Trump, Bolsonaro... les populistes résistent-ils au coronavirus ?

Au début de la crise sanitaire, l’épidémie a durement malmené les populistes au pouvoir, et marginalisé ceux de l’opposition. En cette deuxième phase, tous semblent retrouver la santé. Explications.

 Donald Trump tente toujours de polariser l’opinion avant les élections. « La crise économique et le désespoir social peuvent nourrir le populisme durablement », estime le politologue Dominique Moïsi.
Donald Trump tente toujours de polariser l’opinion avant les élections. « La crise économique et le désespoir social peuvent nourrir le populisme durablement », estime le politologue Dominique Moïsi. REUTERS/Tom Brenner

La science n'est pas la seule à attraper des maux de tête face à l'imprévisibilité du Covid-19. Sur le front politique aussi, la pandémie déjoue les pronostics et fait tourner en bourrique les analystes. Dans les premiers temps de la crise, les dirigeants populistes tendance dure (Donald Trump, Jair Bolsonaro) ou « light » (Boris Johnson) ont rapidement bu la tasse. Déni total devant la dangerosité du virus, gestion erratique et même calamiteuse de la situation, déclarations à l'emporte-pièce et souvent contradictoires…

Tout cela s'est fracassé sur la loi brutale du virus : 200 000 morts recensés aux Etats-Unis, près de 140 000 au Brésil, le deuxième pays le plus endeuillé de la planète. Au Royaume-Uni, « Bojo » a d'abord semblé prendre la menace à la légère avant de se raviser à mesure qu'enflait la vague outre-Manche. Laquelle lui a d'ailleurs valu plusieurs jours d'hospitalisation en avril.

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Ce n'était clairement plus une « mauvaise » ou « petite » grippe », comme ces populistes l'ont trop vite qualifiée. Même pour des politiques passés maîtres dans l'art de se jouer des réalités, le coup a été rude. « Leur propension à déformer les faits pour servir leur intérêt ne leur a pas permis de se soustraire aux statistiques », souligne la politologue Catherine Fieschi, directrice, à Londres, du Counterpoint, un cabinet de recherches et de conseils en géopolitique. « Pendant la phase aiguë de cette crise sanitaire, très technique, la parole était aux experts, à la raison scientifique. Clairement pas le terrain de prédilection des tribuns de Washington, de Brasilia et d'ailleurs », poursuit cette spécialiste des populismes.

« Des caméléons capables de retomber sur leurs pattes »

Les mêmes, désormais, semblent redresser la tête. Au Brésil particulièrement, où la « remontada » dans les sondages du président Bolsonaro, qu'on avait cru laminé par la crise sanitaire, a été spectaculaire au mois d'août. Par quel sortilège? D'abord sous l'effet d'une loi naturelle, qui les a empêchés de dévisser quand tout allait mal : « Lorsque les temps se durcissent, les opinions font globalement bloc autour de leur dirigeant. Ils sont en quête d'une certaine stabilité », analyse Catherine Fieschi.

« On a peut-être trop vite pensé que le coronavirus allait être un révélateur de l'incompétence des populistes au pouvoir », estime Dominique Moïsi, conseiller spécial de l'Institut Montaigne. Mais pour le populisme en tant que courant politique, la poursuite de la pandémie risque au contraire de les renforcer : la crise économique et le désespoir social peuvent le nourrir durablement », poursuit le politologue, qui a enseigné à Harvard et à l'ENA.

On peut aisément le comprendre pour les populistes de l'opposition, quand viendra le temps malheureusement inévitable des faillites et des plans de licenciement. Ce n'est manifestement pas encore celui de Matteo Salvini, le leader de la Lega d'extrême droite en Italie, qui espérait un retour fracassant au premier plan avec les élections du week-end en Italie. Raté pour cette fois.

Le test de l'élection américaine

Plus surprenant, le durcissement du climat économique peut s'avérer positif pour ceux qui tiennent les manettes. Comme le dit Catherine Fieschi, « les populistes, pour peu qu'ils soient talentueux, sont des caméléons, capables de retomber toujours sur leurs pattes. Ils peuvent se servir de n'importe quelle crise pour créer un fossé avec les autres ». Trump, mis en difficulté, a ainsi pointé un doigt accusateur sur le « virus chinois ». Johnson a décidé il y a quelques jours de durcir le ton avec l'Union européenne.

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Les populistes jouent à fond ce qui fait leur succès : la polarisation des opinions. C'est le pari tenté et visiblement réussi par Trump, dont l'électorat soutient à près de 90 % sa gestion de la pandémie. « Encore une fois, les dirigeants populistes montrent leur capacité à galvaniser leurs troupes, à s'appuyer sur leur noyau dur, observe Dominique Moïsi. Face à eux, les oppositions ont du mal à faire front de façon unie. »

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L'élection américaine du 3 novembre sera assurément un test crucial pour la résistance des populistes au Covid. Bon point pour le milliardaire : le chômage est repassé sous la barre des 10 %, et l'économie repart. Si l'épidémie reste l'enjeu majeur du scrutin, alors Trump a du souci à se faire, selon les deux experts. « Dans un monde rationnel, sa gestion catastrophique de l'épidémie le disqualifierait d'emblée », soupire Catherine Fieschi. « « Si c'est l'économie qui domine en novembre, alors Trump a ses chances », poursuit Moïsi. Alors, pour qui vote le Covid? « Je crois qu'il est neutre », sourit Moïsi.