Présidentielle américaine : au cœur de la «Trump House», là où se galvanisent ses supporters

A une semaine du scrutin, les partisans de Donald Trump viennent en masse visiter cette maison campagnarde de Pennsylvanie repeinte en 2016 aux couleurs de l’Amérique et de leur champion.

Pour trouver la Trump House, dans le comté de Westmoreland à l'ouest de la Pennsylvanie, il suffit de suivre le pick-up blanc qui arbore sur sa plate-forme des oriflammes à l'effigie de Donald Trump. Au volant, Barry Kinsey, un costaud de 66 ans, se présente comme le « garde du corps » de Leslie Rossi, déléguée républicaine locale qui édifia lors de la campagne présidentielle de 2016 ce véritable temple trumpiste, une typique maison campagnarde entièrement peinte en drapeau américain et flanquée d'une silhouette du président-candidat de 4m de hauteur, mèche orange comprise.

« On me surnomme aussi le sauveur, parce que j'ai sauvé un enfant d'un incendie à West Point en 1985 », dit Barry, « ancien pompier, ancien marshal et ancien policier militaire ». Il joue les Monsieur Loyal devant les dizaines de visiteurs qui patientent avant l'ouverture dans la froideur matinale, sans masque pour beaucoup.

VIDÉO. Une «Trump House» en Pennsylvanie pour les supporters du président-candidat

Certains sont venus en famille, comme Hawk, 49 ans, entouré de ses parents septuagénaires et de ses deux enfants qui lorgnent sur les gadgets de campagne. D'autres sont grimés aux couleurs du candidat ou de l'Amérique. « Ne vous inquiétez pas, il va gagner », tonne sous les rires et les applaudissements Barry, en achevant d'installer sur la contre-allée de petits crocodiles en plastique, affublés d'un t-shirt rouge « Votez Trump », qui claquent leurs mâchoires en s'avançant vers des photos de Biden, Obama, Hillary Clinton…

Dans la maison, sont distribués gratuitement casquettes, t-shirt, stylos et mugs./LP/Philippe de Poulpiquet
Dans la maison, sont distribués gratuitement casquettes, t-shirt, stylos et mugs./LP/Philippe de Poulpiquet  

« Asséchez le marécage de la corruption », proclame un panneau. « En entrant dans la maison, vous signez le livre d'or, recevez gratuitement les chapeaux, les t-shirts, les stylos et les mugs…, mais pas le gun flag (NDLR : un drapeau américain orné de mitraillettes) : lui vous pouvez l'acheter sur Internet pour 9 $ et 11 cents »… Les plus motivés – nombreux – peuvent aussi faire un don à la campagne Trump.

Un Etat remporté par Trump en 2016

« Depuis la présidentielle de 2016 le nombre de visiteurs a triplé, nous en avons reçu 2500 rien que la semaine dernière », se félicite Leslie Rossi, 49 ans, passionnée « de restauration de vieilles demeures et de politique ». Mais sa grande fierté, c'est de convertir des électeurs inscrits sur les listes démocrates en électeurs républicains : « 150 formulaires remplis chaque jour entre juin et mi-octobre, date de clôture des listes ! »

PODCAST. Vu de Washington : la campagne présidentielle, Donald Trump et moi

L'enjeu est de taille : à la dernière présidentielle, Trump avait créé la surprise en remportant la Pennsylvanie, un bastion démocrate, devançant Clinton de 44 000 petites voix, sur un total de 6 millions d'électeurs dans cet Etat. Ce basculement de la vieille « Penn » du « bleu » démocrate au « rouge » républicain, ajouté à celui du Michigan et du Wisconsin, autres fiefs bleus, fut décisif dans la victoire de Donald Trump. Mais à une semaine du scrutin du 3 novembre, c'est Joe Biden qui mène la course des sondages. Même ce comté de Westmoreland, trumpiste en diable, voit fleurir çà et là au-devant des maisons des panneaux « Biden-Harris » hardiment plantés par les habitants.

En photo au côté de Donald Trump, Leslie Rossi, la propriétaire de la maison./LP/Philippe de Poulpiquet
En photo au côté de Donald Trump, Leslie Rossi, la propriétaire de la maison./LP/Philippe de Poulpiquet  

A 84 ans, Ron, syndicaliste de la fonction publique à la retraite, électeur démocrate, voit pourtant en Donald Trump son « meilleur candidat et président depuis longtemps. Avec son énergie, lui seul peut relancer le pays ». « Biden ne gagnera pas, les Américains veulent un homme fort à la tête du pays, tranche Mary-Pat Rob, 56 ans, venue de Pittsburgh avec son mari policier. Trump protège la Constitution, alors que Biden rêve d'un Etat socialiste ». Socialiste, vraiment ? « Oui, il veut que tout le pays ressemble à la Californie, où tout est sale et où les gens ne respectent pas les lois… quand il y en a ». Cette retraitée de l'éducation admet que son champion se conduit parfois en « jackass » – crétin –, « mais au moins il n'a pas la langue de bois des politiciens ».

« En 47 ans de vie politique, Biden n'a jamais rien accompli, c'est juste un habile manœuvrier, accuse Kevin Thomson, comptable dans une ville voisine. La preuve, il a choisi sa colistière pour la vice-présidence, Kamala Harris, uniquement parce que c'est une femme et une personne de couleur. Mais elle est incompétente et gauchiste, s'étrangle-t-il, on ne vote pas pour une couleur de peau! » Remonté, Kevin balaie aussi les accusations de mauvaise gestion de la pandémie de Covid-19 par Trump. « Allons, dans 99 % des cas ce n'est qu'une mauvaise grippe, et on a mis l'économie par terre à cause de ça. Dès qu'il sera réélu, le président remettra tout le monde au travail ».

Parmi la petite foule, nul ne doute de la victoire de son héros. La simple évocation d'une défaite fait éclore des larmes sincères dans les yeux de Franck Peters : « S'il perd, le pays est foutu ». Chauffeur routier dans l'industrie du gaz de schiste que « Biden veut démanteler alors que Trump l'a revigorée », Franck, 65 ans, à la retraite depuis quatre mois, vient à la Trump House en voisin « presque tous les jours » afin de se galvaniser face « aux racontars des médias ». Il fait aussi des selfies avec des visiteurs qui s'extasient devant Sheldon, son pitbull revêtu du t-shirt rouge pro-Trump.

Tout de même, s'il était battu, ses partisans pourraient recourir à la violence ? « Encore des bullshits (conner…) de journalistes, s'emporte Kevin, le comptable. Les violences, elles viennent des antifa et des ultras de la mouvance soi-disant antiraciste, ce sont eux qui mettent le feu aux cités. Dans son prochain mandat, Trump devra frapper fort pour ramener la loi et l'ordre dans tous les points chauds d'Amérique ». « Il faut y déployer les militaires de la Garde nationale », renchérit une voisine.

Franck vient à la Trump House en voisin « presque tous les jours » afin de se galvaniser face « aux racontars des médias »./LP/Philippe de Poulpiquet
Franck vient à la Trump House en voisin « presque tous les jours » afin de se galvaniser face « aux racontars des médias »./LP/Philippe de Poulpiquet  

« C'est fou l'énergie de tous ces gens, ça donne du courage », sourit Kerry Mariano, 49 ans, qui a roulé depuis la Virginie occidentale avec son mari, et dormi dans un hôtel proche pour arriver parmi les premiers. Cette photographe spécialiste d'immobilier croit aussi la défaite impossible : « Un homme d'affaires et d'entreprise, pas un politicien professionnel, c'est ce qu'il nous faut ».

Leslie Rossi, élancée dans un tailleur léger malgré le froid, est fort applaudie à son arrivée. Sa plus belle récompense, c'est Donald Trump qui la lui a donnée en l'invitant à la Maison-Blanche, en août dernier, pour son discours d'investiture comme candidat républicain. « Là, il m'a pointée du doigt et m'a lancé : c'est vraiment vous la Leslie Rossi ? ».