Méditerranée orientale : l’UE donne trois mois à la Turquie pour «stopper les provocations»

Les dirigeants de l’Union ont mis en balance l’union douanière pour qu’Ankara cesse ses forages illégaux dans les eaux territoriales de Chypre et celles revendiquées par la Grèce.

 Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a appelé fermement la Turquie au dialogue.
Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, a appelé fermement la Turquie au dialogue. AFP/Pool/Francisco Seco

Il a fallu sept heures de « discussions passionnées ». Mais jeudi soir, tard, au terme de longs débats, Chypre a obtenu des autres dirigeants de l'Union européenne une position ferme contre les violations des eaux territoriales chypriotes par la Turquie.

On le savait, vis-à-vis de son féroce voisin, l'UE peine à faire front commun. « Certains Etats sont très réticents quand il s'agit de tracer des lignes rouges pour la Turquie, c'est pourquoi les discussions ont pris aussi longtemps », a révélé le chancelier autrichien Sebastian Kurz.

Le conflit en Méditerranée orientale qui oppose depuis longtemps la Turquie, la Grèce et Chypre, a connu un fort regain de tensions cet été quand Ankara a envoyé un navire sismique de reconnaissance, probablement à la recherche de gisements d'hydrocarbures. L'UE a choisi d'adopter une double approche vis-à-vis de la Turquie : améliorer certaines coopérations et relancer l'union douanière mais à condition que la Turquie cesse ses forages illégaux dans les eaux de Chypre, a expliqué Charles Michel. Il a précisé que les dirigeants européens s'étaient donnés « jusqu'à la fin de l'année » pour juger des progrès réalisés.

« L'UE utilisera tous les instruments et options disponibles »

Ce dialogue « ne fonctionnera que si les provocations et les pressions cessent ». « Nous attendons donc de la Turquie qu'elle s'abstienne dorénavant de toute action unilatérale. En cas de nouvelles actions de la part d'Ankara, l'UE utilisera tous les instruments et options disponibles », a averti Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. La Commission a été chargée d'élaborer des sanctions économiques et elles sont prêtes à être « utilisées immédiatement », a-t-elle précisé.

« La solidarité à l'égard de la Grèce et de Chypre […] est non négociable », avait prévenu Emmanuel Macron, de plus en plus « diplomator » et aux relations notoirement mauvaises avec le président Erdogan.

L'Allemagne tente, elle, de rester diplomate : « l'Union européenne a beaucoup d'intérêt à développer une relation réellement constructive avec la Turquie, malgré toutes les difficultés », avait fait valoir la chancelière allemande Angela Merkel, souhaitant « une nouvelle dynamique ».

Signe d'une volonté d'apaisement de la part d'Ankara, un accord a été trouvé jeudi à l'Otan entre la Grèce et la Turquie sur un mécanisme pour éviter les conflits et le président Erdogan s'est dit déterminé « à maintenir les voies du dialogue ouvertes » avec l'UE.

Reste à voir si, en s'impliquant dans le conflit au Karabakh, un territoire azerbaïdjanais séparatiste soutenu par l'Arménie et théâtre d'affrontements meurtriers, la Turquie ne vient pas se contredire.