Présidentielle américaine : Kamala Harris sur le ring face à Mike Pence

Dans une campagne que bouleverse la maladie de Donald Trump, infecté par le Covid-19, son vice-président et la colistière de Joe Biden débattront mercredi soir pour la première fois.

 Aux commandes de la cellule de crise chargée de lutter contre la propagation du virus, Mike Pence devra défendre sa gestion de la pandémie face aux critiques de Kamala Harris.
Aux commandes de la cellule de crise chargée de lutter contre la propagation du virus, Mike Pence devra défendre sa gestion de la pandémie face aux critiques de Kamala Harris.  AFP/Mandel Ngan, Logan Cyrus

C'est le débat des numéros deux, le face-à-face des possibles vice-présidents, qu'accueille mercredi soir l'université de Salt-Lake-City, dans l'Utah, à moins d'un mois du scrutin du 3 novembre. Pourtant, les récents événements donnent un poids inattendu à cette confrontation télévisée entre la sénatrice démocrate Kamala Harris, colistière de Joe Biden, et le vice-président Mike Pence, qui forme avec Donald Trump le ticket républicain 2020.

La maladie du président, hospitalisé trois jours pour une infection au coronavirus, renforce le poids des deux « lieutenants », soulignant un rôle qui ne se limite pas à de la figuration. Si Donald Trump devait être confiné plus longtemps, c'est en effet Mike Pence qui prendrait les rênes de la campagne. Quant à Joe Biden, l'énergie et la vitalité de Kamala Harris doivent faire oublier qu'il deviendrait, s'il était élu à 77 ans, le plus vieux président des Etats-Unis.

Pour ce deuxième des trois débats présidentiels, une semaine après le chaotique affrontement Trump-Biden, le Covid-19 sera donc omniprésent. Le camp démocrate a demandé - et obtenu - que les deux débatteurs soient séparés par une paroi en Plexiglas et que les bureaux où ils se tiendront assis soient reculés à quatre mètres l'un de l'autre. Et la gestion de la pandémie sera évidemment le sujet le plus sensible qu'ils aborderont.

Lors d’une répétition, des doublures ont pris place à chacun des bureaux où seront assis les deux prétendants/AFP
Lors d’une répétition, des doublures ont pris place à chacun des bureaux où seront assis les deux prétendants/AFP  

Mike Pence, 61 ans, est depuis février aux commandes de la cellule de crise de la Maison-Blanche chargée de lutter contre la propagation du virus. Kamala Harris, 55 ans, ne devrait pas manquer de l'épingler sur la gestion de la pandémie.

La différence ne se fera pas forcément sur leurs talents d'orateurs. Si l'une a laissé le souvenir de réquisitoires incisifs dans les prétoires, l'autre a démontré son sens de la formule en animant sa propre émission de radio dans les années 1990.

L'actuel vice-président aura fort à faire alors que les cas positifs se multiplient depuis plusieurs jours à la Maison-Blanche, mais aussi à la tête des armées. Il devra également composer avec la posture d'un Donald Trump qui, nettement à la traîne dans les sondages, appelle les Américains à ne pas laisser le Covid-19 les « dominer » et se pose en dirigeant sans peur, ayant vaincu le virus.

Au-delà des critiques qu'il suscite au sein du corps médical, ce discours volontariste est peu crédible dans le pays le plus endeuillé au monde par le Covid-19, qui déplore plus de 210 000 morts. Le nouveau coronavirus sera, en 2020, la troisième cause de décès aux Etats-Unis.

Opposés par leurs idées et leurs profils

Au-delà des positions sur le fond, forcément opposées voire irréconciliables, le débat va aussi mettre en lumière les profils des deux prétendants à la vice-présidence, chacun complétant à sa manière la personnalité du candidat qu'il veut accompagner jusqu'à Washington.

Fervent chrétien aux manières policées, avocat de formation, Mike Pence tranche avec le caractère imprévisible du président sortant. Sur la pandémie, il s'en tient à des propos mesurés. Cet élu de l'Indiana assume des positions ultra-conservatrices sur la religion, l'avortement et les droits des homosexuels. Il devra aussi confirmer son sang-froid sous la forte pression des sondages où se creuse le retard de Donald Trump.

De son côté, Kamala Harris devra supporter la dimension fortement symbolique que revêt sa présence dans cette dernière ligne droite. Née d'un père jamaïcain et d'une mère indienne, elle est la première colistière noire de l'histoire américaine pour un grand parti. Si les démocrates reprenaient la Maison-Blanche, elle deviendrait la première femme vice-présidente des Etats-Unis.

« Je suis impatient de voir Kamala Harris entrer dans l'histoire au débat de demain soir », a tweeté Joe Biden. Le débat, d'une durée de 90 minutes, est programmé à 18 heures locales (2 heures du matin en France). Il aura pour modératrice une journaliste de la presse écrite, Susan Page, chef du bureau de Washington du quotidien USA Today.