Plan de relance européen : la Hongrie et la Pologne menacent de tout faire capoter

Les deux pays menacent d’opposer un veto au plan massif de l’UE, laquelle exige que chacun des 27 pays bénéficiaires respecte l’Etat de droit. A l’avant-veille du sommet européen, vont-ils tout bloquer ?

 Les chefs des gouvernements hongrois et polonais, Viktor Orban et Andrzej Duda, refusent un plan de relance qui restreindrait leur autoritarisme.
Les chefs des gouvernements hongrois et polonais, Viktor Orban et Andrzej Duda, refusent un plan de relance qui restreindrait leur autoritarisme. Reuters/Johanna Geron/Valentyn Ogirenko

Le massif plan de relance européen conclu à l'arraché lors d'un sommet marathon en juillet à Bruxelles va-t-il vraiment voir le jour? Si la question se pose, c'est qu'avant de débourser les 400 milliards d'euros de subventions et d'engager les 390 milliards de prêts - des emprunts quasi indolores, puisque la dette sera pour la première fois partagée à 27 -, l'UE doit valider chaque plan de relance national.

La France, qui attend ainsi 40 milliards de l'Europe pour alimenter son propre plan de 100 milliards, se prêtera comme ses partenaires à l'exercice, à partir de ce jeudi 15 octobre. Mais avant même que les discussions ne démarrent, les bisbilles et menaces de blocage apparaissent. Au point que le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a mis en garde les pays menaçant d'enrayer la machine alors que le regain de la pandémie plombe la relance économique.

Kaszynski et Orban veulent garder le contrôle

Dans le viseur, la Pologne et la Hongrie. Ces deux Etats rejettent en effet la « conditionnalité » entre le versement des fonds et le respect, par les membres bénéficiaires, de l'Etat de droit. Depuis plusieurs années déjà, ces « démocraties illibérales » foulent aux pieds les valeurs européennes, par leurs atteintes au système judiciaire, aux libertés des médias, au pluralisme politique, etc.

C'est notamment la pression du Parlement européen, plus volontariste que la Commission ou le Conseil (club des 27 chefs d'Etat et de gouvernement) en matière de respect des droits de l'homme, qui avait abouti à cette conditionnalité. Le vice-Premier ministre polonais Jaroslaw Kaczynski dénonce un « chantage » et menace, appuyé par le Hongrois Viktor Orban, de mettre un veto au plan de relance.

A deux jours du prochain sommet européen, jeudi, l'Elysée veut rester optimiste. « Je ne crois pas à un blocage durable, ceux qui pourraient bloquer sont aussi ceux qui ont intérêt à bénéficier du plan », analyse un diplomate.

Reste une question : face à l'urgence de la crise liée au Covid-19, l'Europe ne pourrait-elle pas avancer à 25, voire moins, sans se laisser entraver par les récalcitrants? Une Europe à géométrie variable sur ce thème n'est « pas envisageable », balaie le diplomate. Un tel plan, « historique » par son ampleur et avec son principe de mutualisation de la dette, doit faire réaliser à tous que « l'Europe est un projet politique ». Autrement dit, pas un supermarché où on vient se servir à la carte.

Jeudi, à Bruxelles, la chancelière Angela Merkel, qui assure la présidence semestrielle de l'UE, devrait proposer un compromis pour avancer. Objectif : tout boucler, y compris la ratification du plan par chacun des 27 Parlements nationaux, d'ici au 1er janvier 2021. Afin que l'argent arrive concrètement.