Présidentielle américaine : Biden gagnant, Trump perdant ? Ce que valent les sondages

Moqués après l’élection de Donald Trump, qu’ils annonçaient perdant en 2016, les instituts de sondages sont encore largement consultés par les médias américains.

 Comme Hillary Clinton en 2016, le candidat démocrate Joe Biden est considéré comme le favori à l’élection présidentielle de 2020, face à Donald Trump.
Comme Hillary Clinton en 2016, le candidat démocrate Joe Biden est considéré comme le favori à l’élection présidentielle de 2020, face à Donald Trump. AFP/Getty Images/Mark Makela

Alors que la convention démocrate s'est terminée jeudi 20 août, Joe Biden est en tête dans tous les sondages du pays. Le site Real Clear Politics, qui additionne toutes les enquêtes, donne 7,6 points d'avance au candidat démocrate sur Donald Trump, officiellement investi ce lundi par les républicains pour tenter de se succéder à lui-même.

Problème, au moment de la campagne de 2016, le site spécialiste des sondages donnait 3,2 points d'avance à Hillary Clinton par rapport à l'actuel président des Etats-Unis. Alors que l'élection présidentielle prévue le 3 novembre, approche, peut-on encore faire confiance aux enquêtes d'opinion ?

L'actuelle bonne position de Joe Biden dans les sondages « peut faire croire qu'il va gagner facilement mais en réalité, ça veut tout et rien dire. On a vu par le passé que l'on pouvait gagner ce vote populaire mais perdre la présidence », explique Jean-Eric Branaa, maître de conférences à l'université Paris 2 Assas et auteur du livre « La constitution américaine et les institutions ».

La qualité trop coûteuse ?

Car en réalité, le vote pour la présidentielle américaine est indirect. Les citoyens de chaque Etat élisent des grands électeurs qui eux votent pour le président. Mais aux Etats-Unis, c'est le principe du « winner takes all, le gagnant rafle tout », poursuit Jean-Eric Branaa. Par exemple, même si seulement un peu plus de la moitié des 38 grands électeurs texans votent pour un candidat, celui-ci remporte les 38 voix de l'Etat du Texas.

Pour mieux prévoir l'élection, il faudrait donc regarder les sondages réalisés Etat par Etat. Mais il est beaucoup plus facile et moins cher pour les différents journaux qui les commandent de les demander au niveau national. « Dans les Etats, ce sont les partis au pouvoir qui les financent, ils en commandent donc moins régulièrement. Ce qui fait que bien souvent, ces sondages ne donnent pas une tendance très précise », livre Jean-Eric Branaa.

« Swing states »

Un autre facteur rend le résultat de la présidentielle américaine difficile à pronostiquer. Il s'agit des Etats clés, au sein desquels, la bataille est extrêmement serrée. Ils concentrent l'attention des experts au moment de l'élection et sont le cauchemar des instituts de sondage, car basculent tantôt dans le camp démocrate, tantôt dans le camp républicain. Un seul de ces « swing states » peut faire élire un candidat.

« En 2016, alors que les enquêtes d'opinion donnaient à Hillary Clinton 91 % de chances de l'emporter, ils n'avaient pas prévu les retournements de situation dans les trois Etats-clés de la ceinture de la rouille (NDLR, « Rust belt »), le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie », se souvient Jean-Eric Branaa. Ces états n'étaient plus sondés car considérés comme acquis pour les démocrates. « La grande leçon de 2016 c'est qu'il n'y a pas d'Etat acquis », poursuit le chercheur.

De plus, comme les médias qui ont leur ligne éditoriale, les instituts de sondage sont plus ou moins favorables à un candidat. Ainsi, les pronostics de Rasmussen ont plutôt tendance à favoriser Donald Trump, selon Jean Eric Branaa. Ce sont d'ailleurs les seuls qui affirment que la cote de popularité de l'actuel locataire de la Maison Blanche était de 51 %, vendredi 21 août, soit une dizaine de points de plus que les autres instituts.

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Il convient donc de privilégier les agrégateurs de sondages comme Real Clear Politics (RCP) et Five thirty eight, qui calculent une moyenne de tous les pronostics. Il faut aussi regarder comment ces plateformes opèrent. Ainsi, Five thirty eight donne un poids aux différents sondages en fonction de leur crédibilité, ce que ne fait pas RCP.

Enfin, rappelons que ces enquêtes ne sont pas des sciences exactes mais servent surtout à donner la tendance, la dynamique du moment.