Présidentielle américaine : la peur du chaos et de la division grandit aux Etats-Unis

A dix jours d’une élection qui s’annonce comme celle de tous les dangers, un climat d’anxiété s’installe dans le pays. Certains envisagent même de se mettre à l’abri le jour J. Reportage.

 Waukesha (Wisconsin), samedi. Jamais les Etats-Unis ne sont apparus aussi divisés et le risque de confrontation entre pro- et anti-Trump est dans tous les esprits.
Waukesha (Wisconsin), samedi. Jamais les Etats-Unis ne sont apparus aussi divisés et le risque de confrontation entre pro- et anti-Trump est dans tous les esprits.  MaxPPP/UPI/Alex Wroblewski

Alors même que la pandémie de Covid-19, qui a déjà fait plus de 225 000 morts semble incontrôlable, ce sont aussi les tensions politiques qui inquiètent aux Etats-Unis. Qu'ils soient pro-républicains ou pro-démocrates, les Américains redoutent désormais le pire. Jamais la fracture politique, ni l'hostilité entre les deux camps n'avaient atteint un tel niveau dans le pays.

« J'ai peur, ça fait des jours que je pleure », confie Bernadette Neal, une institutrice noire à la retraite au Washington Post. J'ai vraiment peur que Trump envoie les suprémacistes blancs, les Proud Boys (NDLR : une organisation néo-fasciste violente qui soutient Trump) ». Cette habitante de Pennsylvanie, un des Etats les plus âprement disputés, a bien en tête que Trump, au cours du premier débat télévisé, a demandé à ses activistes « de se tenir prêts ». Alison, une New-Yorkaise mère de trois enfants,n'est pas plus rassurée : « Je ne veux pas être ici au lendemain de l'élection. C'est trop dangereux, c'est trop tendu, jamais je n'aurais pensé dire ça, mais je vais aller chez des amis attendre les résultats à la campagne. De toute façon, mes enfants suivent les cours de leur école en ligne… »

Cela fait des mois que le président Trump parle du risque d'élections truquées, mobilisant de facto ses partisans contre une éventuelle victoire de Joe Biden. Alors que 56 millions d'Américains, un record, ont déjà voté par correspondance ou en personne lors de scrutins anticipés, le président multiplie ses attaques contre la légitimité de ces bulletins. Loin derrière dans les sondages, il n'a rien à perdre et, dans la dernière ligne droite, lors de ses rassemblements devant des foules de supporters déchaînés, il continue à brandir des scénarios d'apocalypse en cas de défaite.

Les responsables fédéraux de la sécurité ont rappelé il y a quelques jours les risques posés par les extrémistes des deux bords, présentant ce « cocktail de facteurs en collision : tensions politiques en hausse, troubles civils et campagnes de désinformation menées par des puissances étrangères »…

Si Trump conteste les résultats, «que ferait l'armée ?»

« Depuis six semaines environ, c'est devenu très inquiétant, souligne Michael Barkun, un professeur de sciences politiques. L'idée que si l'autre camp gagne, tout s'effondre et que les institutions vont se désintégrer est à l'opposé de l'histoire des Etats-Unis. » Symbole extrême de cette anxiété, la création de ranchs de survie dans le Colorado et en Virginie de l'Ouest. « Le risque de violence est imprévisible, irrationnel, et le risque de guerre civile est réel, affirme Drew Miller, le fondateur de ces ranchs.

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« Ce qui m'inquiète plus, c'est si Trump conteste le résultat le 3 novembre ou même dans les jours qui suivent. Que se passe-t-il? Que font ses partisans? s'interroge Jon un photographe de New York. Que ferait l'armée? Qui donnerait les ordres? Je sais bien qu'on n'en est pas là, mais tout à coup, on se pose des questions de république bananière! » Mark, un comptable du Connecticut qui pense voter pour Trump, s'inquiète plus, lui, des réactions des démocrates en cas de victoire du président. « Vous avez vu les manifs de Black Lives Matter, s'insurge-t-il? Si Biden perd, je m'attends au pire. »

« Est-ce que vous quitteriez le pays si Trump était réélu ? » titrait une des éditorialistes du New York Times récemment. La question, inimaginable il y a quelques mois encore, est posée.