Etats-Unis : pas encore nommée, la future juge à la Cour suprême déjà ambiguë sur l’avortement

Amy Coney Barrett a assuré que ses convictions personnelles n’entachaient pas son travail. Mais elle a estimé que l’arrêt fondant le droit à l’avortement aux Etats-Unis ne pouvait pas être un « super précédent ».

 Amy Coney Barrett au deuxième jour de son audition par la commission judiciaire du Sénat, à Washington.
Amy Coney Barrett au deuxième jour de son audition par la commission judiciaire du Sénat, à Washington.  REUTERS/Pool/Alex Edelman

On le savait, ça allait être « une longue semaine de querelle ». Lundi a débuté, devant la commission judiciaire du Sénat, l'examen de la candidature de la juge Amy Coney Barrett à la Cour suprême. en remplacement de la progressiste Ruth Bader Ginsburg, décédée le 18 septembre dernier.

Mardi, au cours de dix heures d'audition, la magistrate, fervente catholique pratiquante a juré tenir sa foi à l'écart de son travail, mais elle a refusé de livrer son opinion sur une série de sujets brûlants, dont le très sensible droit des femmes à avorter, particulièrement mis à mal ces dernières années.

« Ça ne veut pas dire qu'il doit être annulé »

Nommée en novembre 2017 juge fédérale à la Cour d'appel des Etats-Unis pour le 7e circuit, Amy Coney Barrett n'a pas eu le temps de constituer une doctrine jurisprudentielle qui permette de vérifier son assertion. Mais elle a plusieurs fois défendu le droit pour les juges de la Cour suprême de se détourner de décisions prises par leurs pairs.

C'est là qu'a commencé le moment critique de l'audition mardi, interrogée par plusieurs démocrates, Coney Barrett a estimé que l'arrêt Roe v. Wade, qui a reconnu le droit à l'avortement en janvier 1973, n'était « pas un superprécédent ». « Je réponds à beaucoup de questions sur Roe v. Wade, ce qui, je pense, indique que (cette décision) ne fait pas partie de cette catégorie » des super-précédents.

« Ça ne veut pas dire qu'il doit être annulé », a-t-elle toutefois pris soin d'ajouter, bottant en touche. « Que je dise que je l'aime ou le déteste, cela va envoyer un signal », a-t-elle justifié, avant de se dérober de la même manière sur le sujet des armes à feu, ou la légalisation du mariage homosexuel. Et de conclure : « J'applique la loi, je suis la loi, vous faites la politique ».

Une pétition pour défendre le droit à la vie

À 48 ans, cette mère de sept enfants, dont deux adoptés et un enfant trisomique, n'a jamais caché être personnellement opposée à l'avortement. « La vie commence à la conception », avait-elle écrit dans un article du magazine de l'université catholique où elle a enseigné pendant 20 ans. Elle a également signé une pétition pour défendre le droit à la vie « de la conception à la mort naturelle ». « J'ai signé cela en sortant de l'église » il y a « près de 15 ans à titre personnel toujours en tant que citoyen privé, et maintenant je suis un fonctionnaire public », a-t-elle répondu au sénateur Josh Hawley qui l'interrogeait.

Dans un discours à ses étudiants, il y a quelques années, elle s'était présentée en « juriste d'un style différent », estimant qu'une « carrière légale » devait servir une cause, celle de « construire le Royaume de Dieu ».

Mardi, elle a spontanément évoqué le sujet. « Notre foi est importante pour nous », a-t-elle dit en mentionnant son mari et ses enfants, dont certains assistaient à l'audience, « mais ce sont mes choix », et « je n'ai jamais essayé de les imposer » aux autres, a-t-elle assuré.

La doyenne démocrate au Sénat, Dianne Feinstein, a jugé « inquiétant de ne pas avoir de réponse claire », mais s'est gardée de renouveler les critiques qu'elle avait émises il y a trois ans lors d'une première audition de Mme Barrett. « Le dogme religieux vit bruyamment en vous », lui avait-elle alors lancé. La formule avait accru l'aura de la juge dans les milieux chrétiens traditionalistes.