Procès de Donald Trump : l’ancien président américain acquitté par le Sénat

Après les violences au Capitole, le républicain était mis en accusation pour «incitation à l’insurrection». Les sénateurs ont rendu leur verdict dans cette deuxième procédure d’«impeachment», du jamais-vu pour un chef de l’Etat américain.

 Selon les procureurs démocrates, Donald Trump a « attisé la hargne » de ses partisans pendant des mois avec un « grand mensonge ».
Selon les procureurs démocrates, Donald Trump a « attisé la hargne » de ses partisans pendant des mois avec un « grand mensonge ». REUTERS/Shannon Stapleton

Une majorité des deux tiers était nécessaire pour que Donald Trump soit condamné, et éventuellement déclaré inéligible. Mais à l'issue d'un procès mené tambour battant dans l'enceinte du Congrès, là même où les partisans de l'ancien président américain avaient semé la violence et le chaos le 6 janvier, les sénateurs à voter en faveur de l'« impeachment » n'ont pas été aussi nombreux. Donald Trump a ainsi été acquitté ce samedi, après sa mise en accusation pour « incitation à l'insurrection ».

L'ex-président a salué la fin d'une « chasse aux sorcières », en promettant de « continuer » à défendre « la grandeur de l'Amérique ». S'il a caressé l'idée de se représenter en 2024, son avenir politique reste encore très flou. « Il est temps de boucler cette mascarade politique », a tonné l'un des avocats du 45e président des Etats-Unis, Michael van der Veen, lors de son court plaidoyer ce samedi.

Les sénateurs, à la fois témoins, juges et jurés, s'étaient déjà penchés sur le cas Trump lors d'un premier procès en destitution il y a un an. Il est le seul président américain à avoir subi à deux reprises une procédure d'« impeachment », la deuxième ayant lieu, autre incongruité, alors qu'il n'est plus au pouvoir.

7 sénateurs républicains en faveur de sa condamnation

« Donald Trump est par la présente acquitté », a déclaré ce samedi le sénateur démocrate Patrick Leahy, qui présidait le procès, en annonçant le résultat du vote final : 57 voix en faveur de sa condamnation, et 43 contre.

Compte tenu de sa forte popularité à droite, il semblait peu probable que 17 sénateurs républicains votent avec les 50 élus démocrates et forment la majorité qualifiée nécessaire pour le déclarer coupable, un verdict qui aurait alors ouvert la voie à une peine d'inéligibilité.

Après un coup de théâtre qui aurait pu retarder le verdict, le vote s'est finalement déroulé comme prévu. Plus tôt dans la journée, les républicains avaient fait miroiter la perspective d'allonger le procès par des témoignages en leur faveur, forçant les démocrates à négocier. Ces derniers ont donc abandonné l'idée d'entendre Jaime Herrera Beutler, l'élue républicaine qui avait révélé vendredi la teneur d'une conversation téléphonique entre un autre élu et Donald Trump le 6 janvier. Sa déposition a finalement été lue en séance et versée au dossier.

Trump «a allumé la mèche»

Vendredi, son successeur démocrate Joe Biden, qui a passé plus de 35 ans sur les bancs du Sénat, s'était dit « impatient » de voir ce que ses « amis » républicains allaient faire, espérant qu'ils prendraient « leurs responsabilités ». Un premier vote à l'ouverture du procès, mardi dernier, avait esquissé les rapports de force : 56 élus, dont six républicains, avaient jugé le procès conforme à la Constitution, même si Donald Trump avait déjà quitté la Maison Blanche.

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Depuis, les élus de la Chambre des représentants, chargés de porter l'accusation contre l'ancien magnat de l'immobilier, avaient déroulé sur deux jours un exposé implacable des faits. Mêlant vidéos choc des violences et extraits choisis des diatribes présidentielles, ils ont accusé Donald Trump d'avoir renoncé à son rôle de « commandant-en-chef », pour se glisser dans les habits d'« incitateur-en-chef ».

Selon eux, l'ancien chef de l'Etat a « attisé la hargne » de ses partisans pendant des mois avec un « grand mensonge » : en se présentant comme la victime d'une élection « volée », par des « fraudes » dont il n'a jamais apporté la preuve. Et, le 6 janvier, au moment où les élus du Congrès certifiaient la victoire de Joe Biden, il « a allumé la mèche », ont-ils estimé, en leur lançant : « Battez-vous comme des diables ». Une fois l'assaut en cours, il a attendu de longues heures avant d'appeler ses sympathisants à « rentrer chez eux », délaissant, selon les procureurs démocrates, son serment de protéger les institutions. Au final, cinq personnes sont mortes, et des centaines ont été blessées ou traumatisées.

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Vendredi, les avocats du 45e président des Etats-Unis ont contre-attaqué dans un argumentaire concis et musclé. Selon eux, l'attaque était « horrible » mais le procès est « injuste » : c'est un acte « de vengeance politique » destiné « à interdire les discours que la majorité n'aime pas », avaient-ils lancé. Le coup de force « avait été planifié à l'avance » par des « criminels » et ne peut pas être imputé au président, avaient-ils encore plaidé.