Liban : Lokman Slim, un intellectuel critique du Hezbollah, tué par balles

L’homme de 58 ans a été retrouvé assassiné dans sa voiture dans le sud du Liban. Sa disparition avait été signalée mercredi soir.

 Le militant et intellectuel libanais Lokman Slim a été retrouvé mort dans sa voiture au sud du Liban.
Le militant et intellectuel libanais Lokman Slim a été retrouvé mort dans sa voiture au sud du Liban.  AFP/various sources/HO

Ses proches ont d'abord cru à un kidnapping. C'était un assassinat. Le militant et intellectuel libanais Lokman Slim, connu pour ses positions critiques envers le mouvement chiite Hezbollah, a été retrouvé mort jeudi dans sa voiture dans la région d'Al-Adoussiyeh, au sud du pays, tué par balles.

Ce chercheur et essayiste de confession chiite, engagé en faveur de la laïcité et de la démocratie et fervent opposant au confessionnalisme qui mine la politique libanaise, avait indiqué par le passé avoir reçu des menaces en raison de ses positions hostiles au Hezbollah.

L'épouse de Slim, Monika Borgmann, et sa sœurn Rasha al-Ameern avaient signalé sa disparition mercredi soir. Il était censé revenir à Beyrouth, où il habite, après avoir rendu visite à un ami dans le sud du Liban, bastion du mouvement chiite. Le médecin légiste a établi qu'il avait reçu cinq balles dans la tête et une dans le dos, évaluant l'heure du décès aux alentours de 2 heures jeudi (1h du matin heure française).

Avant l'annonce du décès, Rasha al-Ameer avait évoqué un kidnapping. « Il avait une position (politique). Pour quelle autre raison pourrait-il avoir été kidnappé ? », relevait-elle, sans nommer le Hezbollah.

La France condamne « avec la plus grande fermeté »

Dans un bref communiqué publié jeudi soir, le Hezbollah a condamné le meurtre et appelé les « appareils judiciaires et de sécurité à agir rapidement pour découvrir et punir les coupables ».

Sur les réseaux sociaux, les hommages ont afflué tandis que la France a condamné « avec la plus grande fermeté » l'assassinat « odieux » de ce francophone et francophile, appelant « à ce que les faits soient clairement établis », selon la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères.

L'ambassadrice des Etats-Unis, Dorothy Shea, a fustigé dans un communiqué une « attaque lâche contre les principes de la démocratie, de la liberté d'expression ».

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

L'organisation Human Rights Watch a salué en Slim un « défenseur infatigable […] pour un Liban juste et démocratique », appelant à une enquête indépendante pour « renverser la culture de l'impunité pour les crimes graves qui continuent depuis la guerre civile ».

Le chercheur, qui a notamment étudié la philosophie à Paris, a beaucoup travaillé sur les problématiques de la mémoire, de la réconciliation et sur la question des disparus après la guerre civile libanaise (1975-1990), à travers son organisation, Umam-DR. Son meurtre n'est pas sans rappeler l'assassinat de l'historien et intellectuel Samir Kassir, tué en 2005 à Beyrouth.

Souvent attaqué par la presse pro-Hezbollah

Lokman Slim, qui rencontrait parfois de hauts responsables américains de passage à Beyrouth, a souvent été attaqué par la presse pro-Hezbollah pour des positions jugées favorables aux Etats-Unis.

Habitué des plateaux de télévision, il dénonçait également le monopole politique des deux poids lourds chiites au sein de la communauté, le Hezbollah - seule faction à ne pas avoir démantelé son arsenal militaire après la guerre civile - et Amal.

Slim avait fustigé en décembre 2019 les dirigeants de ces deux mouvements, après deux rassemblements pour le « menacer » devant son domicile dans la banlieue de Beyrouth. « Par précaution en cas d'atteinte, verbale ou physique, à venir, contre moi, mon épouse, ma maison ou mes proches, je fais porter l'entière responsabilité […] de ce qui s'est passé, et de ce qu'il pourrait se passer à Hassan Nasrallah et Nabih Berri », avait-il écrit dans un communiqué, faisant référence aux chefs respectifs du Hezbollah et du parti Amal, également président du Parlement. Il avait notamment évoqué des affiches collées sur sa maison l'accusant d'être un traître.