Haut-Karabakh : Arménie et Azerbaïdjan s’accusent d’avoir violé la nouvelle trêve

Les deux parties affirment avoir été ciblées par des tirs d’artilleries quelques heures après le début du cessez-le-feu, entré en vigueur samedi soir à minuit.

 Ganja (Azerbaïdjan), le 18 octobre 2020. Regibe Guluyeva, 67 ans, sur les ruines de sa maison, qui a été touchée par une roquette.
Ganja (Azerbaïdjan), le 18 octobre 2020. Regibe Guluyeva, 67 ans, sur les ruines de sa maison, qui a été touchée par une roquette. REUTERS/Umit Bektas

Le cessez-le-feu n'aura tenu que quelques heures. L'Azerbaïdjan et l'Arménie se rejetaient ce dimanche la responsabilité de la violation d'une nouvelle « trêve humanitaire » entrée en vigueur à minuit dans le Nagorny Karabakh, une semaine après un premier cessez-le-feu conclu mais jamais respecté.

Le ministère de la Défense azerbaïdjanais a affirmé que les forces arméniennes avaient rompu de « manière flagrante le nouvel accord », dénonçant des tirs d'artillerie ennemis et des attaques matinales le long du front. Un porte-parole, Anar Eïvazov, a précisé que des attaques séparatistes visant quatre localités (Agdere, Fizouli, Hadrout, Djebrail) avaient été repoussées.

Plus tôt, la porte-parole du ministère arménien de la Défense, Chouchan Stepanian, a quant à elle rapporté des tirs d'artillerie et de roquettes azerbaïdjanais au nord et au sud du front, durant les trois heures ayant suivi le début de la trêve. L'armée du Nagorny Karabakh a également fait état d'une attaque ennemie le matin dans le sud, faisant part « de pertes et blessés des deux côtés ». « Mais les infrastructures civiles et les habitations n'ont pas été visées par des tirs. »

Haut-Karabakh : Arménie et Azerbaïdjan s’accusent d’avoir violé la nouvelle trêve

Le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, a annoncé la conquête d'un pont dans le village de Khoudaferin, au sud, à la frontière avec l'Iran. Sur Twitter, il a posté une vidéo montrant des soldats au garde-à-vous devant un pont en pierre sur lequel flottait le drapeau azerbaïdjanais.

L'Azerbaïdjan a obtenu des gains territoriaux ces trois dernières semaines sans pour autant remporter de bataille décisive. Bakou n'a pas jusqu'ici révélé le coût du conflit, ne publiant aucun bilan militaire, matériel ou humain. Les séparatistes reconnaissent avoir dû reculer mais assurent « contrôler la situation ». Officiellement, ils ont perdu près de 700 hommes, et la moitié des 140 000 habitants du Karabakh ont été déplacés.

Combattre «pour que cela se termine pour toujours»

A Stepanakert, la capitale séparatiste, la nuit a été très calme. Dans la matinée, tout y était silencieux, alors que la plupart des habitants ont fui les bombardements depuis la reprise des combats le 27 septembre. « Notre pays veut respecter la trêve mais les autres (NDLR : les Azerbaïdjanais) ne le feront pas. Nous ne pouvons pas les croire », soutient Sveta Petrosian, 65 ans, interrogée dans les rues désertes. Ses deux fils sont au front.

Côté azerbaïdjanais, un calme relatif régnait également dans la ville de Terter, près du front, les bombardements ayant cessé après minuit trente. Puis ils ont repris à partir de midi pendant deux heures, « mais pas aussi durement » que les derniers jours, affirme Elchad Rezaïev, un habitant de 35 ans. « Je ne sais pas si le cessez-le-feu va durer et je m'en fiche. Ils ont tué nos femmes et nos enfants », lance-t-il, ajoutant vouloir aller combattre « pour que cela se termine pour toujours ».

La reprise des combats il y a trois semaines a fait des centaines de morts. Dimanche, les forces du Nagorny Karabakh ont annoncé le décès de 40 soldats supplémentaires. Mais les pertes sont sans doute bien plus élevées, chaque camp disant avoir tué des milliers d'ennemis.

Une nouvelle escalade samedi

Cette nouvelle trêve intervient alors que le chef de la diplomatie russe s'est entretenu au téléphone samedi soir avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais. Le président français Emmanuel Macron a de son côté « salué » la trêve humanitaire.

Après une première tentative ratée de cessez-le-feu sous l'égide de Moscou, le conflit a connu une nouvelle escalade samedi. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a juré de « venger » la mort de treize civils, dont des enfants, ayant péri dans un bombardement nocturne de Gandja, deuxième ville du pays. De nombreuses maisons ont été détruites par un pilonnage qui a aussi fait plus de 45 blessés, selon le procureur général.

Les séparatistes arméniens avaient relevé pour leur part que Gandja abrite « des cibles légitimes », évoquant une base aérienne et des sites militaires. Quelques heures avant les frappes sur Gandja, des tirs avaient visé les villes de Stepanakert et Choucha au Nagorny Karabakh.

« La perte tragique de vies civiles, notamment des enfants, selon la dernière frappe rapportée le 16 octobre […] sur la ville de Gandja est totalement inacceptable » a déclaré ce dimanche le porte-parole du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, Stéphane Dujarric. Le chef des Nations unies a condamné « toutes les attaques envers des zones peuplées touchées par le conflit » et regretté « que les deux côtés aient continuellement ignoré les appels répétés de la communauté internationale à cesser les combats immédiatement ».