette affaire.

S’il se retrouve désormais à défendre le président sortant, c’est que son propre cousin est l’un des avocats du clan républicain qui s’est impliqué dans la défense de Donald Trump lors de la première procédure d’impeachment.

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Neuf procureurs démocrates

Du côté de l’accusation, les protagonistes sont bien plus nombreux. Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, a choisi neuf élus démocrates pour remplir le rôle de procureur. Tous sont avocats et experts en droit constitutionnel ou civil. Ils proviennent des quatre coins du pays et représentent différentes orientations du parti démocrate.

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Jamie Raskin, ancien professeur de droit constitutionnel de 58 ans, va mener cette équipe de procureurs. Il était déjà impliqué dans le premier procès en destitution de Trump en tant que membre de la Commission judiciaire du Congrès, rappelle CNN.

Jamie Raskin est actuellement en plein drame personnel. Son fils de 25 ans s’est suicidé le soir du Nouvel an. Malgré tout, il a refusé de laisser sa place, d’autant que le procès en destitution de Donald Trump est presque devenu une affaire personnelle : le lendemain des funérailles de son fils, le 6 janvier, il a demandé à sa fille de 23 ans et au mari de son aînée de l’accompagner au Capitole pour assister à la confirmation de la victoire de Joe Biden. Ils étaient donc présents au moment de l’attaque qui a fait cinq morts. La famille de Jamie Raskin dû se cacher pour échapper aux manifestants entrés dans le bâtiment. Il a fallu une heure pour que l’élu retrouve sa famille saine et sauve, précise CNN. De quoi ajouter un traumatisme au drame. Et une touche personnelle à l’affaire.

Un président également sénateur

L’autre nom à retenir est celui de Patrick Leahy. Il est le président « pro tempore » au Sénat, c’est-à-dire lorsque la vice-présidente Kamala Harris est absente. Un rôle qui revient au sénateur de la majorité le plus ancien. Aujourd’hui âgé de 80 ans, Patrick Leahy a été élu pour la première fois à 34 ans. Cet ancien procureur est également connu pour être un grand fan de Batman, au point d’avoir fait cinq apparitions dans les films mettant en scène le héros.

Lors du procès en destitution d’un président, le rôle de président revient normalement au magistrat en chef de la Cour Suprême. Mais puisque Donald Trump n’est plus en activité, ce rôle revient au président « pro tempore » du Sénat, Patrick Leahy, donc. Comme le précise CNN, il devrait cependant reprendre son rôle de sénateur classique pour voter, notamment au moment de se prononcer sur la culpabilité de Donald Trump.

Deux autres hommes ont d’ores et déjà joué un rôle dans ce procès devant le Sénat : Chuck Schumerle chef de file des sénateurs démocrates, désormais majoritaires, et Mitch McConnell, son homologue républicain. Ensemble, ils se sont mis d’accord sur le format du procès et sur la durée des débats.

Le premier, qui vient de passer dans la majorité d’une très courte tête - les sénateurs républicains et démocrates sont à égalité, mais c’est dans ce cas à la vice-présidente de trancher - tente de travailler en bonne intelligence avec le chef de file de l’opposition, précise l’AFP.

Mitch McConnell a passé plus de 35 ans au Sénat. S’il a d’abord collaboré avec Donald Trump, ces dernières semaines ont été plus tendues entre les deux hommes. Le chef de file des sénateurs républicains s’est franchement éloigné de l’ancien président lorsqu’il a commencé à nier sa défaite. Les événements du Capitole ont fini de consommer cette rupture. Quant à la femme de Mitch McConnell, qui était ministre des Transport depuis le début du mandat de Trump, elle a démissionné dès le 7 janvier, précise l’AFP.

Ce procès comptera en revanche un grand absent, Donald Trump lui-même, qui a refusé de témoigner devant le Sénat, notamment parce qu’il estime que cette procédure n’est pas constitutionnelle, puisqu’il n’est plus en activité. C’est d’ailleurs sur ce sujet que devraient se concentrer les premiers débats.