L’Azerbaïdjan frappe en Arménie : le conflit s’intensifie encore

Arbitres de ce conflit, Russie et Turquie appellent à des « efforts solidaires pour mettre fin le plus rapidement au bain de sang », alors que la trêve n’a pas été respectée jusqu’à présent.

 Proche du front, le petit village de Bakharly, en territoire azerbaïdjanais, était soumis mercredi à un déluge de feu.
Proche du front, le petit village de Bakharly, en territoire azerbaïdjanais, était soumis mercredi à un déluge de feu.  AFP/Bulent Kilic.

Ce serait une première qui pourrait augurer une escalade du conflit dans la région séparatiste du Haut-Karabakh : l'Azerbaïdjan a annoncé mercredi avoir frappé des sites de lancement de missiles sur le territoire arménien.

Les autorités d'Erevan ont confirmé les frappes sur leur sol mais démenti toute volonté de viser des zones civiles en Azerbaïdjan. Toutefois, l'Arménie « se réserve maintenant le droit de cibler toute installation militaire et tout mouvement de combat sur le territoire azéri. »

Le Haut-Karabakh est au centre d'un conflit entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan qui ne date pas d'hier. Majoritairement peuplé d'Arméniens, ce territoire a fait sécession peu avant la dislocation de l'URSS, entraînant une guerre ayant fait 30 000 morts et des centaines de milliers de réfugiés des deux camps dans les années 1990.

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L'armée azérie gagne du terrain. Depuis le début des violences, chaque camp assure infliger de graves revers à l'autre. Toutefois, le président du Haut-Karabakh, Araïk Haroutiounian, et le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, ont reconnu mercredi que les troupes séparatistes avaient reculé au nord et au sud de la ligne de front. L'armée arménienne a accusé l'Azerbaïdjan de « chercher à élargir la géographie du conflit en attaquant le territoire souverain de l'Arménie ».

Un cessez-le-feu resté lettre morte. Pour le cinquième jour consécutif, et malgré les appels appuyés de Moscou comme des Occidentaux, le cessez-le-feu négocié en Russie censé être en vigueur depuis samedi est resté lettre morte.

Les belligérants se rejettent la responsabilité de ces nouvelles hostilités qui ont fait plus de 600 morts, selon des bilans partiels qui pourraient être bien plus lourds, l'Azerbaïdjan ne communiquant pas les décès parmi ses troupes. Côté séparatiste, la capitale Stepanakert était pour sa part calme mercredi. Avant le cessez-le-feu signé samedi, cette ville de quelque 55 000 habitants était touchée par des bombardements réguliers qui ont fait fuir la majorité des habitants.

Poutine et Erdogan appellent à des « efforts solidaires » pour la paix. Lors de leur premier entretien téléphonique depuis la reprise de ces hostilités fin septembre, le Russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan sont convenu de « l'urgente nécessité d'efforts solidaires pour mettre fin le plus rapidement au bain de sang » dans ce conflit, selon la présidence russe.

La Turquie, qui a pris fait et cause pour l'Azerbaïdjan depuis le début des derniers affrontements le 27 septembre, et la Russie, qui est engagée dans une alliance militaire avec l'Arménie, sont les arbitres du conflit. Outre une potentielle crise humanitaire, la crainte de la communauté internationale est de voir ce conflit s'internationaliser, la Turquie étant en outre accusée d'avoir envoyé des combattants pro turcs de Syrie se battre aux côtés des Azerbaïdjanais. Mercredi, le président Erdogan a démenti leur présence.

Dix tonnes d'aide humanitaire sont parties de Lyon. Un avion chargé de dix tonnes d'aide humanitaire destinées aux Arméniens sinistrés a décollé mercredi de Lyon à l'initiative du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF). Le chargement est composé de médicaments et matériel médical ainsi que de matériel de survie (groupes électrogènes, sacs de couchage, couvertures de survie, vêtements chauds). Il s'agit exclusivement de dons collectés par le CCAF Centre, avec l'aide de bénévoles.

La région Auvergne Rhône-Alpes a financé le vol et pourrait faire voter cette semaine le financement d'un second qui pourrait décoller dans les semaines à venir. Selon le CCAF Centre, deux autres appareils remplis d'aide humanitaire sont partis ces derniers jours vers Erevan.