Présidentielle américaine J-50 : et si Donald Trump était réélu ?

A sept semaines du scrutin aux Etats-Unis, le président sortant est donné perdant face au démocrate Joe Biden. Mais le républicain avait contredit les sondages en 2016 et il conserve plusieurs atouts en main.

 Donald Trump (ici en meeting à Henderson, au Nevada, le 13 septembre), est distancé par Joe Biden dans les sondages à 50 jours du scrutin du 3 novembre.
Donald Trump (ici en meeting à Henderson, au Nevada, le 13 septembre), est distancé par Joe Biden dans les sondages à 50 jours du scrutin du 3 novembre. AFP/Getty Images/Ethan Miller

Tous les sondages l'affirment : Joe Biden est le favori de la présidentielle américaine du 3 novembre. Le candidat démocrate devance Donald Trump avec une moyenne de 7,5 points au niveau national, et de 0,5 à 6,5 points dans les principaux Etats clés. Mais le Parti républicain fait mine d'ignorer ces chiffres pessimistes. Ils se sont trompés en 2016, ils se trompent encore en 2020, veut croire l'entourage du président-candidat, persuadé qu'une « majorité silencieuse » ne répond pas aux enquêtes d'opinion ou les induit en erreur.

Même les démocrates, traumatisés par le scrutin de 2016, restent sceptiques. « Le plus grand avantage de Donald Trump est que la plupart des gens pensent toujours qu'il va gagner. Est-ce que cela pourrait être une prophétie autoréalisatrice? Même s'ils sont fortement opposés à Trump, s'ils pensent qu'il sera le vainqueur, alors cela pourrait en pousser certains à rester chez eux », estime le sondeur américain John Zogby.

Une base solide d'électeurs

Le système électoral américain favorise Donald Trump. Aux Etats-Unis, la présidentielle est un scrutin indirect qui se remporte grâce à une majorité de grands électeurs − chaque Etat en possède un certain nombre. En 2016, Hillary Clinton avait remporté près de trois millions de voix de plus que Trump. C'est pourtant lui qui avait raflé le vote des grands électeurs en faisant basculer certains Etats clés. Un scénario similaire cette année n'est donc pas à exclure.

Sur Internet en tout cas, le camp Trump semble davantage mobilisé. Selon une étude suisse se basant sur une analyse des moteurs de recherche et des réseaux sociaux, le républicain bénéficie d'une nette avance. La même équipe de chercheurs avait prédit, à contre-courant, sa victoire en 2016.

Donald Trump dispose d'une base solide de 41-42 % d'électeurs qui ne changeront leur vote pour rien au monde. Pour l'emporter, il lui faut quatre ou cinq points de plus, estime John Zobgy. Reste à savoir s'il parviendra à entretenir cette image d'outsider opposé à l'« establishment » alors que, cette fois, il est au pouvoir.

Le thème de la « loi et l'ordre » sera-t-il porteur ?

Il peut en tout cas compter sur les faiblesses de Joe Biden, comme le manque d'enthousiasme des électeurs latinos à son égard. Dans l'Etat clé de Floride, par exemple, l'équipe du démocrate s'inquiète du vote de la minorité cubaine, farouchement anticommuniste, qui semble se tourner vers le républicain et son message anti « gauche radicale ».

Donald Trump tente aussi grignoter le vote de la communauté noire, crucial pour l'ancien vice-président de Barack Obama. « Joe Biden est actuellement crédité de 81 % du vote noir contre 14 % pour Trump », note John Zogby. « Or il devrait être à 90 %. Même les 89 % d'Hillary Clinton en 2016 n'ont pas suffi, en particulier dans les Etats comme la Pennsylvanie, le Michigan, le Wisconsin ou encore la Caroline du Nord. »

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L'accent mis par Trump sur « la loi et l'ordre » pourrait aussi finir par jouer en sa faveur. Jusqu'ici, les sondages ont montré que cela avait eu un faible effet. Mais si les violences urbaines continuent, les chiffres pourraient bouger davantage, selon John Zogby : « Si, juste avant l'élection, on parle du mouvement Black Lives Matter, alors Donald Trump sera à même de s'adresser aux électeurs blancs, aux mères de famille de banlieues, aux personnes âgées. Il pourra leur faire peur avec un discours sur le socialisme et la violence dans les rues. Mais si le sujet est le coronavirus et l'économie, alors l'avantage sera côté Biden. »

Le risque d'une bataille juridique après le vote

Les candidats comptent sur les traditionnelles « surprises » du mois d'octobre pour marquer des points dans la dernière ligne droite. Mais il leur faut carburer dès à présent car le vote anticipé est très prisé : six électeurs sur dix ont l'intention d'y recourir, contre quatre sur dix en 2016. D'autres ont décidé de voter par courrier à cause de la pandémie de Covid-19. La poste américaine n'étant pas préparée à un tel afflux de bulletins, les résultats pourraient tarder à être publiés.

Certains experts imaginent même un scénario dans lequel Donald Trump semblerait l'emporter le soir du 3 novembre mais où Joe Biden serait finalement le gagnant après le dépouillement des bulletins par correspondance. Étant donné la tension entre les deux camps, si personne ne concède la défaite, la perspective d'une bataille juridique n'est pas exclue. « Il pourrait y avoir du chaos en 2020 », prévient John Zogby.