Irak: Erbil visée par des tirs de roquette, les Etats-Unis «demanderont des comptes»

Un homme a été tué et neuf personnes, dont une de nationalité turque, ont été blessées. L’attaque a été revendiquée par une faction chiite récemment créée, qui pourrait cacher l’action de groupes pro-iraniens.

Irak: Erbil visée par des tirs de roquette, les Etats-Unis «demanderont des comptes»

L’attaque la plus grave depuis près d’un an. Une salve de roquettes a frappé lundi soir une base aérienne dans le Kurdistan irakien, au nord du pays, tuant une personne, a déploré la coalition menée par les Etats-Unis.

Vers 21h30, heure locale (19h30, heure française), des roquettes ont été tirées vers Erbil, la capitale de cette région autonome du nord de l’Irak, où le pape François doit se rendre début mars pour y célébrer une messe. Selon le colonel Wayne Marotto, porte-parole de la coalition menée par les Etats-Unis, qui s’exprimait ce mardi matin, quatorze roquettes ont visé l’aéroport d’Erbil. Quatre ont atteint la base aérienne sur laquelle des troupes américaines sont stationnées, à côté de l’aéroport civil. Un homme, entrepreneur civil, a été tué. Deux autres roquettes sont tombées sur des zones résidentielles à la périphérie de la ville, à 2 km de l’aéroport.

Delovan Jalal, responsable du département de la Santé d’Erbil, a indiqué à l’AFP qu’au moins cinq civils avaient été blessés, dont un se trouvait dans un état critique. Le colonel Marotto, affirme, lui, qu’il y a neuf blessés, dont un militaire américain. Il y aurait également un Turc parmi les civils, sans qu’on sache pour l’instant s’il s’agit de l’homme dans un état critique.

Le fait d’un groupe chiite récemment formé ?

C’est la première fois depuis près de deux mois que de tels tirs prennent pour cible des installations militaires ou diplomatiques occidentales en Irak. L’attaque a été revendiquée en ligne par un groupe peu connu qui se fait appeler Awliyaa al-Dam ou « Guardians of Blood », les « Gardiens du sang ». Il s’agit selon Al-Jazira d’un groupe chiite récemment formé. Les responsables de la sécurité américains et irakiens pensent qu’il s’agit d’un énième groupe de façade cachant des factions pro-iraniennes de premier plan, notamment Kataib Hezbollah et Asaib Ahl al-Haq.

« Nous sommes indignés par l’attaque aux roquettes d’aujourd’hui », a réagi le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken. « J’ai contacté le Premier ministre du gouvernement régional kurde Masrour Barzani pour parler de l’incident et je l’ai assuré de tout notre soutien pour enquêter et demander des comptes aux responsables », a-t-il dit.

« Le Premier ministre Barzani a qualifié cette attaque de lâche et a exhorté le secrétaire d’État Blinken à soutenir le gouvernement régional du Kurdistan et le gouvernement fédéral dans l’enquête conjointe visant à identifier et à traduire en justice les auteurs de cet acte. Ils ont convenu de rester en contact étroit à cet égard », a de son côté annoncé le chef du gouvernement dans un communiqué.

Le gouvernement central de Bagdad va former un comité avec le gouvernement régional du Kurdistan pour enquêter sur l’attaque, il pense que les roquettes ont été lancées depuis une zone qui n’est pas sous le contrôle des Kurdes. Deux sources dans le domaine du renseignement ont précisé à l’AFP que les roquettes avaient été lancées depuis l’intérieur de la région autonome. Par sécurité, le ministère de l’Intérieur du Kurdistan a appelé les civils à rester chez eux jusqu’à nouvel ordre.

Des tensions croissantes

Des installations militaires et diplomatiques occidentales ont été prises pour cibles en Irak depuis l’automne 2019 par des dizaines de roquettes ainsi que par des attaques à la bombe sur le réseau routier, mais la plupart de ces actions étaient menées à Bagdad. Des missiles iraniens avaient toutefois été tirés vers l’aéroport d’Erbil en janvier 2020, quelques jours après la mort du général iranien Qassem Soleimani, frappé par un drone américain à Bagdad, sur ordre de Donald Trump. Ce « fait d’armes » a failli basculer en conflit ouvert entre l’Iran et les Etats-Unis. Par la suite, l’ambassade américaine dans la « zone verte » au sein de la capitale irakienne a aussi été visée.

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En octobre dernier, Washington avait menacé de fermer son ambassade si ces attaques ne cessaient pas. Après cela, plusieurs factions irakiennes pro-Iran ont accepté une trêve négociée sous l’égide du gouvernement irakien. Les tirs de roquettes se sont quasiment arrêtés. Les tirs de lundi se sont produits dans un contexte de tensions croissantes dans le nord de l’Irak, où la Turquie voisine mène des combats intenses contre le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qualifié de « terroriste » par Ankara. Ils s’inscrivent aussi dans la mise en place de nouvelles relations entre l’administration Biden et les interlocuteurs qui pourraient ramener l’Iran à la table des négociations pour reprendre les accords sur son armement nucléaire.