Italie : Mario Draghi présente son gouvernement d’union nationale

Le nouveau président du Conseil italien, qui prêtera serment ce samedi, a mêlé technocrates et politiques, choisissant des personnalités compétentes dans tous les partis qui l’ont soutenu, et évitant la plupart des leaders.

Mario Draghi sort  vendredi du palais présidentiel du Quirinal à Rome.
Mario Draghi sort vendredi du palais présidentiel du Quirinal à Rome. FILIPPO MONTEFORTE

Après s’être assuré une large majorité parlementaire, Mario Draghi a pris les rênes de l’Italie et présenté un gouvernement hétéroclite qui doit sortir le pays de la crise politique doublée de la pandémie de Covid-19, avec plus de 92 000 morts pour plus de 2,6 millions de cas.

Ancien vice-président de Goldman Sachs pour l’Europe, avant de diriger la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi a été choisi par le président de la République Sergio Mattarella pour succéder à Giuseppe Conte, contraint à la démission après l’éclatement de sa coalition.

Le nouveau président italien du Conseil a choisi un homme de confiance, Daniele Franco, pour le ministère-clé de l’Economie. Agé de 67 ans, considéré comme l’un des meilleurs experts des finances publiques de la péninsule, ce dernier a fait l’essentiel de sa carrière au sein de la Banque d’Italie, dont Mario Draghi était gouverneur, jusqu’à en devenir le numéro deux début 2020.

Mario Draghi a cependant joué la continuité sur plusieurs autres postes importants : il a ainsi confirmé Luigi Di Maio, haut responsable du Mouvement populiste 5 Etoiles (M5S), au poste de ministre des Affaires étrangères, la technocrate Luciana Lamorgese au poste de ministre de l’Intérieur et Roberto Speranza, du petit parti de gauche LEU, au poste de ministre de la Santé.

Un « super-ministère » de la Transition écologique

Mario Draghi a annoncé également la prochaine création d’un « super-ministère » de la Transition écologique qui sera dirigé par un physicien de renom, Roberto Cingolani, responsable depuis septembre 2019 de l’innovation technologique chez le géant italien de l’aéronautique Leonardo. Surnommé « Super Mario » pour son rôle dans la crise de la dette de la zone euro en 2012, l’ancien banquier prêtera serment samedi, puis demandera la confiance du Parlement en début de semaine.

Depuis que Sergio Mattarella avait fait appel à lui le 3 février, Mario Draghi a mené des entretiens tous azimuts avec les partis politiques représentés au parlement, qui lui ont permis de former un attelage hétéroclite allant du Parti démocrate (PD, centre gauche) à la Ligue d’extrême droite de Matteo Salvini en passant par le parti de droite Forza Italia de Silvio Berlusconi. Le ministère du Développement économique, un ministère ayant un grand poids, revient à Giancarlo Giorgetti, l’éminence grise de Salvini.

Jeudi, in extremis, l’inclassable Mouvement 5 Etoiles (M5S), antisystème jusqu’à son arrivée au pouvoir, avait donné lui aussi son feu vert, faisant ainsi tomber le dernier obstacle à un gouvernement d’union nationale. Les difficultés ne font cependant que commencer pour cet Italien affable de 73 ans réputé pour sa discrétion, son sérieux et sa détermination.

Priorité à la vaccination

L’Italie, qui approche de la barre des 100 000 morts dus au Covid, a enregistré en 2020 l’une des pires chutes du PIB de la zone euro, avec un plongeon de 8,9 %. La troisième économie de la zone compte beaucoup sur la manne de plus de 200 milliards de fonds européens, conditionnée à la présentation à Bruxelles d’ici fin avril d’un plan détaillé de dépenses.

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« Mais il ne suffit pas de dépenser les fonds. La Commission européenne s’attend à ce que les dépenses aillent de pair avec les réformes », selon une analyse du Centre pour une réforme européenne (CER). En tête des priorités figure aussi l’accélération de la campagne vaccinale, affectée comme dans les autres pays européens par des lenteurs d’approvisionnement. Seulement 1,2 million d’Italiens sur 60 millions ont été vaccinés.

D’autres chantiers restés en plan depuis des décennies attendent Mario Draghi sur son bureau à Palazzo Chigi, siège du gouvernement en plein centre de Rome : remédier à la lenteur de la justice, s’attaquer à la bureaucratie en rendant l’administration plus efficace, et lancer la transition écologique, qui sera coordonnée par un ministère à part entière, le premier du genre en Italie.

Même s’il bénéficie pour l’instant de son aura de « sauveur de la nation », cet homme aux cheveux poivre et sel formé chez les jésuites, dont l’arrivée a réjoui les marchés financiers, devra faire preuve de beaucoup d’habileté pour rester en selle sur le long terme face à des partis politiques qui devraient s’agiter de plus en plus à l’approche des prochaines élections, prévues en 2023.

« En politique, comme dans la nature, il y a des cycles : lune de miel, sommet, déclin. Même Draghi ne peut pas défier cette loi », avertit le site d’analyse politique Policy Sonar. « Maintenant il est dans la phase lune de miel et personne n’osera le défier dans les prochains mois », rassure-t-il toutefois. Mais « le fait que son gouvernement dépende du soutien d’un groupe de partis politiques aussi disparates limitera probablement sa marge de manœuvre et rendra difficile l’émergence d’un consensus », selon le CER.