Présidentielle américaine : pourquoi les Républicains suivent Trump dans le déni

Le milliardaire refuse toujours de reconnaître sa défaite. Donald Trump est suivi par sa base mais aussi par la plupart des élus républicains dont l’avenir politique dépendra du très populaire… et rancunier président sortant.

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 Les partisans de Donald Trump chantent l’hymne national lors d’un rassemblement devant la résidence du gouverneur le 14 novembre 2020 à Saint Paul, au Minnesota.
Les partisans de Donald Trump chantent l’hymne national lors d’un rassemblement devant la résidence du gouverneur le 14 novembre 2020 à Saint Paul, au Minnesota. AFP/Stephen Maturen

Loyaux jusqu'au bout des ongles. Si une poignée d'élus républicains, comme le sénateur de Floride Marco Rubio, a reconnu la défaite de Donald Trump à la présidentielle, la plupart se tiennent en rangs serrés derrière leur patron. Beaucoup restent silencieux tandis que d'autres relaient sans vergogne les accusations de fraude électorale massive, formulées - toujours sans preuve jusqu'ici - par le président sortant.

A Washington, nombre d'observateurs ne seraient pas surpris que l'actuel président ait trouvé là un moyen de quitter la Maison Blanche le 20 janvier - jour de l'investiture du nouveau président démocrate - sans jamais féliciter Joe Biden. Mardi soir, il a limogé par un lapidaire message sur Twitter Chris Krebs, le responsable de l'agence fédérale en charge de la sécurité des élections. Ce dernier avait commis l'irréparable en niant l'existence de fraudes « massives » et en déclarant que la présidentielle avait été « la plus sûre de l'histoire des Etats-Unis ».

C'est bien le signe que le milliardaire ne lâche pas l'affaire. Le fait qu'il soit encouragé par les leaders du Parti républicain suscite, en revanche, de plus en plus d'inquiétudes.

Le calcul politique des sénateurs

Le sénateur de Caroline du Sud Lindsey Graham a été accusé cette semaine d'avoir réclamé au secrétaire d'Etat de Georgie, responsable local de la tenue des élections dans cet Etat disputé jusqu'au bout, de se débarrasser d'un certain nombre de bulletins de vote par correspondance. Ce dernier, républicain lui aussi mais peu désireux de tremper dans ce genre de combine, l'a dénoncé. L'audit du dépouillement dans cet Etat du sud est des Etats-Unis devrait confirmer la victoire du candidat démocrate.

Comment les républicains en sont-ils arrivés là? Donald Trump a beau avoir perdu l'élection, il a réuni davantage de voix qu'il y a quatre ans, preuve qu'il reste le leader incontesté de son camp. Les élus républicains ont donc fait un calcul politique. Car un scrutin en chasse un autre. Les prochaines élections de mi-mandat auront lieu dans deux ans. Une partie des sénateurs et des gouverneurs remettront leur siège en jeu, or ils ont besoin du parrainage du très populaire Trump - et de la base électorale qui en découle - pour l'emporter.

Dans le viseur du milliardaire

Le milliardaire a d'ailleurs cherché à faire un exemple. Il s'en est pris au gouverneur républicain de l'Ohio, Mike DeWine, l'un des seuls à avoir reconnu Joe Biden comme le président élu. « Qui sera candidat au poste de gouverneur du grand Etat de l'Ohio ? Grosse bataille en vue ! » a-t-il tweeté lundi au sujet du scrutin de 2022. Pas simple de faire campagne quand on est dans le viseur de la rancune de Trump, qu'il morde depuis la Maison Blanche ou depuis le sommet de la tour new-yorkaise qui porte son nom.

Si les républicains sont si frileux, c'est aussi parce qu'ils ont en tête le deuxième tour de deux courses sénatoriales clés en Georgie, début janvier. Ces scrutins décideront de la majorité à la Chambre haute, que les conservateurs - le patron des républicains au Sénat Mitch McConnell en tête - espèrent garder (NDLR : ils sont actuellement majoritaires d'une voix !) afin d'être en mesure de bloquer l'agenda de Joe Biden. Pour cela, encore une fois, ils comptent sur une base pro-Trump gonflée à bloc. D'où leur réticence à contredire le chef de l'Etat.

Et s'il se représentait en 2024 ?

Reste à savoir combien de temps ils pourront tenir. La plupart des leaders étrangers ont déjà félicité le président élu. Les recours en justice du camp Trump sont rejetés les uns après les autres et les Etats prennent le chemin de la certification de leurs résultats. Le 14 décembre, les grands électeurs voteront et le nom du futur président sera officiel. Certains estiment donc qu'à cette date, les républicains pourraient commencer à relâcher la pression.

Quant à Donald Trump, il aura de toute façon réussi à mettre en place un récit alternatif selon lequel la victoire lui aurait été volée. Cette fable dont il est le héros pourra lui servir quels que soient ses projets futurs. Certaines sources croient savoir qu'il réfléchit à une candidature à la présidentielle de 2024. Il aurait alors 78 ans… rien de rédhibitoire puisque c'est l'âge qu'aura Biden dans quelques jours. D'autres prédisent la création d'un nouveau média conservateur, concurrent de Fox News - une chaîne devenue selon lui « Fake News » depuis qu'elle a annoncé la victoire de Joe Biden. La base qui lui reste plus fidèle que jamais pourra alors lui servir de futurs électeurs… ou téléspectateurs.

 
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