Présidentielle US : fake news, publicité politique… pourquoi Facebook en fait autant

Le réseau social a annoncé mercredi que toutes les publicités liées à l’élection américaine resteraient interdites à la fermeture des bureaux de vote, le 3 novembre. Décryptage.

 Des employés dans la « War Room » de Facebook, qui lutte contre la désinformation, en 2018 (Illustration).
Des employés dans la « War Room » de Facebook, qui lutte contre la désinformation, en 2018 (Illustration). AFP/Noah Berger

Tout faire pour ne pas être de nouveau accusé de contribuer au résultat d'une élection. Facebook multiplie les initiatives visant à durcir ses règles à l'approche de la présidentielle américaine, le 3 novembre prochain. Après avoir annoncé en septembre que toute publicité politique serait interdite la semaine précédant le vote, le réseau social a indiqué ce mercredi qu'il sera également proscrit, le soir de l'élection et pour une durée encore indéfinie, de faire de la publicité électorale.

Autrement dit, aucun camp ne pourra s'arroger la victoire. Or, le nom du vainqueur risque d'être annoncé particulièrement tard cette année en raison du contexte sanitaire et du vote par correspondance massivement utilisé. Tant que les résultats ne seront pas officiels ou annoncés par des médias, une notification apparaîtra en haut des fils d'actualité pour le rappeler.

« Facebook agit très tardivement »

Facebook, qui compte plus de 200 millions d'utilisateurs aux Etats-Unis, a aussi publiquement encouragé ses employés à se porter volontaires pour prêter main-forte dans les bureaux de vote. Et la plateforme prévoit désormais de supprimer les appels « formulés avec des termes militaires ou quand ils suggèrent l'idée d'intimider ou de contrôler les agents électoraux ou les électeurs ».

Ce qui frappe le spécialiste du numérique Tristan Mendès France, c'est le peu de temps (quelques semaines) entre toutes ces annonces et le scrutin. « Facebook agit très tardivement alors que Twitter avait déjà annoncé il y a plusieurs mois bannir la publicité politique. On sent qu'ils subissent une pression sociale et politique très importante, avec de plus en plus d'élus en train de tirer la sonnette d'alarme », pointe-t-il. Parmi les pistes d'explication à ce « retard », le maître de conférences associé à l'université Paris-Diderot cite, notamment, la « philosophie libertaire » du patron de Facebook Mark Zuckerberg et le fait que la publicité constitue le « cœur nucléaire » de l'activité et du business de la plateforme.

Un dirigeant du réseau social, Andrew Bosworth, avait reconnu en décembre 2019 que Facebook avait contribué à l'élection de l'actuel président américain en 2016. « Il a été élu car il a mené la meilleure campagne de publicité sur Internet que je n'ai jamais vue. Point final », avait-il écrit dans un long message envoyé à ses collèges avant d'être rendu public.

VIDÉO. Covid-19 : Trump enlève son masque dès son retour à la Maison Blanche

Aujourd'hui, 35 000 personnes sont actuellement en charge de la modération des contenus, en soutien des algorithmes basés sur l'intelligence artificielle. 120 000 posts Facebook ou Instagram (qui appartient au même groupe) ont déjà été supprimés.

Un post Facebook de Trump supprimé

Ces salariés sont aussi en charge de l'affichage d'avertissements sur les contenus trompeurs voire faux. Mardi, Facebook a même supprimé un message publié par Donald Trump affirmant que, « dans la plupart des populations, le Covid-19 est bien moins fatal que la grippe ». Au même moment, une porte-parole de la campagne Trump s'est emportée contre « la mafia de la Silicon Valley » qui « réduira le président au silence lorsque des millions d'électeurs prendront leurs décisions », rapporte le New York Times.

LIRE AUSSI > Présidentielle US : face au Covid-19, Donald Trump bombe le torse

Pour faire bonne figure et ne pas être uniquement dans l'interdiction ou la censure, Facebook a aussi annoncé fin septembre la mise en place d'un « conseil de surveillance ». Celui-ci est chargé de contrôler les décisions de modération prises par le réseau social et tout citoyen peut le saisir. Par ailleurs, un centre d'information sur les élections a été mis en ligne, permettant de vérifier que l'on est bien inscrit sur les listes électorales ou de se renseigner sur les modalités du vote. « Nous pensons que nous avons fait plus que toute autre entreprise pendant les quatre dernières années pour aider à garantir l'intégrité de l'élection », s'est félicité Guy Rosen, un des vice-présidents du groupe.

« Facebook est frileux à l'idée de s'embarquer sur le terrain politique, de peur d'être considéré comme un acteur. C'est une matière extrêmement sulfureuse pour lui », pointe de son côté Tristan Mendès France. D'ailleurs, même s'il parvient à bloquer la propagande politique, le réseau social risque d'être débordé les jours précédant et surtout suivant le jour de l'élection américaine. « Facebook veut empêcher les gens de dire 'on a gagné, on a gagné'. Mais il va être le terrain d'une guerre partisane et idéologique absolument totale et il ne pourra pas empêcher tous les propos du type : 'si Trump gagne, c'est l'apocalypse' », juge le spécialiste. Dans le scénario du pire, notamment en cas de violences post-électorales, Facebook a déjà averti qu'il pourrait « réduire la circulation des contenus ».