Kirghizistan : le siège du pouvoir envahi, l'ancien président libéré, les élections annulées

Les manifestants dénoncent des achats de voix lors du scrutin législatif organisé dimanche. Les heurts ont fait un mort.

 Bichkek (Kirghizizstan), le 5 octobre. Des manifestants escladent les grilles du siège du gouvernement.
Bichkek (Kirghizizstan), le 5 octobre. Des manifestants escladent les grilles du siège du gouvernement.  REUTERS/Vladimir Pirogov

Les manifestants de Bichkek ont gagné une première bataille ce mardi. Dans la nuit, ils avaient envahi le siège du pouvoir dans la capitale du Kirghizistan pour contester les résultats des élections législatives de dimanche.

Quelques heures plus tard, la commission électorale a finalement annulé les résultats du scrutin. «Les résultats des élections législatives qui ont eu lieu le 4 octobre 2020 ont été déclarées aujourd'hui invalidées», explique-t-elle.

Les heurts ont fait un mort ce mardi, le ministère de la Santé a fait savoir que la victime portait des vêtements civils. Dans la nuit, les manifestants ont libéré de prison l'ancien président, Almazbek Atambaïev. Ils réclament la démission du président Sooronbay Jeenbekov et la tenue de nouvelles législatives.

Des accusations de fraudes, notamment d'achats de voix, ont terni les élections de dimanche. Le chef de la mission de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) venue observer le scrutin, Thomas Boserup, avait jugé que les élections se sont «bien déroulées dans l'ensemble» mais que «des allégations crédibles d'achats de voix suscitent une inquiétude sérieuse».

«Personne n'essayait de protéger l'ancien président»

La cellule de l'ancien président, qui purgeait une peine de onze ans de prison et est un ancien protégé de l'actuel président, se trouvait dans le bâtiment du Comité pour la sécurité nationale. Un témoin ayant participé à l'entrée dans le Parlement mais ayant requis l'anonymat a indiqué que les protestataires ont forcé un passage. «Personne n'essayait de le protéger lorsque la foule est entrée.» «Nous nous sommes arrêtés, nous avons chanté l'hymne national et nous sommes entrés dans le bâtiment sans rencontrer de résistance», a-t-il ajouté, précisant que seuls quelques «agents techniques» se trouvaient à l'intérieur et se sont rapidement retirés.

Des photos publiées par le service kirghiz de Radio Free Europe, une radio financée par les Etats-Unis, ont montré des manifestants déambulant dans le principal centre du pouvoir.

Le président Sooronbay Jeenbekov a cependant fait savoir ce mardi matin qu'il «contrôle la situation » et exprime sa « confiance » sur le fait que « les forces politiques vont placer l'intérêt du pays au-dessus des leurs».

Lundi, au moins 120 personnes avaient été hospitalisées à Bichkek après des heurts entre la police et des manifestants qui contestaient les résultats des élections législatives dominées par deux partis proches du pouvoir. La moitié des blessés font partie des forces de l'ordre.

La manifestation avait été organisée à l'appel de cinq partis politiques qui ont échoué à atteindre le seuil de 7% nécessaire pour entrer au Parlement. Pour tenter d'apaiser les tensions, le bureau de Sooronbay Jeenbekov a annoncé lundi soir que le président de 61 ans, élu en 2017, rencontrerait ce mardi les dirigeants de 16 partis ayant participé au scrutin. Le parti pro-présidentiel Birimdik, arrivé en tête avec 25% des voix, a annoncé qu'il accepte l'idée d'une nouvelle élection, appelant tous les autres partis ayant dépassé les 7% à faire de même.

Un îlot démocratique au milieu de pays autoritaires

Birimdik et le parti Mekenim Kirghizstan, tous deux pro-Jeenbekov et favorables à une intégration renforcée de Bichkek au sein de l'Union économique eurasiatique promue par la Russie, sont au coude à coude avec environ un quart des voix.

Les heurts se sont poursuivis dans la nuit dans les rues environnant la place Ala-Too. Selon de nombreux témoins, les boutiques du centre-ville ont retiré leurs produits des étals, par peur de possibles pillages. Cette place a été le point de départ de deux révolutions en 2005 et 2010 qui ont renversé successivement deux présidents autoritaires.

Entouré de régimes autoritaires, le Kirghizistan, pays pauvre et montagneux, fait figure d'exception démocratique en Asie centrale, même si les transitions politiques ont toujours été houleuses.